The Empty Man

Auteurs : Cullen Bunn et Vanessa Del Rey

Editeur : Glénat

Genre : Thriller

Résumé :

Un an a passé depuis que le premier cas du virus Empty Man a été déclaré. Aucun médicament n’a depuis été capable de ralentir sa progression. La cause est inconnue, et les symptômes incluent accès de rage, hallucinations, démence suicidaire, provoquant la mort ou une spectaculaire catatonie. Alors qu’un culte meurtrier gagne l’ensemble du pays, le FBI et le CDC unissent leurs forces pour enquêter sur le Empty Man, espérant à la fois stopper cette nouvelle organisation et découvrir un remède. Mais les deux sont peut-être liés…

Avis :

Lorsqu’on évoque une pandémie virale, il paraît difficile de la dissocier d’un récit post-apocalyptique. Cela tient notamment à une contamination incontrôlable et à ses conséquences globales sur la population. Le sujet fait également les beaux jours du genre catastrophe et, éventuellement, du techno-thriller. Toutes les approches semblent avoir été exploitées pour démontrer la fragilité de l’humanité face à une souche inconnue des plus virulentes. Il paraît donc difficile d’innover si ce n’est par un mélange des genres assez inattendu. De ce point de vue, The Empty Man rivalise d’étrangeté pour amalgamer de nombreuses influences qui tiennent autant du domaine rationnel, métaphysique et paranormal.

Sur fond d’une enquête fédérale, on découvre les ravages de « l’homme vide ». Derrière cette appellation énigmatique se cache un mal qui se manifeste différemment selon les personnes atteintes. Certes, le point commun reste une folie latente qui finit par s’exprimer avec force et violence. Toutefois, chaque cas est unique. Automutilation, défenestration et infanticide ne constituent qu’un simple aperçu. D’autres séquences sont des plus déstabilisantes dans ce qu’elles dépeignent. On songe à l’injection de fourmis dans la nuque pour devenir une colonie d’insectes ou à la peau d’une victime tendue sur un mur pour servir de portail.

Cela confère au récit une aura étrange, voire malsaine, tant l’ambiance est lourde et désenchantée. Et il n’est même pas question de suggérer la fin du monde pour parvenir à ce constat ou le justifier. En ce sens, les délires sectaires qui font la part belle au fanatisme et à la radicalisation religieuse présentent certaines similarités. Le dogme des Témoins s’inspire de nombreuses sources : des prêches évangéliques du protestantisme aux dérives de groupes extrêmes tels que le Temple du Peuple de Jim Jones. On ajoute à cela des fidèles formatés et obsédés par l’homme vide. Pour eux, il ne s’agit pas d’un virus, mais d’une divinité.

Les investigations sont brouillées à tel point que l’on a du mal à démêler le vrai du faux. On suggère aussi une invasion extraterrestre à la manière de L’invasion des profanateurs de sépultures. La narration est dense pour évoquer l’ensemble de ces aspects, sans compter une trame temporelle qui se déroule sur différents niveaux pour assimiler des tenants dans le passé des intervenants. À force de développer autant de pistes de réflexion, il est vrai que le récit tend à se perdre. Certains éléments sont survolés, tandis que d’autres sont occultés. Il peut s’agir de détails, comme la sensibilité psychique de notre duo d’enquêteurs, ou de points plus importants.

C’est notamment le cas d’une dernière partie qui part dans des considérations très métaphoriques où l’on tente d’amalgamer tout ce qui a été exploité jusqu’alors. Ce syncrétisme, que ne renierait pas le révérend Markoff, prend la forme d’une explication beaucoup plus abstraite qu’attendu. Cela ne rentre pas en contradiction avec les investigations précédentes, mais ce choix laisse en suspens de nombreuses interrogations. Le dénouement est assez représentatif de cette orientation qui s’avance de manière abrupte en débouchant sur une fin beaucoup trop ouverte pour se faire une idée précise de l’épilogue. Offrir une marge d’interprétation reste toujours intéressant, sauf si celle-ci est mal maîtrisée et laisse son lectorat sur le carreau.

Au final, The Empty Man est un thriller horrifique pour le moins singulier. L’étrangeté de son ambiance et sa violence, tout aussi explicite que psychologique, méritent que l’on s’y attarde. Au regard de son sujet principal, l’approche est audacieuse pour distiller une tension pernicieuse. Entre les dérives sectaires, la manifestation d’un virus et d’autres hypothèses avancées çà et là, on suit un jeu de pistes à l’apparence tentaculaire. Toutefois, le fil directeur s’étiole pour rendre une dernière partie beaucoup trop spéculative, voire confuse à certains égards. Par ailleurs, l’épilogue aurait gagné à être davantage maîtrisé sur la forme et, à l’instar de la tonalité générale, plus subtil dans ses suggestions.

Note : 14/20

Par Dante

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net