Fantômes Contre Fantômes

Titre Original : The Frighteners

De : Peter Jackson

Avec Michael J. Fox, Tricia Alvarado, Jeffrey Combs, John Astin

Année: 1995

Pays: Nouvelle-Zélande, Etats-Unis

Genre : Comédie, Horreur, Fantastique

Résumé :

Un architecte médium arnaque les habitants de sa ville avec l’aide de ses amis revenants. Lorsque plusieurs habitants ont des infarctus, il est le coupable idéal aux yeux de la population. Il va devoir faire appel aux fantômes pour s’en sortir et affronter un véritable spectre-tueur…

Avis :

Peter Jackson est aujourd’hui une institution à lui tout seul. A la manière d’un James Cameron ou d’un Quentin Tarantino, il peut se permettre de sortir peu de films, mais d’à chaque fois créer une sorte de petit évènement audiovisuel. Sauf qu’au départ, comme tout le monde, il a été en galère et n’a pas toujours pu faire ce qu’il avait voulu avec ses premiers films. Et si Braindead ou Bad Taste demeurent de gros plaisirs de cinéphile averti, cela reste fabriqué avec quelques bouts de ficelle et un immense savoir-faire. En 1995, il commence à se faire un nom et il est approché par Universal pour réaliser un nouveau film, Fantômes Contre Fantômes. Il sort alors d’un film à petit budget, Créatures Célestes, avec Kate Winslet, et accepte de faire un film qui, pour l’époque, avait un budget bien plus important. Avec Fantômes Contre Fantômes, Peter Jackson va alors réaliser un film très intéressant sur sa forme, exploitant au maximum les effets spéciaux numériques, créant par la même occasion ce que deviendra Weta, un studio toujours en avance sur son temps, et qui va lui permettre par la suite de faire la trilogie du Seigneur des Anneaux, faisant du cinéaste l’un des plus grands de tous les temps.

L’histoire se concentre autour de Frank Bannister, un ancien architecte qui est devenu médium à la mort de sa femme lors d’un accident. Habitant la petite commune de Fairview, il va découvrir qu’un spectre s’amuse à tuer des gens en leur créant des crises cardiaques. Aidé de ses comparses spectres, il va alors prendre en chasse ce tueur fantomatique. Mais derrière cette histoire rocambolesque se cache une vérité glaçante qui prend place dans le passé de la ville, alors que le tueur Johnny Bartlett faisait un carnage dans un sanatorium. Le point de base de ce film, c’est de réaliser une enquête fantastique avec des fantômes, pour ensuite arriver à un climax débouchant sur un film qui bascule dans l’horreur. Ainsi donc, Peter Jackson va manipuler plusieurs genres, à savoir le fantastique avec ce médium raté qui magouille avec ses amis spectres, la comédie avec certains personnages hauts en couleurs, et l’horreur pure dans un final savamment exécuté qui lorgne du côté du slasher avec une réalisation qui peut faire penser aux débuts de Sam Raimi avec les Evil Dead. Le scénario est donc assez riche, mais sa plus grande force réside réellement dans son équilibre de tonalité, chaque genre ne prenant jamais le pas sur l’autre, et s’amusant à aller dans l’excès avec parfois des protagonistes hilarants et effrayants en même temps.

Derrière ce pitch assez simple, le cinéaste va parler de plusieurs choses importantes, comme le deuil et la façon qu’ont les autres de porter un jugement. En effet, Frank Bannister a perdu sa femme lors d’un accident de voiture et après une dispute. Bien évidemment, les rumeurs vont bon train dans les petites villes et il sera vite catalogué comme un meurtrier qui a échappé de peu à la justice. Or, ce pauvre Frank doit faire son deuil tout en acceptant le regard des autres et leurs jugements hâtifs. Il retrouve une sorte de paix avec les morts. Le jugement est aussi un thème très important dans ce film, notamment au travers du personnage de Jeffrey Combs, un agent du FBI complètement fêlé, ou encore avec cette rédactrice en chef du journal local qui est persuadé de la culpabilité du « héros ». Seule bouée dans cette histoire, Lucy, une médecin qui croit en Frank et fait fi des jugements des autres. De ce fait, Fantômes Contre Fantômes, en plus d’être un divertissement efficace et drôle, reste aussi un film qui a un fond et qui ne raconte pas n’importe quoi. Peter Jackson en profite donc pour faire des personnages attachants et travaillés.

Michael J. Fox y incarne donc un médium un peu raté, arnaqueur sur les bords et qui cache une vilaine blessure, la perte de sa femme. A travers quelques petits flashbacks, on va découvrir ce qu’il s’est vraiment passé dans son passé et pourquoi il semble si meurtri, si mélancolique. La prestation de l’acteur est vraiment excellente, ce qui fait que l’on s’attache vite à ce héros malgré lui. A ses côtés, on trouve une Tricia Alvarado qui joue une docteur s’attachant immédiatement au héros. Malgré le fait que leur relation aille un poil trop vite, surtout après la perte de son mari, son personnage est aussi empathique car elle a les pieds sur terre et n’abandonne pas ses objectifs, tout en venant en aide aux personnes. Un personnage simple mais essentiel à l’intrigue et au cheminement de rédemption du héros. On notera aussi les trois fantômes qui accompagnent le personnage central, toujours hilarant et posant de bonnes réflexions sur le fait d’être mort et coincé sur Terre. Parmi les antagonistes, il faudra compter sur Jeffrey Combs (Re-Animator) qui joue un agent du FBI cinglé et foutrement creepy. Si on y trouvera des aspects un peu trop cartoon, qui rappelleront Mort sur le Gril de Sam Raimi, ce personnage haut en couleurs est terrifiant, drôle et montre que même parmi les vivants, le danger est bien présent. Reste alors Jake Busey en tueur en série ectoplasmique qui en fait des caisses mais dont le regard fou suffit à tétaniser. Sans compte la prestation sans faille de Dee Wallace, jouant un jeu dichotomique parfait.

Si les acteurs sont parfaits, il en va de même pour la réalisation. Tout en signant un film de studio, Peter Jackson ne perd pas de vue ses envies de cinéma et livre une mise en scène nerveuse, accumulant les plans iconiques ou les idées de plans. On retrouvera d’ailleurs des moments loufoques qui feront penser à son Braindead, mais aussi des passages qui évoqueront par exemple le Evil Dead de Sam Raimi, avec de gros travellings ou encore de gros plans sur les visages pour montrer la folie ou encore la peur angoissante. Une mise en scène un peu punk sur les bords par moments, mais qui montre une véritable liberté, évitant un aspect lisse qui n’aurait pas collé au film. Le seul gros bémol que l’on pourrait apporter à Fantômes Contre Fantômes, ce sont les effets spéciaux. Si c’est grâce à ce film que Weta s’est vraiment développé, les effets numériques ont pris un gros coup dans la gueule. C’est assez moche, mal incrusté et même si on peut y trouver un certain cachet, une certaine authenticité, on ne peut que regretter des effets visuels un peu plus old school. Tout ça manque d’animatronics ou de bouts de ficelle, comme a pu le faire le réalisateur à ses débuts.

Au final, Fantômes Contre Fantômes est un excellent film de la part de Peter Jackson. C’est même un film qui marque sa transition dans le septième art, passant d’un cinéma d’auteur à petit budget à celui plus conséquent des blockbusters boursouflés de thunes (sans animosité aucune sauf envers la trilogie du Hobbit). Il réside dans ce film une liberté de ton salvatrice, une envie de mise en scène qui respire le cinéma et un amour inconditionnel du fantastique avec un fond et une forme. Bref, malgré le vieillissement des images de synthèse, le film garde un charme fou et continue, plus de vingt ans plus tard, à fonctionner à plein régime.

Note : 16/20

Par AqME

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