Excalibur Chroniques

Auteurs : Jean-Luc Istin et Alain Brion

Editeur : Soleil

Genre : Fantasy

Résumé :

Merlin un vieux druide visionnaire mais pas infaillible. Uther Pendragon, une jeune brute qui apprend à devenir un véritable roi. Ygerne, une femme battue pour ses convictions religieuses. Gorloix un pervers sadique accroc de Dieu et bourreau de sa femme. Et Morgane une adorable enfant qui voit les choses que personne ne voit, pas même Merlin. Une enfant qui souffre de savoir qu’un jour, elle sera infailliblement mauvaise.

Avis :

Jean-Luc Istin, une fois n’est pas coutume, nous fait voyager dans un univers empli de légendes arthuriennes. Effectivement, ses séries phares de Merlin (Merlin, le cycle initiatique, Merlin, la quête de l’épée et Merlin, le prophète, Merlin, le cycle Pendragon) s’intéressent déjà à ces récits, mais sous une forme bien différente, en s’intéressant à d’autres personnages et en revisitant le mythe pour mettre en avant la magie et la mythologie celtique. Dans Excalibur chroniques, qui est une série terminée en cinq chants (ou tomes), l’auteur réinterprète de nouveau l’histoire que l’on connaît bien d’une manière toute nouvelle.

Les protagonistes mis en avant ne sont pas ceux que l’on aurait vus d’instinct. Arthur, par exemple, n’est pas très présent. Cela s’explique par le scénario qui débute bien avant sa naissance. Cependant, une fois né, il n’est pas le héros attendu. Au contraire de sa sœur Morgane, dont le caractère et la jeunesse vont la propulser au-devant de la scène. Cette dernière est attachante, touchante et rebelle. On la prend rapidement en affection. L’auteur offre un merveilleux portrait de celle que l’on dépeint souvent comme négative et horrible, et ce changement est appréciable, ne tombant pas dans les clichés. Merlin, quant à lui, est dépeint comme un vieux mage, ce qui est finalement l’image que l’on se fait souvent de lui, et n’étonne pas beaucoup dans cette série. Sage, imperturbable ou presque, conseiller avisé, et grand-père affectueux, le puissant sorcier nous charme cependant toujours, avec des mots bien posés et de belles métaphores réconfortantes.

La mythologie celtique est bien moins présente bien qu’elle reste vivace, grâce à l’aide de la présence du dieu cornu Cernunnos, ou de la présence des dames d’Avalon qui jouent, dans cette série, un rôle majeur. Le personnage de Viviane, la Dame du Lac et celle qui préside sur l’île sacrée, est un des plus forts, que ce soit réellement en termes de force brute ou en termes politiques et magiques. Elle représente la religion polythéiste, l’ancienne tradition et essaie désespérément de combattre l’obscurantisme religieux qui s’abat sur le continent, et qui n’hésite pas à brûler sans pitié les femmes priant la Mère.

Cette saga s’intéresse principalement à ce combat qui oppose la religion chrétienne à l’ancienne religion, plus proche des éléments et de la nature. Patricius, un représentant du Dieu unique sur Terre, fait parti du panthéon des personnages les plus présents. Sans doute un peu caricaturé, le lecteur ne l’aime guère et ses envies égoïstes sont clairement visibles. Les autres chefs de guerre chrétiens n’apparaissent guère ouverts et tuent pour leur Dieu sans vraiment réfléchir. Ces tomes sont une critique ouverte de la religion, et des guerres qui en ont découlé par le passé, et ne s’en cachent aucunement. Pour les esprits ouverts et curieux, ce parti pris est intéressant et permet de nouvelles réflexions sur l’évolution de la chrétienté et de ses principes fondamentaux tel que le « Tu ne tueras point », qui ne fut pas toujours appliqué.

La violence est très présente dans cette série, bien plus que dans toutes les autres sagas écrites par l’auteur sur le thème. Certains passages rappellent les scènes de vengeance ou de tuerie de Game of thrones, surtout lorsque le personne dépeint est clairement un psychopathe à la Jeoffrey qui aime voir souffrir les autres. Certaines scènes décrivent également des tortures faites aux femmes, ou des violences faites aux enfants, sans les minimiser. Le sang coule et l’histoire n’en apparaît malheureusement que plus réaliste encore. Le sexe est aussi mis en avant, faisant de cette série une saga pour adulte, dont les manipulations et complots ne cessent de se multiplier.

Le dessin s’en ressent et est d’une qualité époustouflante. Contrairement à ses autres associations, l’auteur s’est lié à un dessinateur dont chaque case semble être une peinture à l’aquarelle. Les couleurs sont bien choisies, en raccord avec les thèmes abordés, et les traits nous font voyager d’une belle manière. Admirer les dessins en prenant son temps fait aussi partie de la lecture d’une BD et n’est clairement pas à mettre de côté pour celles-ci.

La fin est surprenante et change la légende arthurienne du tout au tout. Jean-Luc Istin s’amuse à déroger les codes et réussit son pari de nous étonner, une fois de plus. Les légendes arthuriennes n’ont jamais été aussi prenantes que dans ses pages, même si elles ne parlent quasiment pas d’Arthur !

Note : 20/20

Par Lildrille

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