décembre 2, 2020

L’Outrage

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Titre Original: The Outrage

De : Martin Ritt

Avec Paul Newman, Laurence Harvey, Claire Bloom, Edward G. Robinson, William Shatner

Année: 1964

Pays: Etats-Unis

Genre: Western

Résumé:

Un bandit mexicain, Juan Carrasco, suit un couple en voyage de noces et finit par le confronter. Le mari meurt. Mais les choses ne sont pas si simples…

Avis:

Si l’on connait différents styles de western en fonction des pays, comme le Western Spaghetti italien ou le Western américain, on a toujours en tête des stéréotypes qui font du western ce qu’il est maintenant. Entre les chevauchées poussiéreuses, les indiens et leurs coiffes à plumes ou encore les mexicains qui se branlent adossés à un cactus, le western a eu ses heures de gloire, puis est tombé en désuétude depuis quelques temps. Si certains réalisateurs se lancent dans la réalisation d’un western aujourd’hui, il essaye alors de se doter d’un excellent casting (True Grit, Appaloosa, 3h10 Pour Yuma) ou alors il essaye de mélanger les genres pour attirer un public plus large (Cowboys et Envahisseurs). Mais ce que l’on a tendance à oublier, c’est que le western est beaucoup plus varié qu’il n’y parait. Entre les films historiques, les films de vengeance (Bandidos) ou encore les comédies (Joe l’Implacable), on peut dire que le western est varié et bien loin de tous les clichés qu’on lui colle à la peau. En 1964, Martin Ritt, à qui l’on doit déjà Les Feux de l’Eté ou encore Le Bruit et la Fureur, sort L’Outrage, un western atypique qui cherche ses références dans le cinéma japonais. Le film a-t-il mal vieilli? Est-il toujours bon?

OUTRAGE--2-

Oui oui, c’est bien Paul Newman!

C’est en 1950 qu’Akira Kurosawa lâche un Rashomon qui va faire un véritable carton et qui va passer les frontières nippones. L’industrie du cinéma américain n’a pas les yeux et les idées dans sa poche et va prendre son temps pour faire un remake de qualité. C’est ainsi que 14 ans plus tard va naître L’Outrage, un film qui s’inspire grandement du chef d’œuvre de Kurosawa. Le film commence dans une gare, sous une pluie battante, avec un révérend qui veut partir du village où il s’est établi à cause de la cruauté des hommes. Il est alors accosté par un escroc et un habitant du village pour l’empêcher de partir. Il discute alors du cas de Juan Carrasco, un bandit de grand chemin qui est accusé d’avoir tué un honnête homme. Mais la vérité ne sera pas si évidente puisque plusieurs témoignages vont différer les uns des autres, avec notamment la version de Carrasco, celle de la femme du défunt et celle d’un manitou indien qui parle avec l’esprit du défunt. On voit donc que nous ne sommes pas dans un western classique et avec une narration classique. C’est d’ailleurs cela qui va faire le charme du film. En effet, ici, pas de cascades à cheval et encore moins de fusillades. Nous sommes face à un film qui pourrait très bien se retranscrire dans n’importe quelle époque et on ne découvre pas tout de suite que le film se situe à une époque de farwest. Le scénario est assez intelligent, notamment dans la narration, car l’on va voir chaque point de vue dans des flashbacks assez intéressants. Mais cette narration a un revers de médaille. En effet, au bout d’un moment, on commence à se lasser de voir ce bon vieux Carrasco aux prises avec le jeune couple et cela malgré les quelques changements de voies. Parce qu’au final, c’est toujours le même qui est tué, et il n’y a pas 36 façons de buter quelqu’un avec un couteau ou qu’il subisse une mort accidentelle. Du coup, par moments, on sent une petite lassitude pointer le bout de son nez.

On se rattrapera par contre avec une réalisation au top et une photographie absolument sublime! Dès les premiers instants, on voit qu’un gros effort a été fourni pour rendre chaque plan d’une grande beauté et que la mise en scène était vraiment calculée. L’autre gros point fort du film, c’est le casting. Les différentes prestations des acteurs sont vraiment très bonnes. Paul Newman est méconnaissable en Juan Carrasco, un bandit mexicain, qui se traine une mauvaise réputation et qui est pourtant très attachant. Ce sera d’ailleurs le personnage le plus ambigu et le plus intéressant du film. Il sera aussi très fataliste, pointant du doigt le racisme déjà bien présent des américains envers les étrangers. De leurs côtés, Laurence Harvey et Claire Bloom joue le couple qui se fait capturer. S’ils sont très bons dans leurs interprétations, ils sont malheureusement les personnages que l’on va détester. En effet, le personnage de Claire Bloom est celui qui sera le plus ise à mal, soit par sa faiblesse, soit par sa cupidité, soit par son machiavélisme. On peut donc y voir une certaine misogynie mais elle tient son rôle à la perfection. Laurence Harvey aura tendance à un peu surjouer, comme il était d’habitude à cette époque et dans ce genre de film, mais il reste convaincant. On sera aussi surpris de découvrir Willima Shatner (Hooker) dans le rôle du révérend, rôle assez difficile à jouer car le personnage ne croit plus en l’Homme et à son honnêteté. Bref, quoiqu’il en soit, le casting reste intéressant et les acteurs sont brillants. La fin demeure intéressante, et s’appuie sur la nécessité d’être miséricordieux si l’on sait la vérité mais aussi et surtout que certaines priorités priment sur d’autres, surtout quand on ne fait rien de mal et que cela peut faire le bien.

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Mélancolie, quand tu nous tiens!

Au final, L’Outrage est un western très intéressant même s’il souffre de la comparaison avec le film original Rashomon. Doté d’un casting sérieux, d’une réalisation époustouflante et d’une photographie superbe, le film a de quoi séduire. Néanmoins, certains passages sont assez longuets et le choix de la narration implique certains points de vue qui se ressemblent et qui peuvent ennuyer le spectateur. Il en résulte quand même un film agréable et qui mérite le coup d’œil.

Note: 15/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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