Prométhée et la Boîte de Pandore

Auteurs : Luc Ferry, Giuseppe Baiguera, Clotilde Bruneau, Simon Champelovier, Didier Poli

Editeur : Glénat

Genre : Mythologique

Résumé :

Mont Olympe. La guerre contre les Titans vient de s’achever. Mais l’euphorie de la victoire laisse vite place à l’ennui, et les dieux ont besoin de se trouver une nouvelle occupation. Aussi Zeus a l’idée d’une source de divertissement infinie, en constante évolution : la vie ! Il charge un fils de Titans, Prométhée, de sa conception en créant les mortels. Mais très vite, celui-ci imagine une espèce qui dépasserait toutes les autres. Une espèce à qui il donnerait un pouvoir rivalisant avec celui des dieux. Quitte à s’attirer les foudres de Zeus…

Symbole de l’apport de la connaissance aux hommes, le mythe de Prométhée est l’un des mythes fondateurs de la civilisation européenne.

Avis :

Avec le panthéon des dieux égyptiens et scandinaves, la mythologie grecque constitue l’une des croyances polythéistes les plus populaires d’un point de vue pédagogique et historique. Chaque récit possède ses propres enjeux et, en parallèle, s’inscrit dans la continuité de ce qui a pu être présenté par des textes précédents. Certains d’entre eux mettent l’accent sur l’aspect aventureux, comme Jason et la toison d’or ou Persée et Méduse. D’autres encore ont une portée plus philosophique pour mieux s’interroger sur la création du monde et l’origine de toute chose ; de l’équilibre cosmogonique au sens de l’existence humaine. Aussi, Prométhée s’inscrit dans cette seconde catégorie.

Comme son titre l’indique, Prométhée et la boîte de Pandore fait l’amalgame entre deux mythes fondateurs. En l’occurrence, le second est la résultante du premier. Mais avant de s’y attarder, la présente bande dessinée a pour vocation de retranscrire fidèlement ces deux histoires en moins de cinquante planches. Le travail de synthèse permet d’évoquer les événements clefs sans pour autant les édulcorer. L’ensemble reste fluide dans sa narration, mais les unités temporelles sont plus vastes et évasives qu’à l’accoutumée, notion d’immortalité oblige. Une nuit peut suffire à la création des espèces animales, tandis que le supplice de Prométhée semble durer des siècles.

De fait, on passe très bien d’un âge antédiluvien où l’humanité n’était encore qu’un caprice dans l’esprit des dieux à la révolte de la créature contre son créateur. Et c’est bien cette personnalité versatile et violente que l’on distingue chez les dieux de l’Olympe. La colère, l’inconstance, l’égocentrisme ou le désabusement… Leur caractère est affublé de traits humains et non divins. Les hommes étant, dans un premier temps, remisés à de vagues bêtes de somme. On retrouve alors les deux grands points clefs du mythe de Prométhée : la création de l’humanité et la transmission de la connaissance. Le paradoxe étant que la volonté des dieux se heurte à leur peur d’être renversés, comme ils l’ont fait eux-mêmes avec les titans.

La distraction qu’est l’homme devient ainsi un objet de préoccupation, voire une menace. S’il demeure assez circonspect dans ses lignes de dialogues, l’ouvrage met en avant cette dichotomie qui, finalement, se veut un parallèle assez représentatif de l’opposition permanente entre désir et pouvoir. La notion de destinée prend ici des atours déterministes, car le libre arbitre ne se résume qu’à une simple illusion. Preuve en est avec Pandore dont la beauté et la personnalité ont été forgées (au sens propre, comme au figuré) par un dessein supérieur. À ce titre, la transition entre les deux histoires est naturelle et cohérente par rapport aux motivations premières de Zeus, offrant également une continuité avec Héraclès et l’épilogue de Prométhée.

Non seulement on tente d’expliquer l’origine de l’humanité, si ironique et futile soit-elle, mais on s’attarde aussi sur les raisons de tous ses maux, non sans oublier la portée philosophique qui l’accompagne. Prométhée, le créateur, s’apparente à un âge d’or révolu pour notre espèce, tandis que Pandore marque son déclin. Toutes ces considérations n’empêchent pas pour autant d’apprécier l’histoire pour ce qu’elle est. À savoir, une intrigue relativement violente dans ce qu’elle suggère. Elle demeure néanmoins accessible à un jeune public et reste suffisamment subtile pour une lecture approfondie du mythe. On dénote un travail évident pour faire s’entrecroiser les différentes versions, notamment celles de Platon, d’Hésiode et d’Eschyle.

Au final, Prométhée et la boîte de Pandore est une bande dessinée distrayante et instructive si l’on souhaite se pencher sur deux récits essentiels de la mythologie grecque. La lecture reste rapide. Néanmoins, elle évoque les grandes thématiques propres à toute religion (polythéiste ou monothéiste), à commencer par l’origine de la vie et ce qui distingue l’homme des autres créations divines. Son libre arbitre ? S’il existe, Zeus s’empresse alors de le museler aussi sûrement qu’il s’est acharné à anéantir le chaos des titans, en particulier de son père Cronos. Pour une découverte exhaustive, un texte et une analyse en fin d’ouvrage font office de postface pour approfondir le sujet.

Note : 15/20

Par Dante

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