Simetierre – Stephen King

Auteur : Stephen King

Editeur : Le Livre de Poche

Genre : Horreur

Résumé :

La famille Creed (Louis, médecin, sa femme Rachel, leur fille Ellie, le bébé Gage et leur chat, Church) viennent emménager dans la petite ville de Ludlow, dans une grande maison ancienne. Louis fait la connaissance du vieux Jud Crandall, son voisin d’en face, qui lui montre le quartier et particulièrement un petit cimetière aux animaux avec sa pancarte mal orthographiée créé par les enfants de la ville. Un jour, le chat se fait écraser. Creed décide de l’enterrer avant que les enfants ne découvrent le désastre, et demande de l’aide à Jud. Pendant qu’ils enterrent le chat, le vieil homme lui raconte à demi-mots une légende qui court sur ce cimetière. Puis le chat revient. Vivant. Mais pas tout à fait le même. Et c’est alors qu’un nouveau drame surgit.

Avis :

Le rapport à la mort est un sujet cher à de nombreux auteurs, en particulier les écrivains versés dans le fantastique et l’horreur. Il peut se traduire sous la forme d’une hantise ou se révéler plus explicite dans son développement. Si bon nombre de romans de Stephen King sont marquants à bien des égards, Simetierre se distingue par son atmosphère d’un pessimisme consommé, voire nihiliste sur certains points abordés. Cela tient autant à son style, aux situations dépeintes qu’aux questionnements du trépas et des conséquences qu’il engendre sur l’entourage. Il est de ses œuvres implacables qui nous entraînent dans les retranchements du concevable.

Et pour avoir un impact aussi percutant, il convient de faciliter l’identification aux personnages, à leur situation, ainsi qu’à leur environnement de vie. D’emblée, l’auteur tisse une certaine connivence avec son lectorat par l’entremise d’un quotidien somme toute banal. L’emménagement, les aléas de la vie familiale, les relations sociales à travers le voisinage, si restreint soit-il. Chaque aspect d’apparence anodine vient étayer une proximité qui démontre par la suite que l’horreur est bien plus effroyable dans un contexte familier et non en se heurtant à des circonstances extraordinaires. Et pour appuyer cet angle d’approche, Stephen King s’est librement inspiré d’une anecdote de vie après la mort de son chat Smucky.

Il n’y a pas forcément de menaces explicites au fil de l’intrigue, mais plutôt une succession de choix qui évolue vers une issue inéluctable. La prévisibilité assumée du comportement de Louis Creed agit comme un redoutable compte à rebours, car il ne fait aucun doute de ses réactions à venir, n’en déplaise à ses états d’âme et sa propension à l’auto-apitoiement. Parfaitement justifiée cela dit, au regard de ce qu’il traverse. Néanmoins, ce libre arbitre n’est pas la mécanique bien rodée à laquelle on songe. L’influence du « simetierre » et de son pouvoir occulte est avancée en amont. Cet aspect prend de l’ampleur si bien que l’approche se veut plus nuancée dans ce type de suggestion.

Autre manière de démontrer que les apparences sont trompeuses, l’histoire tient aussi une partie de sa singularité dans le cadre. La configuration géographique des habitations, du « simetierre » d’animaux ou de la forêt elle-même est suffisamment subtile pour mettre en avant une réalité différente et bien plus profonde qu’escomptée. En somme, le « premier simetierre » est l’arbre qui cache la forêt, à tout le moins la zone à l’abri du regard des profanes et des importuns. Il en émane une peur primale, car percluse d’inconnues et nourrie par les rumeurs et les légendes locales. Une impression qui perdure, même lorsqu’on retrouve le cadre rassurant de la civilisation, reflété ici par le foyer familial des Creed.

Au vu de ce qui a été évoqué précédemment, la peur de la mort est également prépondérante avec un traitement exhaustif, et ce, sous de nombreux aspects. La vieillesse, la maladie et la souffrance qui en découle, l’absence d’une quelconque forme de persistance après le trépas ou, a contrario, la présence d’un au-delà. Ce dernier point amène d’ailleurs des considérations assez déstabilisantes et complémentaires sur les notions d’enfer, de châtiment, du devenir de l’âme et de ses potentielles manifestations à travers des conditions et un lieu précis. Les conséquences sur les proches des défunts occupent une place essentielle, notamment sous le prisme de la perte d’un enfant.

Au final, Simetierre demeure une œuvre incontournable dans la bibliographie de Stephen King. Auréolé d’une ambiance lugubre et glauque à souhait, le roman présente une vision brutale et sans concession de la mort ou d’un état autrement moins enviable. Si l’on dénote quelques allusions religieuses ou propres à des croyances ancestrales, le traitement reste pragmatique avec une évolution à la fois maîtrisée et rigoureuse dans sa manière de dépeindre des tragédies à répétition dans des circonstances ordinaires. Le réalisme des comportements et leur disparité en fonction des protagonistes viennent soutenir l’idée que chacun aborde le deuil d’une façon différente. Ajoutons à cela des éléments horrifiques analogues au chamanisme amérindien et l’on obtient un récit aussi envoûtant qu’oppressant.

Note : 18/20

Par Dante

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