Dieu Existe, Son Nom est Petrunya

Titre Original : Gospod Postoi, Imeto i’ e Petrunija

De : Teona Strugar Mitevska

Avec Zorica Nusheva, Labina Mitevska, Simeon Moni Damevski, Stefan Vusijic

Année : 2019

Pays : Macédoine, Belgique, France

Genre : Drame

Résumé :

A Stip, petite ville de Macédoine, tous les ans au mois de Janvier, le prêtre de la paroisse lance une croix de bois dans la rivière et des centaines d’hommes plongent pour l’attraper. Bonheur et prospérité sont assurés à celui qui y parvient.
Ce jour-là, Petrunya se jette à l’eau sur un coup de tête et s’empare de la croix avant tout le monde.
Ses concurrents sont furieux qu’une femme ait osé participer à ce rituel. La guerre est déclarée mais Petrunya tient bon : elle a gagné sa croix, elle ne la rendra pas.

Avis :

Il y a des réalisateurs et des réalisatrices qui viennent d’ailleurs et dont on n’entend pas forcément parler et pourtant, ils mériteraient bien plus de visibilité et Teona Strugar Mitevska fait clairement partie de ceux-là. Réalisatrice Macédonienne, Teona Strugar Mitevska mène discrètement sa carrière depuis presque vingt ans maintenant. Débutant au début des années 2000, la cinéaste compte déjà cinq longs-métrages, qui ont tous des thématiques très engagées et particulièrement intéressantes.

« Dieu existe, son nom est Petrunya » n’échappe donc pas à cette règle. Cette fois-ci, Teona Strugar Mitevska a décidé de s’attaquer à plusieurs sujets à la fois, puisque son film va parler de religion, de société patriarcale et de féminisme. Ayant une distribution plus correcte pour un film macédonien, plus de cent salles, « Dieu existe, son nom est Petrunya » est une des petites perles du mois de Mai. Profond, juste, dur et doux à la fois, Teona Strugar Mitevska livre là un regard difficile et injuste, mais essentiel. Un regard qui rappelle que la condition des femmes n’est pas la même partout. Sans jamais tomber dans le féminisme à outrance, sans jamais caricaturer de l’autre côté, Teona Strugar Mitevska nous entraîne dans les conséquences d’un acte spontané et l’on ressort de la salle secoué, avec la sensation d’avoir passer un moment de cinéma intense !

Petrunya a trente-trois ans, elle est célibataire, sans emploi, alors qu’elle est diplômée en histoire, et elle vit encore chez ses parents avec une mère qui a tendance à la rabaisser en permanence. La vie de Petrunya est donc loin d’être facile. Tous les ans, à Stip, sa petite ville, il y a une tradition. La ville est traversée par une rivière et tous les ans, un prêtre y lance une croix sacrée qui est censée apporter chance et bonheur à tout homme qui l’attrape. Cette tradition est interdite aux femmes, seuls les hommes peuvent toucher la croix, mais ce jour-là, alors que Petrunya assiste involontairement à cette tradition, quand elle voit la croix passer à côté d’elle, elle ne réfléchit pas, elle plonge et la récupère. Cet acte irréfléchi est un affront pour les hommes et bientôt Petrunya déchaîne toutes les passions de la ville.

« Dieu existe, son nom est Petrunya« , derrière ce titre bien étrange, se cache l’une des plus jolies et difficiles fables sociales de cette année. Derrière ce titre, Teona Strugar Mitevska livre-là un grand film essentiel qui va bien plus loin que la cause féministe qu’il a l’air de défendre au vu de son synopsis. « Dieu existe, son nom est Petrunya« , c’est avant tout un scénario magnifique, réfléchi, très bien construit et cohérent. L’écriture n’est pas parfaite et il est vrai que l’on peut lui reprocher d’être un poil longuet à se mettre en place, à présenter son personnage principal, mais très sincèrement, vu comme l’intrigue s’envole et s’enflamme par la suite, on lui pardonnera cette introduction qui dure. Car oui, une fois le film lancé, « Dieu existe, son nom est Petrunya » est un bijou qui nous accroche et il est bien impossible de ne pas aller jusqu’au bout de ce dernier.

Passionnant donc, la réalisatrice, entre rires et émotions, va évoquer tout un tas de sujets essentiels à travers ce geste irréfléchi. « Dieu existe, son nom est Petrunya » évoque bien entendu la condition de la femme en Macédoine à travers ce rituel réservé aux hommes, mais plus que cela, de par les conséquences de ce geste, la cinéaste évoque la condition de la femme dans la société même, et pour cela, elle va confronter son héroïne à plusieurs types d’hommes qui vont représenter plusieurs types d’institutions, religieux, fonctionnaire avec la police, civil avec les hommes de la ville et familial au travers de plusieurs pères de famille. Puis au-delà de la condition de la femme, à travers toujours son héroïne et son combat involontaire, Teona Strugar Mitevska parle de la Macédoine, de son patriarcat, de la religion et son pouvoir et de ses contradictions, le personnage du prêtre est sûrement, après Petrunya, l’un des plus intéressants du film. Elle oppose la justice des hommes à celle de dieu, à travers des scènes particulièrement intéressantes. Le film s’aventure dans la bêtise humaine, le traditionalisme, la haine, la misogynie, et violence gratuite, le manque de réflexion et d’éducation. Bref, malgré les longueurs, le scénario qu’a écrit Teona Strugar Mitevska est passionnant et nous emporte avec fracas, justice, violence et douceur jusqu’à cette conclusion magistrale.

Si le film est excellent dans ce qu’il raconte, il faut noter qu’il ne s’arrête pas qu’à ce constat et brille dans d’autres domaines et notamment sa réalisation, qui est juste à tomber par terre. Certes, comme je le disais, « Dieu existe, son nom est Petrunya » est un peu long à se lancer, il y a donc un petit problème de rythme et de montage, mais pour la suite, Teona Strugar Mitevska livre un beau film plongé dans un esthétisme qui mélange réalisme et esthétique de cinéma. On sent que le film est très travaillé, offrant plusieurs plans et séquences incroyables et en même temps la réalisatrice fait son maximum pour que son film résonne comme une œuvre de cinéma qui touche dans un certain sens au réel. Un réel aussi dur qu’il est doux, Teona Strugar Mitevska montrant pile ce qu’il faut, sans jamais tomber dans le misérabilisme ou l’émotion forcée.

Enfin, on pourrait citer Suad Begovski, Simeon Moni Damevski, Labina Mitevska, Stefan Vujisic, ou encore Nikola Kumev, mais ce qui fait la force et la vie de « Dieu existe, son nom est Petrunya« , c’est son actrice principale, Zorica Nusheva, qui porte une très grande partie du film sur ses épaules. Sublime dans un rôle passionnant et casse-gueule, elle est aussi bouleversante que brillante, tenant une évolution de personnage magique, passionnant de la femme soumise, à la citoyenne réclamant ses droits, pour aller finalement vers la femme libérée. Bref, l’actrice, comme son personnage, sont toutes deux passionnantes.

Portrait de femme et plus encore portrait d’une société et d’un pays, « Dieu existe, son nom est Petrunya« , le cinquième long-métrage de Teona Strugar Mitevska, est tout simplement sublime, et au-delà de ça, essentiel. La réalisatrice, sans jamais être dans le poussif, nous livre là un des plus beaux films de ce moins de Mai, et plus encore de l’année. À voir sans hésitation.

Note : 17/20

Par Cinéted

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