Distortion – Court-Métrage

Le monde du cinéma est un endroit dans lequel il est très difficile d’accéder pour réaliser son premier long-métrage. Sans piston ou encore sans étude bien ciblée (et encore que dans ce cas précis, ce n’est pas toujours gagné), réaliser un film n’est pas une sinécure puisqu’il faut des fonds, des acteurs, du matériel et du temps. Beaucoup de temps. Et beaucoup d’argent. Le problème, c’est que le septième art, c’est un peu le serpent qui se mord la queue. On veut produire des films, mais on ne veut pas investir dans des projets qui risquent de ne rien rapporter. Que reste-t-il alors pour les cinéastes en herbe qui ont besoin de se faire voir ? Le circuit du court-métrage, les festivals indépendants et surtout, YouTube. C’est dans ces trois catégories que Grégory Papinutto a décidé de se lancer corps et âme pour mettre en avant son court-métrage Distortion, pour lequel on a envie de donner un petit coup de pouce.

Distortion, c’est l’histoire toute simple de jeunes qui vont faire la fête dans un lieu abandonné. Alors que l’alcool coule à flot, une jeune femme va voir ses amis se faire dézinguer par des monstres cannibales. Elle va alors tout faire pour s’en sortir. Les courts-métrages se divisent en deux catégories. Ceux qui sont construits pour faire une histoire autonome, et ceux qui peuvent être développés en long-métrage. Distortion fait partie de la seconde catégorie, car on sent qu’il lui manque certaines choses. En effet, dès le départ, on rentre dans le vif du sujet et il n’y a aucune présentation des personnages. On fait face à des jeunes lambda qui picolent et pensent à s’amuser un petit peu. Ce manque de caractérisation empêche donc de sentir de l’empathie pour le personnage central qui se retrouve aux prises avec des créatures étranges. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes face à un court qui dure moins d’un quart d’heure et qui a des choses à raconter et surtout à montrer. Car oui, le scénario n’est pas le point fort de ce film, qui montre d’autres gros talents.

Distortion vaut le coup d’œil pour son aspect technique. Déjà au niveau de la photographie, ce court-métrage claque fort. Les images sont sublimes, il y a un vrai côté éthéré et complètement énigmatique. On sent le malaise qui transpire des murs et il y a une vraie recherche dans l’ambiance voulue. C’est très atmosphérique, avec de la fumée, des saturations de jaune et de rouge et il y a un vrai parti pris artistique dans ce film. Cela rejoint la mise en scène qui est dynamique et alterne des phases plutôt calmes angoissantes et des moments un peu plus rushés qui donnent un vrai rythme à l’ensemble. La séquence de course dans les couloirs est un modèle du genre et on regretterait presque qu’elle ne dure pas plus longtemps. Franchement, techniquement, il y a peu de choses à redire sur Distortion et on sent un véritable travail derrière. Un travail qui se voit aussi sur les masques des monstres. Le choix de faire des SFX à « l’ancienne » est judicieux, écartant rapidement les ajouts numériques qui vieillissent très mal. Ces masques collent parfaitement au titre du film et ajoutent un certaine malaise car ils sont difformes tout en gardant une sorte d’humanité.

Bref, Distortion est un court-métrage qui n’est pas exempt de défauts, comme son manque d’approfondissement des personnages ou encore sa fin qui tranche nettement avec l’ambiance sérieuse de l’ensemble, mais qui est fait avec le cœur et l’envie de proposer un véritable œil. Il s’agit d’un film qui se veut perturbant et anxiogène et qui marche plutôt bien. Entre une photographie superbe, des décors sympathiques et une réalisation inspirée, Distortion mérite que l’on s’y attarde, et pourrait peut-être valoir le coup en long-métrage, genre que l’on voit trop peu en France. Bref, quand ça respire l’amour de l’horreur, forcément, ça nous plaît.

Par AqME

One Comment to "Distortion – Court-Métrage"

  1. Grégory PAPINUTTO dit :

    Merci beaucoup Florian Veysselier pour cet article qui se veut aussi une vraie analyse. Et quelle analyse ! Des compliments qui soulignent les ambitions techniques de la réalisation. Un sacré coup de pouce pour DISTORTION qui ne demande qu’à devenir long pour avoir le temps construire la dramaturgie de ses personnages.

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