The Dead Don’t Die – Plus Mort que Vivant

De : Jim Jarmusch

Avec Bill Murray, Adam Driver, Chloë Sevigny, Tilda Swinton

Année: 2019

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie, Horreur

Résumé:

Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : THE DEAD DON’T DIE – les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.  

Avis :

Le festival de Cannes est l’évènement majeur du septième art dans le monde. Il s’agit du festival le plus diffusé et le plus suivi, et bien souvent, le plus conspué par certains membres de la presse ou les cinéphiles amateurs de genre ou de blockbusters. Le problème avec le festival de Cannes, c’est qu’il pète plus haut que son cul avec sa sélection officielle qui fait venir les mêmes réalisateurs chaque année et qui propose une batterie de films d’auteurs généralement tous plus chiants les uns que les autres. Pire, le festival de Cannes est bien souvent un simple et unique moyen de se faire voir sur le tapis rouge avec des robes grandiloquentes au prix exorbitant. Cannes n’aime pas vraiment le cinéma, ou tout du moins tout le cinéma. Et pourtant, cette année réserve une belle surprise dès le premier jour, puisque c’est un film de zombie qui ouvre les festivités. Bon, un film de zombie signé Jim Jarmusch, histoire de faire un peu arty tout de même, mais qui avait toutes les raisons du monde de « hyper » toute la sphère cinéphile. Malheureusement, le résultat ne sera pas à la hauteur de nos espérances.

The Dead Don’t Die est une comédie horrifique avec des morts-vivants dedans qui vont envahir la paisible ville de Centerville. Le shérif du bled et ses deux assistants vont alors assister, impuissants et complètement à côté de la plaque, à un massacre en bonne et due forme, ne pouvant pas forcément compter sur les autres pour s’en sortir. Le film fait alors la part belle à l’absurdité, à la complaisance et à un certain côté contemplatif pour essayer de sortir des carcans du film de zombies conventionnel. Car oui, si on veut espérer briller au festival de Cannes, il faut être lent, avoir une démarche à contre-sens du genre, et ne jamais trop se mouiller sur ses thématiques. Jarmusch l’a bien compris et livre ici un film de zombie mou du genou, qui tente de faire croire à un humour fin tout en caressant dans le sens du poil le cinéphile amoureux du genre en incluant quelques références geek et un aspect méta totalement gratuit. Car ne nous y trompons pas, The Dead Don’t Die ne réinvente rien, tourne à vide et accumule des années de retard en matière de comédie horrifique.

Le début est assez déstabilisant, mais il offre finalement une vision assez crédible des petites villes de campagne américaines où il ne se passe jamais rien. Le rythme lent et les dialogues timides et presque non-sensiques permettent de s’attacher aux deux héros du métrage, Bill Murray et Adam Driver, qui sont assez convaincants dans cette relation père/fils condescendant. Le problème, c’est qu’on va avoir l’impression que cette introduction dure plus d’une heure, avec des personnages secondaires qui n’auront aucune importance au sein de la narration et de l’histoire. Le réalisateur nous présente une flopée de protagonistes, comme l’excentrique employée des pompes funèbres, les trois jeunes en centre de détention, le vendeur à la station essence ou encore le vendeur à la quincaillerie, et ces personnages n’auront aucune incidence sur quoi que ce soit. C’est bien simple, ils ne sont que du remplissage, un empilement de comportements parfois ridicules et d’interactions qui n’ont ni queue ni tête, continuant finalement à jouer la carte du burlesque sans que cela apporte quelque chose. Et c’est peut-être là le plus gros défaut du film, de ne jamais prendre de risque, d’écrire des personnages par-dessus la jambe et de ne jamais se soucier de la portée métaphysique que peuvent avoir les zombies.

Très clairement, on a la sensation que Jim Jarmusch prend le spectateur pour un abruti fini. Outre des situations grotesques et des moments de grand n’importe quoi, le film ose tout expliquer en voix off sur la dernière séquence du métrage, comme si nous étions des imbéciles ne comprenant pas ce que veut nous dire le cinéaste. Malheureusement pour lui, les films de zombie, ce n’est pas nouveau, et nous rabâcher que finalement, la société de consommation a fait de nous des morts-vivants matérialistes n’est pas une nouveauté. On pourrait presque y voir une sorte de mépris envers le genre. Les références sont grossières avec de gros posters dans un magasin qui ne fait pas forcément envie, où le vendeur est un geek pas très avenant, et les moments qui auraient pu être effrayant son balayés manu militari pour laisser place à un cynisme qui ne peut que décevoir et en plus de cela, on ne laisse aucune place à la réflexion et aux différentes pistes qui s’offrent à nous. Le scénario est aussi très inconsistant, n’arrivant jamais à tenir sur le long terme, mélangeant tout et n’importe quoi, comme si le genre n’était qu’une vaste blague vide de sens.

Tout cela est bien dommage car le film possède tout de même quelques fulgurances. On aura des passages burlesques assez drôles et des running gags qui vont fonctionner. Le duo Murray/Driver fonctionne plutôt bien et certaines situations sont plutôt drôles, comme l’introduction de Steve Buscemi face à Danny Glover. On prendra même du plaisir à voir certaines gueules du cinéma déambuler dans ce métrage, mais encore une fois, Jarmusch ne les utilise qu’à des fins marketings. Prenons des exemples tout simples, mais Iggy Pop, c’est juste un coup de communication car il n’a que deux scènes dans tout le film. Il en va de même pour RZA ou Selena Gomez, qui ne servent absolument à rien dans l’histoire. Quand on nous vend le film comme celui qui possède le plus gros casting depuis belle lurette, c’est un peu mensonger.  Pour en revenir aux choses sympathiques, on peut aussi évoquer le rôle déjanté de Tilda Swinton, mais qui manque cruellement de profondeur ou encore l’aspect méta avec le quatrième mur qui se brise à plusieurs reprises, mais qui, finalement, n’apporte rien au film.

Au final, The Dead Don’t Die, le dernier film de Jim Jarmusch, et qui a fait l’ouverture du festival de Cannes, est un beau pétard mouillé. Si certains passages sont drôles et que l’inaction des personnages nous renvoie à notre propre condition de zombie, le film manque de fond, ne creuse jamais ses personnages et évoque finalement le genre comme une gentille moquerie pour adolescents décérébrés. On peut y sentir une pointe de cynisme et surtout une fausse branlette intellectuelle pour les amateurs de sélection cannoise. Jim Jarmusch tourne considérablement à vide dans ce métrage, n’offrant finalement rien de neuf et trompant son spectateur avec des références méta qui n’apportent rien et sont mal utilisées. Bref, une belle déception.

Note : 08/20

Par AqME

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