septembre 22, 2020

Poetic Justice

De : John Singleton

Avec Janet Jackson, Tupac Shakur, Regina King, Maya Angelou

Année: 1994

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame, Romance

Résumé :

Après avoir assisté au meurtre de son petit ami, Justice décide de couper les ponts avec ses anciens amis, d’abandonner ses études et de devenir coiffeuse, tout en composant ses poèmes.

Avis :

John Singleton est un réalisateur américain qui fut fauché bien trop tôt, que ce soit dans sa vie, puisque l’on vient d’apprendre sa mort à seulement cinquante et un an, que dans sa carrière. Révélation des années 90, son premier film « Boyz N the Hood » est une grande réussite, qui l’emmènera jusqu’à des nominations aux Oscars. John Singleton fera pendant les années 90 le bonheur du cinéma indépendant, abordant principalement au travers de ses histoires des questions raciales à travers le portrait de personnages justes et complexe. Puis alors qu’il arrive à convaincre aussi bien la presse que les spectateurs, au début des années 2000, John Singleton s’éloigne du cinéma indépendant, réalisant non plus des films dont il aura écrit le scénario, mais des films de commandes. « 2 Fast 2 Furious » abîmera grandement sa carrière et s’il y aura bien le thriller « Quatre frères » qui rehaussera le niveau, la carrière de Singleton est désormais scellée. Son dernier film « Identité secrète » sortira en 2011 et il sera loin d’être une réussite.

Mais bon, pour l’instant revenons sur les belles heures de la carrière de John Singleton, avec notamment « Poetic Justic« , son deuxième long-métrage. Voulant refaire le coup de « Boyz N the Hood« , John Singleton revient trois ans plus tard avec un film qui porte indéniablement la sève de John Singleton. Réunissant à l’écran un duo d’acteurs pour le moins inédit, Janet Jackson et Tupac Shakur, « Poetic Justice » est un petit film romantique qui, à défaut d’être un grand film, demeure un petit moment de cinéma touchant et attachant.

Justice, la vingtaine, avait une vie banale mais heureuse, jusqu’à ce qu’elle assiste au meurtre de son petit ami. Traumatisée, la jeune femme a alors radicalement changé de vie. Aujourd’hui coiffeuse, Justice se ferme à tout sauf l’écriture. Justice écrit des poèmes qui la racontent. Un jour, elle fait la connaissance de Lucky, un jeune homme quelque peu arrogant, mais dont le charme, au fur et à mesure des rencontres, ne va pas laisser la jeune femme indifférente.

« Poetic Justice » est un film que j’aimais bien adolescent, mais cela devait bien faire une bonne vingtaine d’années que je ne l’avais pas revu. Pour la curiosité de « découvrir » les talents de comédien de Janet Jackson et Tupac Shakur, j’avais mis le film de John Singleton dans la pile à revoir et son décès a quelque peu avancé mon envie de rediffusion. Le problème avec « Poetic Justice« , c’est que j’avais peur de tomber sur quelque chose de terriblement cul-cul, tenu par deux comédiens qui finalement n’en sont pas. J’avais peur que le film ne demeure bien que dans mes souvenirs d’adolescent. Alors « Poetic Justice » va être loin d’être un grand film, mais il demeure un bon petit moment de cinéma indépendant qui a son charme.

Pour son deuxième film, John Singleton livre-là une petite romance qui a pour peinture de fond un film social qui parle évidemment des maux de jeunes gens « dans le ghetto » si l’on peut dire ainsi. Si le scénario dans son fil rouge ne brille pas par son originalité, John Singleton arrive toutefois à nous tenir grâce à un vrai fond dans son histoire. Grâce aussi à des personnages qui sont bien construits et surtout à ce charme indéniable des années 90 que le film porte en lui.

L’intrigue, si l’on creuse plus loin que cette petite romance amusante, parle du regard de l’autre, de la condition des gens et l’envie de s’en sortir, de dépasser les idées reçues. John Singleton décrit bien la vie de jeunes blacks dans l’Amérique des années 90. Trafic de drogues, règlement de comptes, insécurité, mais aussi envie de s’en sortir sont au programme du film de John Singleton. On notera que le réalisateur n’en fait pas trop, évitant le pathos ou le misérabilisme, malgré le fait qu’il n’évite pas les clichés.

Du côté de la mise en scène, « Poetic Justice » demeure assez banal et pourtant, il a quelque chose qui nous emporte, car il respire tellement les années 90. Ce film est un pastiche génial de l’Amérique Rap, R’N’B de ces années-là. Il a un grain, il a une patte, il a un charme, une assurance, qu’on ne trouve que dans les années 90 et c’est bien ça qui fait que d’une part, on se laisse emporter dans cette histoire et de l’autre, on lui pardonne tous les petits défauts qu’il peut avoir, à commencer par les poèmes de Janet Jackson qui parcourent le métrage en voix off.

On notera que « Poetic Justice » a une BO qui défonce littéralement. Une sorte de menu maxi best of de la scène rap us et R’N’B des années 90. Sont au rendez-vous, Naughty by Nature, Warren G, TLC, Snoop Dogg, Nate Dogg, 2Pac, Babyface, Tony! Toni! Toné!, et bien sûr le célèbre titre « Again » de Janet Jackson, que John Singleton balance un peu à toutes les sauces en fond.

Enfin, la curiosité de ce film aujourd’hui, c’est surtout ce casting totalement inédit, voire même improbable, que John Singleton a réuni ici, laissant à Janet Jackson son premier et seul vrai rôle et la mettre en face de la star montante de la scène rap us, 2Pac. Alors les deux ne sont pas de grands acteurs, quoi que Tupac Shakur a vraiment de quoi se défendre arrivant à être assez étonnant, mais il y a quelque chose de touchant qui se dégage des deux. Il y a quelque chose de charmant et de naïf, qui fait que malgré tout, on a envie de croire en eux, et on se laisse toucher par ces personnages.

Je ne suis donc pas déçu de cette relecture de « Poetic Justice« . Deuxième long-métrage de John Singleton, si « Poetic Justice » n’est pas un grand film, on peut même dire qu’il est oublié aujourd’hui, il mérite sa petite redécouverte pour les maux dont parle son réalisateur à travers cette petite romance, pour ces deux stars en tête d’affiche qui arrivent à être étonnantes, pour cette ambiance générale des années 90, ces looks, ces sons, le grain de son image… Bref un bon petit moment de cinéma américain.

Note : 13/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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