Pokemon Détective Pikachu – Butez-Les Tous!

De : Rob Letterman

Avec Justice Smith, Ryan Reynolds, Kathryn Newton, Bill Nighy

Année: 2019

Pays: Etats-Unis, Japon

Genre: Aventure, Policier, Science-Fiction

Résumé :

Après la disparition mystérieuse de Harry Goodman, un détective privé, son fils Tim va tenter de découvrir ce qui s’est passé.  Le détective Pikachu, ancien partenaire de Harry, participe alors à l’enquête : un super-détective adorable à la sagacité hilarante, qui en laisse plus d’un perplexe, dont lui-même. Constatant qu’ils sont particulièrement bien assortis, Tim et Pikachu unissent leurs forces dans une aventure palpitante pour résoudre cet insondable mystère.  À la recherche d’indices dans les rues peuplées de néons de la ville de Ryme – métropole moderne et tentaculaire où humains et Pokémon vivent côte à côte dans un monde en live-action très réaliste –, ils rencontrent plusieurs personnages Pokémon et découvrent alors un complot choquant qui pourrait bien détruire cette coexistence pacifique et menacer l’ensemble de leur univers.

Avis :

Pokemon est à la base une franchise de jeu vidéo qui est sortie au Japon en 1996. Les ventes explosant, le jeu se répandit rapidement dans le monde, sortant en 1998 aux Etats-Unis, puis en 1999 en France. Là aussi, le succès est phénoménal et les Pokemon commencent à envahir les écrans de télé, les classeurs de cartes et donc les cours de récréation. Tout comme Harry Potter, Pokemon va marquer une grande génération d’enfants nés au milieu des années 90 et comme le phénomène n’a jamais vraiment cessé, on se retrouve aujourd’hui avec de jeunes adultes ayant plus de vingt ans qui continuent de jouer à cela. Loin de moi l’idée de juger les fans de Pokemon, mais, personnellement, je suis de la génération précédente. J’ai connu les premiers jeux Pokemon alors que j’avais déjà quinze ans et j’ai poncé en long en large et en travers la version bleue avec mon Bulbizarre. Cependant, j’ai rapidement laissé tomber pour passer à autre et la nostalgie ne me berce absolument pas lorsque j’entends parler de ces bestioles. Le flambeau est désormais du côté de mes enfants, qui regardent les dessins-animés et collectionnent les cartes. Si je m’épanche un peu sur ma vie, c’est tout simplement pour signifier que le film Pokemon Détective Pikachu ne me ciblait pas vraiment et que si j’y suis allé, c’était pour mes enfants. Mais j’y suis allé sans aucun a priori, vierge de toute information, préférant me laisser aller à la surprise. Sauf que… Sauf que globalement, le film est raté, et même en tant que fan, il faut savoir faire la part des choses et voir que ce film, si tant est que ça en est un, n’est vraiment pas bon.

L’histoire est ultra simple et très linéaire. En un sens, n’importe quel enfant pourra comprendre ce qu’il se passe à l’écran. On va suivre un jeune homme détestant les Pokemon qui va apprendre la disparition de son père, un grand détective dans Ryme City, la ville où humains et Pokemon vivent en osmose. Sur place, il découvre alors un Pikachu qui parle et avec lui, il va mener l’enquête pour retrouver son père et les raisons de sa disparition. Le film ne fait pas la part belle à un scénario recherché ou intéressant. On nous cale quelques flashbacks et deux retournements de situation pour faire croire à une volonté de surprise, mais l’ensemble ne marche pas vraiment et on se surprend à s’ennuyer ferme devant un métrage qui n’a pas vraiment envie d’en être un. En effet, Pokemon Détective Pikachu ressemble plus à un évènement marketing pour vendre de la peluche et du jeu que d’un vrai film de cinéma. Cela se ressent énormément dans les ressorts utilisés et dans l’inutilité de certaines séquences. Pour preuve, il y a un moment d’aventure où les héros tentent d’échapper à un tremblement de terre, mais on sait rapidement de quoi il en coûte, il s’agit en fait d’un regroupement de Pokemon géants qui se réveille, et lorsque les héros s’en sortent, les Pokemon se rendorment, sans avoir aucune incidence sur l’histoire. Il s’agit juste d’un effet pour montrer une bestiole de plus et rajouter cinq minutes d’action dans un film un peu neurasthénique.

Il est très difficile de ne pas y voir du pur et simple fan service qui ravira certainement les adulateurs de la franchise et les petits enfants peu regardants sur la qualité d’un objet pourvu qu’on tâte leur dose d’endorphines. De nombreuses séquences ne servent vraiment à rien et ne font pas forcément avancer l’intrigue. Si l’exemple des Torterra géants est le plus flagrant, on peut aussi citer le combat dans l’arène de Pikachu face à Dracaufeu ou encore ce moment très dérangeant où les héros s’infiltrent sans aucun problème dans une base hautement sécurisée. Tout le film se base essentiellement sur la venue de Pokemon et sur quelques clins d’œil très appuyés. Le seul véritable moment qui peut être drôle et qui sert à quelque chose, c’est lorsque le duo essaye de converser avec Mr. Mime et la séquence est plutôt drôle et bien trouvée. Malheureusement, c’est une goutte d’eau dans un océan de médiocrité et le film n’arrive pas à donner de l’épaisseur à son histoire ou encore à son monde. Se voulant le premier d’une longue franchise (si ça cartonne et il y avait du monde à l’avant-première), Pokemon Détective Pikachu n’arrive même pas à étoffer son univers. Le début ressemble au premier jeu vidéo, pour complètement délaisser cet aspect afin de partir dans une grande ville hybride, sorte de Néo Londres asiatique, où des créatures naviguent avec leur maître. Mais l’ensemble fait très artificiel, on revoit sans cesse les mêmes lieux et rien n’est fait pour construire une mythologie intéressante.

Pour en revenir au film en lui-même, il manque d’identité visuelle. Rob Letterman n’est pas le plus qualifié pour construire des mondes et des univers et on sent qu’il ne sait pas sur quel pied danser. C’est ultra lisse et n’impacte pas vraiment la rétine. Tout comme les Pokemon qui, je trouve, s’incrustent très mal à l’image. Quand Pikachu donne des coups de queue à Justice Smith, cela respire l’image de synthèse. Il en va de même pour Mewtwo ou Psykokwak qui manque cruellement de matière et de textures. Sans parler bien évidemment des Pokemon que l’on voit en arrière-plan et qui ne font que du remplissage, comme ce Ronflex qui roupille au milieu d’une route et qui est très mal intégré. Pour un film qui se repose sur son bestiaire et sur ses effets spéciaux, ça la fout mal. Mais ce qui fait encore plus mal, c’est clairement l’implication émotionnelle du métrage. On nous chie des thématiques sur la perte du père, les regrets ou encore l’amitié, mais on ne ressent rien. Le film sort les gros violons, affichant clairement les moments où il faut ressentir quelque chose, mais rien n’y fait. Le duo Justice Smith/Pikachu ne fonctionne pas et c’est encore pire avec la fille dont il est amoureux, leur relation mettant plus mal à l’aise qu’autre chose.

Enfin, Pokemon Détective Pikachu possède un réel problème de ton. Si le film s’inspire d’un jeu sorti en 2016, si les jeunes nostalgiques ont aujourd’hui une vingtaine d’années, il ne faut pas oublier que Pokemon a toujours le vent en poupe dans les cours de récréation et que la licence s’adresse aussi, et surtout, aux enfants entre 5 et 10 ans. Et c’est là tout le problème du métrage qui ne gère absolument pas son humour. Les blagues graveleuses sont présentes, on aura même droit à quelques allusions sexuelles et ce n’est clairement pas adapté à un jeune public, qui fait partie de la cible des producteurs. Cela pose un réel problème dans la tonalité et le film ne trouve pas le juste équilibre. Le scénario est trop léger, certaines séquences sont très infantiles et à côté de ça, on a des blagues salaces ou des moments gênants, que ce soit entre le héros et sa copine, ou encore avec le dealer torse nu qui se fait appeler Docteur Téton. Non seulement c’est nul, mais en plus de cela c’est très malhabile.

Au final, Pokemon Détective Pikachu est un film qui caresse le fan dans le sens du poil, lui faisant complètement perdre son esprit critique. Car oui, il ne faut pas se leurrer, les éloges déferlent déjà sur les réseaux sociaux et les arguments pour mettre en valeur ce film sont incroyables. On peut y retrouver du « tant qu’il y a Pikachu, c’est un bon film », ou encore du « Moi, à partir du moment où il y a Pikachu, je m’en fiche du scénario ». Des poids lourds de l’argumentation (et là, j’ai corrigé les fautes d’orthographe) qui montrent bien à quel point Pokemon a eu un énorme impact sur la fibre nostalgique de certaines personnes et qui assurent un carton au box-office et l’ouverture quasi certaine de futures suites. En l’état, si le fan est content, tant mieux pour lui, mais le film de Rob Letterman est clairement un non-sens filmique, avec un scénario anémique et une tonalité qui ne tient pas debout. Il en résulte donc un calvaire pour les parents qui devront trouver de pauvres hères pour laisser leurs gamins dans les salles obscures.

Note : 05/20

Par AqME

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