Millénaire

Auteurs : Richard D. Nolane, François Miville-Deschênes et Roberto Viacava

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Genre : Historique, Fantastique

Résumé :

Dans un Moyen-Âge traversé d’angoisses millénaristes, peuplé de goules et de changelins, ces créatures dévouées aux mystérieux Sylphes, Raedwald le marchand de reliques va se trouver pris malgré lui dans une série d’enquêtes, au fil desquelles il va découvrir d’étranges vérités. Le surnaturel domine largement cette série teintée d’histoire : un monde violent, superstitieux, régi par des forces d’origine inconnue se déroule en une fresque exubérante et expressive.

Avis :

S’il y a un thème qui est très sensible, dans tous les domaines culturels que ce soit, c’est la religion. Il ne faut froisser personne, surtout ne jamais remettre en question les origines d’un culte et encore moins manquer de respect à l’une d’elle sous peine de se prendre des menaces de tout bord. Pour autant, la religion attise la curiosité et aime les histoires ésotériques, notamment avec les origines de certains artefacts et de certains cultes plus ou moins obscurs. Si la littérature en a même fait un genre à part entière avec le thriller ésotérique, il en est de même avec la bande-dessinée, sauf que cela reste plus discret et fait rarement partie des grosses ventes. Si on ajoute à cela une pointe de science-fiction, du mysticisme, du fantastique et une belle critique acerbe des religions mondiales, alors il faut croire que l’on tient la perle rare qui risque fort de faire jaser les culs bénis. Et Millénaire est de cet acabit, même si les retours des givrés de la croix n’ont pas manifesté leur désarroi.

La série nous plonge en France après le sacrement de Hugues Capet en 987. Seulement, on nous apprend très vite que Hugues Capet a été ressuscité et que le monde est peuplé de créatures du diable, à savoir des goules, des sirènes et d’autres bestioles démoniaques. Nous allons suivre Raedwald le Saxon, accompagné de son fidèle Arnulf, un vendeur de reliques sacrées et parfois saintes. Durant ses pérégrinations, nous allons voir que le pape en place à Rome n’est autre qu’un vampire qui répond au doux nom de Vladimir et que les proches du pouvoir, dans tous les pays, sont des sylphes, que l’on pourrait comparer à des extraterrestres. Bref, Millénaire est un joyeux bordel qui annonce la fin du monde pour l’an 1000 et Raedwald, par la force des choses, va se rendre compte que tout cela a été mis en place par les sylphes et que de prophétie, il n’y en a pas. Derrière cette histoire, on pourrait vraiment croire à un bordel sans nom, mais c’est loin d’être le cas. Millénaire est une série qui s’équilibre parfaitement dans son premier cycle (les cinq premiers tomes) notamment grâce à son ton et son dynamisme.

En effet, on est très loin du récit historique. Même si on retrouve quelques éléments propres à l’histoire de France et à la religion, la série s’active surtout autour des manigances des sylphes et de leur façon de corrompre le pouvoir afin d’arriver à leurs fins. Ainsi donc, Millénaire est un mélange osmotique d’histoire, d’ésotérisme, de fantastique et de science-fiction. Osmotique dans le sens où rien ne prend le pas sur le reste, les genres se liant par la force des choses et n’étant jamais en trop. L’univers se construit petit à petit, étape par étape et chaque tome représente une enquête, une recherche de texte ou de relique et c’est amené de façon très pertinente. Il y a un réel savoir-faire au niveau de l’écriture, tout du moins autour des cinq premiers tomes, qui cognent dur sur la religion, sur les chiens de Dieu qui n’acceptent aucun écart de conduite, alors qu’eux-mêmes ne sont pas irréprochables. Et cette critique acerbe et vive de la religion ne touche pas que le catholicisme, puisque l’on retrouvera une haine farouche envers les juifs, ou encore des musulmans intolérants et des vikings animistes qui veulent buter tout le monde tout en gardant un certain respect pour l’étranger. Bref, on tape sur tout le monde et on montre surtout que toutes ces histoires ne sont que des manigances d’une force supérieure qui nous manipule.

D’un point de vue graphique et tonalité, la BD est aussi très convaincante. On retrouve François Miville-Deschênes au dessin dans les cinq premiers tomes et c’est très bon. Le dessin est vivant, il y a une réelle profondeur et on s’attache très vite à tout ce petit monde. Le dessinateur sublime aussi les corps, que ce soit le musculeux Arnulf ou encore les torrides femmes qui parcourent les albums, et n’hésite pas à faire du gore, du sale, pour démontrer les ignominies faites au nom de la religion. Franchement, on n’est pas très loin de la réalité et certaines planches peuvent révulser. Mais il y a quelque chose de très étrange dans cette bande-dessinée, c’est la tonalité employée. En effet, la thématique et les enquêtes sont très noires, très glauques, mais on retrouve des moments drôles, proches parfois d’un Astérix (Raedwald) et Obélix (Arnulf), notamment dans les fonctions du duo, l’un étant malin et l’autre étant une grosse brute épaisse. On se surprend parfois à sourire de certaines situations alors que le fonds de commerce de Millénaire ne l’est clairement pas. Pour autant, cela ne nous sort pas de l’intrigue et c’est donc un plus indéniable.

Cependant, la série va connaître un sort assez funeste à partir de son dernier tome, le sixième, qui devait ouvrir un second cycle… qui ne verra jamais le jour. Changement de dessinateur, qui a moins de talent, ou qui n’a pas su trouver la force de Miville-Deschênes, mais aussi intrigue moins intéressante, malgré sa continuité avec les cinq tomes précédents. On se retrouve avec une antagoniste peu attachante, qui délivre rapidement ses intentions et le tome perd vite de son intérêt. On va ressentir une sorte de relâchement, autant dans l’écriture que dans le dessin et cela sera fatal à la série, puisqu’elle fut arrêtée nette suite aux critiques acides. Mais d’un autre côté, le premier cycle se suffit à lui-même. Même si on a un certain mystère non résolu, on a une conclusion et il faut se dire que le pire a peut-être été évité.

Au final, Millénaire est une excellente série sur son premier cycle. Les thématiques sont fortes, importantes, mélangeant de façon optimale des genres que l’on n’a pas l’habitude de voir ensemble. Pour autant, le scénariste et le dessinateur ne se perdent pas et livrent une œuvre à part, fondamentalement réussie, qui pourrait presque donner des envies de voir cela en adaptation télévisuelle. Bref, si l’on écarte le dernier tome sorti, on fait face à une série de très grande qualité.

Note : 16/20

Par AqME

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