décembre 5, 2020

Unicorn Store

De : Brie Larson

Avec Brie Larson, Samuel L. Jackson, Joan Cusack, Bradley Whitford

Année: 2019

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie, Drame

Résumé :

Une artiste fantaisiste ayant accepté un travail ingrat après avoir été renvoyée d’une école d’art décide de poursuivre son rêve ultime : adopter une licorne.

Avis :

Brie Larson est une forte personnalité qui est un peu à l’image de son personnage dans Captain Marvel. Luttant fortement pour l’égalité de sexe et contre le harcèlement sexuel, elle a à cœur de vouloir voir plus de diversité dans le monde du cinéma. Outre le fait qu’elle veut utiliser sa notoriété pour protéger les femmes, elle aimerait voir plus de gens de couleur au sein des rédacteurs de critiques cinématographiques. Sa démarche, louable à l’écrit, est pourtant fortement décrié, et à juste titre, car cela peut laisser sous-entendre que le milieu du journalisme cinématographique est raciste, ce qui est faux, et qu’il ne donne pas sa place à n’importe qui, ce qui est aux aussi. Bref, Brie Larson est une forte tête, une grosse personnalité, et comme toute actrice avec du caractère, elle a décidé de passer derrière la caméra pour faire son tout premier film, Unicorn Store. Tourné en 2017, ayant fait le tour de quelques festivals avec une réputation peu flatteuse, voilà que le métrage se retrouve en exclusivité sur Netflix, quelques semaines seulement après le carton de Captain Marvel. Bien évidemment, l’intention est purement mercantile, mais cela peut, peut-être, nous servir à voir un bon film. Est-ce bien le cas ?

Pour son premier passage derrière la caméra, Brie Larson a décidé de traiter d’un sujet assez sensible mais que l’on a déjà vu plein de fois au cinéma, celui du passage à l’âge adulte et de la dure réalité d’une société qui ne rêve plus. On va suivre Kit, une jeune femme artiste et un peu autiste, qui rêve d’avoir une licorne, mais qui se fait refouler de partout. Ses parents, désespérés de voir leur fille s’avachir sur le canapé toute la journée, décident de la secouer un peu. Elle trouve alors un emploi dans une start-up de publicité et en même temps, rencontre un homme étrange qui lui promet de lui offrir une licorne si elle remplit certaines conditions. Avec un tel propos, difficile de ne pas y voir clair dans le jeu de la réalisatrice/actrice, elle veut aborder les errances de l’adolescence quand il faut devenir adulte, souffrant de la comparaison avec les autres, mais elle veut aussi parler de cette société égoïste, calibrée, qui n’a plus de rêves et reste bloquée dans un carcan caricatural et vulgaire. Le film se veut alors doux amer, montrant que malgré ses différences et ses envies de couleur, on peut continuer à rêver en faisant fi des autres et des convenances. Un contenu louable, mais qui manque très clairement de finesse.

Dès le départ, on connait les intentions de la cinéaste qui ne fait clairement aucun effort dans sa mise en scène pour fournir quelque chose de pop, de joyeux et de coloré. Elle se contente de peindre quelques tableaux, d’ajouter des paillettes un peu partout, mais il manque une certaine fantaisie à l’écran pour que tout cela soit vraiment enchanteur. Il s’agit peut-être d’un manque de budget, ou d’un manque d’expérience dans la réalisation, mais malgré les grains de folie du personnage principal, le film manque d’envergure et de magie. Le coup du magasin qui pop d’un coup manque là aussi de folie. Il ne suffit pas de mettre Samuel L. Jackson avec des rubans dans les cheveux pour rendre l’ensemble complètement fou. Cela est d’autant plus dommage que l’aspect terre à terre ne colle pas avec l’envie de la réalisatrice de parler de rêverie, d’envie de magie et de couleurs. D’ailleurs, Unicorn Store est très terne et on ne retrouve la couleur que dans les quelques tableaux (hideux) qu’elle peint et dans des lancées de paillettes. C’est finalement assez triste et sans réelle saveur. Et il en va de même pour la musique, quasiment absente du métrage, laissant plus de place aux innombrables dialogues non-sensiques et ne rythmant pas un film qui s’essouffle rapidement.

Il s’essouffle vite car l’histoire n’est pas réellement passionnante. On aura du mal à sentir de l’empathie pour Kit, cette jeune femme rêveuse qui veut une licorne alors qu’elle arrive au stade adulte et refuse de grandir. Dans le film, on dirait que grandir revient à refuser de rêver, ce qui n’est clairement pas le cas, mais il n’y a pas de demi-mesure au sein du métrage. La société actuelle est puante, avec des gens qui ont peur de s’exprimer et d’autres qui en profitent pour dire et faire des saloperies. On n’échappera pas au patron libidineux sur les bords qui aiment attirer les petites nouvelles dans son bureau, ou encore à la bureaucrate qui ne respecte même pas la gente féminine pour faire valoir une pub sexiste et caricaturale au possible. Si le message est assez clair, il manque de nuances et Brie Larson enfonce toutes les portes ouvertes sans jamais arriver à mettre en relief des personnages bons. Si on trouve Virgil, avec qui elle va nouer des liens amoureux, le reste des personnages ne sont pas vraiment sympathiques, à commencer par ses parents. Est-ce lié avec son vrai père avec lequel elle n’a pas parlé depuis dix ans, c’est une question à se poser, mais dans le film, les deux parents sont d’une stupidité insupportable. Tout comme Samuel L. Jackson, sorte de Willy Wonka du domaine équin, qui surjoue à mort et qui n’arrive pas à créer de liens intéressants avec Kit et avec le public. Ajoutons à cela une mise en scène lambda et des séquences presque gênantes comme lorsqu’elle veut casser sa cabane dans le jardin, symbolisant son changement d’esprit, le film se révèle très moyen, à mille lieues de son actrice/réalisatrice, pourtant très talentueuse.

Au final, Unicorn Store est une belle déception. Partant sur le chemin sinueux de la fon de l’adolescence et du monde des adultes qui refusent de rêver ou de garder une âme d’enfant, Brie Larson se fourvoie dans un film qui se veut joli et simple, mais qui s’avère ennuyeux et déjà-vu. Alors bien évidemment, ce n’est qu’un premier film, et c’est presque normal de retrouver un manque d’expérience lié à la mise en scène ou encore à l’émotion, quasiment absente du film, mais l’ensemble a bien du mal à tenir la route et à se révéler convaincant.

Note : 07/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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