octobre 24, 2020

The Wicked Darling

De : Tod Browning

Avec Lon Chaney, Priscilla Dean, Wellington Playter, Gertrude Astor

Année: 1919

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

Une jeune fille sans-le-sou est contrainte de voler pour survivre. Après avoir dérobé le collier d’une femme issue de la haute société, elle se cache chez un homme qui s’avère être l’ex-fiancé de la femme qu’elle vient de voler.

Avis :

Le cinéma expressionniste est un formidable vivier de chefs-d’œuvre oubliés. Des films expérimentaux et audacieux où le septième art était encore à un stade embryonnaire. Il est d’autant plus terrible que près de 80 % de la production avant les années 1930 est considérée comme perdue. Des conditions de stockage effroyables au dédain pur et simple des studios, plusieurs métrages sont devenus mythiques. Lorsqu’on évoque Tod Browning dans ce registre, on pense inévitablement à Londres après minuit. Or, The Wicked Darling (ou Fleur sans tâche) est une autre de ses réalisations perdues. Il aura fallu attendre plus de 80 ans pour retrouver une copie en Europe.

De l’aveu même du cinéaste, The Wicked Darling peut être vu comme une version officieuse d’Oliver Twist. La comparaison est similaire à celle entre Dracula et Nosferatu. Autrement dit, la libre adaptation évoque certaines thématiques et occurrences, mais l’on s’écarte sensiblement du matériau de base. On s’éloigne donc du Londres victorien et de la prose de Dickens sur plusieurs points. À commencer par le contexte et le cadre qui se conforment aux mœurs de l’entre-deux-guerres outre-Atlantique. Il est toutefois intéressant de noter que les différentes castes sociales n’évoluent que très peu, répétant des schémas de comportement sur la base des mêmes idées préconçues.

Étant donné que le personnage principal est une femme, on s’écarte également de la figure de l’orphelin. Néanmoins, on décèle de nombreuses allusions mises en parallèle au fil de l’intrigue. On songe au protagoniste qui souhaite s’affranchir de sa condition et ses heurts avec ses reconnaissances peu recommandables. Peut-on changer de statut social par sa seule volonté ? L’environnement de vie définit-il l’individu ou ce dernier est-il en mesure de faire valoir son libre arbitre ? Ces interrogations s’ajoutent en filigrane d’une intrigue assez candide dans ce qu’elle suggère. De ce point de vue, on se surprend à découvrir une autre facette du cinéma de Tod Browning.

Celui-ci est connu pour ses drames, ses ambiances lourdes et ses dilemmes narratifs. Le traitement de The Wicked Darling est plus nuancé, car le côté espiègle de Mary, impeccable Priscilla Dean, apporte une note humoristique pleine de légèreté. On ne parlera pas de quiproquos pour justifier le scénario, mais de situations fortuites qui tendent progressivement vers le conte de fées moderne. De fait, on pourrait trouver certains passages ou échanges assez faciles, voire naïfs. Mais cette romance entre le riche et la pauvre permet de confronter la voleuse repentie à ses errances et ses mensonges. Il en découle une évolution sensible qui met à mal sa condition.

L’approche dramatique, et non tragique, n’est jamais très éloignée du style de Tod Browning. Les séquences les plus tendues s’appuient sur un suspense timoré où le réalisme de l’histoire apparaît comme une menace latente. Il s’impose comme un rappel à l’ordre des choses où le quotidien nous rattrape aussi sûrement que nos mensonges. La violence verbale, parfois physique, accentue ce clivage entre les ambitions et les obligations de la jeune femme. La dualité a beau se montrer plus en retrait qu’à l’accoutumée, elle n’en reste pas moins pertinente, offrant une progression cohérente au récit.

Si The Wicked Darling paraît moins complexe que d’autres métrages de Tod Browning, il n’en demeure pas moins une excellente (et inespérée) découverte de ce film « retrouvé ». Sorte de fable contemporaine plutôt optimiste sur la condition sociale de l’homme (et de la femme), l’intrigue fait se succéder des sentiments contradictoires. Le spectateur est tour à tour emporté par l’enthousiasmante Mary, puis accablé par son entourage et son passé qui la nivelle par le bas. En dépit de quelques facilités scénaristiques, l’ensemble s’avère crédible et suffisamment truffé d’incertitudes pour ne pas rendre la trame trop prévisible. Un bel effort qui se distingue également par des prises de vue dans des décors réels. A noter que The Wicked Darling marque la première collaboration entre Lon Chaney et Tod Browning.

N.B. Bien qu’il soit tombé dans le domaine public, The Wicked Darling fait partie de la sélection du coffret « En hommage à Tod Browning », disponible chez Bach Films.

Note : 15/20

https://www.youtube.com/watch?v=B-z9EN1H6gM

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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