Le Moulin des Supplices

Titre Original : Il Mulino Delle Donne di Pietra

De : Giorgio Ferroni

Avec Pierre Brice, Scilla Gabel, Wolfgang Preiss, Dany Carrel

Année : 1960

Pays : Italie, France

Genre : Horreur

Résumé :

Hans part à Amsterdam rencontrer le célèbre sculpteur, Wahl. Ce dernier vit dans un mystérieux moulin reconverti en maison de cire. Alors qu’Hans s’éprend de la fille de Wahl, il découvre un terrible secret…

Avis :

Quand on regarde le cinéma français d’aujourd’hui, on peut se demander à partir de quand ça a réellement merdé. C’est vrai que si on jette un œil aux sorties cinéma, on se rend vite compte que le cinéma français propose en grande majorité des comédies, familiales ou romantiques, et des drames. Il n’y a quasiment plus aucune place pour les films de genre, comme l’horreur, la science-fiction ou encore l’action/aventure. Et pourtant, notre héritage dans le septième art provient bien du genre, piochant aux rudiments de la caméra dans les œuvres de Jules Verne ou encore en explorant le domaine des effets spéciaux avec Georges Méliès. Les prémices du cinéma proviennent de France et sont ancrés dans le genre. Et de ce fait, jusque dans les années 70 avec le cinéma de Jean Rollin, le cinéma de genre français se portait assez bien, même s’il se faisait bouffer tout cru par les productions de la Hammer (quoique sur le déclin à cette époque) ou l’arrivage massif du cinéma américain. Que nous reste-t-il aujourd’hui, hormis nos yeux pour pleurer ? Le souvenir. Le souvenir et les ressorties salvatrices de petits éditeurs qui se battent encore et toujours pour que l’on n’oublie pas. Un travail de titan que s’acharne à faire Artus Films dans des éditions luxueuses, comme le prouve une fois de plus Le Moulin des Supplices.

Production franco-italienne, Le Moulin des Supplices est un film d’horreur qui prend place aux Pays-Bas. On va y suivre Hans, qui doit rejoindre un moulin réputé pour sa collection d’œuvres de cire et son spectacle un peu ragoutant représentant toutes les femmes sulfureuses dans l’histoire, de Jeanne d’Arc à l’empoisonneuse de Poitiers. Hans fait alors la connaissance du chef des lieux ainsi que de sa fille, Elfie, qui semble atteinte d’une maladie rare. Alors que Hans demeure persuadé d’avoir tué involontairement cette jeune femme, un plan machiavélique se met en place au sein du moulin, montrant alors la vraie facette des gens et des sculptures. Le film de Giorgio Ferroni, qui continuera par la suite à travailler sur des films plutôt bis, entretient un vrai sentiment de malaise dès son début. Le film aime brouiller les cartes et présenter des personnages étranges, qui semblent constamment jouer un double-jeu. On ne saura jamais vraiment si Elfie est une personne bonne et innocente, ou quelqu’un de complètement fou. Son père, professeur d’art, revêt un faciès antipathique et pourtant, il semble assez sympathique avec ses élèves. Il en va de même avec le docteur, plutôt souriant avec les femmes, mais qui cache un lourd secret. En jouant constamment sur la dichotomie des personnages, le film distille une ambiance éthérée étrange et presque malsaine.

Il faut dire que le réalisateur met toutes les chances de son côté en utilisant au maximum les couleurs (les autres films de l’époque sont encore en noir et blanc comme Le Masque du Démon de Mario Bava) et certains effets spéciaux, qui peuvent prêter à rire aujourd’hui, sont utiliser de manière optimale sur ce film. Tourné essentiellement en studio sauf pour quelques séquences en extérieur qui furent vraiment faites en Hollande, Le Moulin des Supplices se construit en trois actes bien précis qui ne feront que faire monter la pression petit à petit. Le premier segment concerne bien évidemment les personnages et les lieux. On retrouvera donc nos protagonistes jouant toujours un double rôle trouble dans un moulin mystérieux, proposant une exposition glauque à souhait, attirant le chaland de par sa perfidie. L’ensemble est très soignée, les décors tiennent encore la route et malgré leur redondance, on est dans quelque chose de propre et de bien utilisé. Néanmoins, cette introduction de près de 45 minutes peut se révéler assez longuette, et on aura du mal à ressentir de l’empathie pour le personnage de Hans, un peu trop grave dans son regard, et frivole dans son attitude avec les femmes. Mais c’est aussi ce qui déclenchera le cauchemar du deuxième acte.

En effet, à partir du moment où Hans est persuadé d’avoir tué Elfie, le film bascule dans un cauchemar éveillé, dans un trouble effrayant, plongeant son « héros » dans une psychose fantasmagorique. La mise en scène devient alors plus sombre, plus brumeuse, et on pourrait presque croire à une production Hammer. Les fantômes se succèdent, les apparitions s’enchainent et là où le film est malin, c’est qu’il brouille les pistes entre réalité et fiction, à un tel point que le spectateur est aussi perdu que le personnage central. Le plus étonnant, c’est que plus de cinquante ans plus tard, l’ensemble fonctionne plutôt bien et ces moments de terreurs nocturnes sont bien efficaces. Le film se libère alors dans son dernier acte, où les révélations font surface et où on comprend les tenants et les aboutissants de ce musée de cire. Il est assez intéressant de voir à quel point Le Moulin des Supplices va jusqu’au bout de son délire, assumant pleinement son aspect presque gore et son nihilisme du point de vue des méchants personnages. Le twist final est assez effrayant, voire carrément glauque, et embrasse pleinement deux thèmes chers aux films d’horreur, l’amour passionnel et le savant fou prêt à tout pour réussir et se croire au-dessus de Dieu. Lamour se décline alors en deux points de vue, celui d’un père possessif et celui d’un amoureux transi. Bien évidemment, cela ne peut pas bien se finir, montrant que l’amour raisonné est plus sûr que l’amour destructeur, poussant à des crimes terribles.

Au final, Le Moulin des Supplices est une agréable surprise et un film relativement élégant dans sa mise en scène et ses thématiques. Si, même à l’époque, il ne révolutionne pas le genre, il n’en demeure pas moins un métrage intéressant et rondement mené, avec deux derniers actes forts et plutôt glauques. Dans un certain sens, il rappelle certains films de la Hammer ou, pour aller plus loin, certains films de monstres des studios Universal, la créature en moins, si on estime qu’un monstre doit avoir un physique monstrueux. Sauf qu’ici, le monstre est bel et bien humain, et c’est en ça qu’il en demeure plus insidieux. Bref, un bon film à découvrir dans une édition luxueuse et bardée de bonus.

Note : 14/20

Par AqME

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