ArènA – Kevin Tondin

Auteur : Kevin Tondin

Editeur : Auto-édition

Genre : Action

Résumé :

Le jeu : deux cantons, vingt candidats chacun.

Le but : éliminer entièrement l’équipe adverse.

Les règles : aucune, tous les coups sont permis.

2016 : le canton de Neuchâtel est choisi pour participer au jeu annuel. Parmi les candidats, un jeune homme, Chris Sartoris, guidé par la vengeance. Pour cela, il sera aidé dans sa tâche par une jeune femme au passé trouble. Mais pour parvenir à ses fins, il devra d’abord triompher de ses adversaires, les terribles zurichois qui n’ont jamais connu la défaite.

Bienvenue dans ArènA.

Avis :

Comme tout un chacun le sait, se lancer dans l’écriture est un travail complexe et qui n’est pas à la portée de n’importe qui. Il faut avoir un certain sens de la narration et aussi un don pour l’écriture afin de rendre tout ça intelligible et prenant. Le problème, c’est que même lorsque l’on a ce talent, et que l’on est poussé par ses proches à continuer, les maisons d’édition font souvent grise mine et préfèrent se jeter à corps perdu vers des noms bankables et des valeurs sûres. En fait, la littérature, c’est un peu comme le cinéma, on préfère faire bouffer à tout le monde la même chose tant que cela rapporte de l’argent. Pour trouver un peu de diversité et des œuvres étonnantes, il faut parfois piocher dans des éditeurs peu connus, voire carrément aller à la source et chercher sur les sites d’auto-édition. C’est le choix qu’a fait Kevin Tondin, jeune écrivain suisse, pour se faire plaisir et tenter de se faire connaître à travers deux romans. Le premier, Massacre en Engandine, reprenait les codes du film d’horreur, du slasher, pour fournir une histoire gore digne des collections des années 80/90 qui fleurissaient sur les étalages des formats poche (on se souvient de la collection Gore, mais aussi de la collection Terreur de chez Pocket). Le deuxième, qui nous occupe aujourd’hui, ArènA, est un hommage à un film qui a marqué plus d’une personne, Battle Royale.

Réalisé par Kinji Fukasaku, Battle Royale fait partie des monuments du septième art qui ont imprégné la rétine de pas mal de monde, dont un certain Quentin Tarantino qui dit même que c’est son film préféré. Repris depuis peu dans le jeu vidéo (Fortnite, Apex Legends, etc…), la thématique continue de plaire, et c’est en 2016 que Kevin Tondin décide d’écrire un Battle Royale se déroulant en Suisse, suite à des brouilles internes à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Alors que le peuple suisse est plus que jamais dans la tourmente à cause des fractures linguistiques du pays, le gouvernement décide d’organiser des jeux pour calmer les tensions et tenir par les bijoux de famille des personnes toujours prêtes à se révolter. ArènA est donc un jeu mortel qui se déroule chaque année. Deux cantons sont piochés au hasard, ainsi que vingt candidats âgés entre 18 et 25 ans pour chaque canton, qui devront s’étriper pour ressortir vainqueur. Le canton qui enchainera cinq victoires d’affilée, se verra exempt à tout jamais des jeux. Le roman nous propose alors de suivre les soixante-dixièmes jeux qui opposent Neuchâtel à Zurich. Un combat très important, notamment pour le canton de Zurich, qui vient de remporter quatre victoires d’affilée. Mais dans l’arène, rien ne se passe jamais vraiment comme prévu.

Pour réussir un bon roman d’action, il faut clairement deux choses très importantes, les personnages et les interactions qu’il va y avoir. C’est un défi très difficile pour un genre qui s’accorde plus à se mettre en images plutôt qu’avec des phrases. Ici, on va suivre Chris Sartoris, un pur héros, qui vient dans l’arène de manière volontaire pour assouvir une vengeance. Profondément bon, voulant protéger son canton et donc ses camarades, l’homme possède aussi un lourd secret justifiant sa présence dans ces jeux. Sa caractérisation est simple mais efficace, au point que l’on n’a pas envie qu’il lui arrive des bricoles. Avec lui, on pourra compter que d’autres personnages assez intéressants comme Ashley Jordan, une fille forte et au tempérament de feu ou encore Michael et Nate, deux garçons assez attachants, bien que secondaires. Du côté de l’ennemi, qui est caractérisé dès le départ, on notera que le leader rentre dans les clichés du genre, avec ses tatouages et son envie d’en découdre pour protéger sa famille à l’extérieur. Un méchant qui n’en est pas vraiment un, pris en otage par d’autres personnes que l’on cachera pour ne pas gâcher le plaisir de lecture. Lui aussi possède quelques seconds couteaux à ses côtés, des personnages binaires comme Kath ou les frères Reinhardt et d’autres plus comme complexes comme l’Ombre Furtive. Dans son ensemble, si le roman ne surprend pas avec ses personnages, il fonctionne, et c’est certainement tout ce que l’on demande dans ce genre d’entreprise.

Au niveau de l’action, on en a pour notre argent. Ne perdant pas de temps, le roman démarre à cent à l’heure, n’épargnant rien ni personne. Les meurtres s’enchainent très vite au départ, avant de connaître une accalmie pour mieux approfondir certains protagonistes qui prendront de l’ampleur par la suite. Les détails sanglants sont croustillants, les différentes mises à mort sont relativement variées et cela évite l’ennui. D’autant plus que l’auteur essaye de varier les plaisirs, ponctuant son roman d’ambiances différentes, dont une partie dans un abattoir avec un frappé du ciboulot (référence au roman Massacre en Engandine) qui lorgne grandement du côté de l’horreur. Le seul petit bémol que l’on peut apporter sur les phases d’action, c’est que parfois, c’est très téléphoné et on sait rapidement qui va mourir et qui va rester, pour arriver à un final attendu et sans grande surprise. Cela ne nuira cependant pas le plaisir de lecture, puisque le style de l’écrivain est relativement fluide et que l’on tourne les pages avec rapidité et avidité. Alors oui, il n’y a pas trop de surprises, notamment pour les rompus du genre ou ceux qui auraient vu le film japonais, mais on reste dans quelque chose de bien fait et surtout de fait avec le cœur. Et si on outrepasse les quelques coquilles, les quelques répétitions ou encore certains clichés, on passe un moment très sympathique.

Au final, ArènA est un roman relativement agréable qui propose une alternative au film Battle Royale, proposant une plongée dans un univers sanglant et violent tout en étant particulièrement injuste. Avec des personnages classiques mais efficaces, ainsi que des situations nerveuses et parfois glauques, Kevin Tondin offre un second roman qui, à défaut d’être original, se lit comme du petit lait et, on l’espère, lui permettra d’accéder à un avenir radieux dans le monde de la littérature.

Note : 14/20

Par AqME

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