Edgar Allan Poe – Hantise

Auteurs : Louis et Thomas Verguet

Editeur : Soleil

Genre : Fantastique, Thriller

Résumé :

Edgar Allan Poe n’est pas encore l’écrivain célèbre que l’histoire retiendra. Pour l’heure, c’est un critique acerbe du Boston Chronicles. Un être détestable et aigri qui écrit des nouvelles tard le soir, après être revenu de consultations étranges lors desquelles il parle avec sa défunte mère par l’intermédiaire de la sulfureuse voyante Lady Hyde, qu’il paie ensuite en nature.
Sa sordide vie sans intérêt bascule dans l’horreur quand un matin, un meurtre faisant la une des journaux présente d’étranges similitudes avec une de ses nouvelles, encore en cours d’écriture. Il est donc le seul à en avoir connaissance.
Quand l’expérience se renouvelle le lendemain, puis le surlendemain, et encore et encore, c’est une véritable descente aux enfers que va vivre Edgar. Au fond du gouffre, quelles seront les réponses à cette question obsédante : Qui est le meurtrier ?
La seule solution qui s’offre à Edgar Allan Poe pour éviter de sombrer dans la folie est de mener l’enquête de la seule façon qui sied à un écrivain : Écrire et créer de toutes pièces un nouveau genre littéraire jusqu’alors inconnu : l’enquête policière fantastique.

Avis :

Passée à la postérité pour des raisons évidentes, l’œuvre d’Edgar Allan Poe se distingue autant par la singularité de ses histoires que pour sa prose à la plume subtile et raffinée. Tour à tour poète, dramaturge, nouvelliste et romancier, l’homme maîtrise tous les aspects d’une vie consacrée à la littérature. Il s’est même fait remarquer dans le domaine de la critique. Un aspect fondateur pour la présente bande dessinée. En parallèle de son influence sur des générations de lecteurs et d’écrivains, ses récits ont bénéficié de nombreuses adaptations, notamment pour le grand et le petit écran. Or, il ne s’agit pas ici de retrouver l’une de ses histoires en particulier, mais de plonger l’auteur au cœur d’une fiction.

Certes, le procédé n’est pas novateur et, à vrai dire, l’homme a déjà fait l’objet d’un tel traitement avec L’ombre du mal, un long-métrage signé James McTeigue. D’ailleurs, la comparaison ne s’arrête pas là, car les tenants de l’intrigue sont grandement similaires. Edgar Allan Poe est confronté à une série de meurtres qui s’inspire directement de son œuvre. En proie à ses tourments, l’intéressé se retrouve au cœur des événements pour tenter de démêler le vrai du faux. Ce parallèle est nécessaire puisque le support cinématographique précède de deux ans le présent ouvrage. Il paraît néanmoins difficile d’apprécier le degré d’influence de l’un envers l’autre, étant donné que certains points divergent.

En l’occurrence, la bande dessinée revient sur les « origines » de son œuvre alors que certaines de ses nouvelles sont écrites, mais pas encore publiées. On découvre le protagoniste sous un jour peu glorieux. Hautement antipathique, sa personnalité est dépeinte pour le rendre détestable au possible. Aigri, orgueilleux, névrosé, colérique, capricieux, violent, lâche, égocentrique, alcoolique, lunatique… Et la liste pourrait continuer indéfiniment ou presque tant chaque passage vise à saper la réputation et l’aura d’Edgar Allan Poe. Si certains éléments peuvent être avérés, on se demande vraiment si les auteurs apprécient l’écrivain ou s’il n’est qu’un simple support de travail dépourvu de compassion, voire d’amour-propre.

Par ailleurs, cet Edgar Allan Poe ferait la joie des partisans de Freud, notamment avec son rapport quasi incestueux avec sa défunte mère, puis au mariage avec sa cousine ! À noter que cette petite dernière n’est encore qu’une enfant lorsqu’il jette son dévolu sur elle. Pour l’intrigue, cette névrose peut néanmoins servir le propos en le plaçant comme principal suspect de son enquête. Sa psyché torturée et l’intégration de visions cauchemardesques dans son quotidien offrent d’excellentes bases pour entretenir le mystère et la part de vérité qui entourent les crimes. Bien que peu explicites dans les vignettes, l’état des cadavres laisse présager une extrême violence.

Le processus de création d’une histoire est également au centre des enjeux avec les errances et les réflexions de l’écrivain dans ses grandes heures. Pour autant, cela peut donner lieu à quelques séquences téléphonées, comme le dénouement plus simpliste que le suggèrent les différents points de l’affaire. Bien entendu, le livre ne serait guère complet sans une multitude de références et d’hommages plus ou moins évidents. On songe à La chute de la maison Usher pour l’architecture du manoir de Madame Hyde. On peut également évoquer Le masque de la mort rouge, Double assassinat dans la rue Morgue, ainsi que Le Corbeau.

Au final, Hantise s’avance comme une transposition assez incertaine qui multiplie les doutes quant à l’évolution de son intrigue et aux intentions des auteurs respectifs. Le dessin est de qualité, notamment avec les jeux d’ombre, leur disproportion et celle du personnage (assimilé à un ogre face à sa cousine). On regrette néanmoins le caractère si haïssable de l’écrivain en ces pages. Certes, ce dernier n’est pas exempt de reproches ou de défauts, mais un tel degré d’avilissement et de turpitude laisse perplexe. Entre les allusions de pédophile incestueux, la violence à peine contenue et l’arrogance permanente de l’homme, on en oublie ses errements pour résoudre des investigations aux aboutissants décevants, et ce, en dépit d’une mise en abîme pertinente de la relation entre l’œuvre et son créateur suggérée en fin de piste.

Note : 12/20

Par Dante

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