décembre 5, 2020

Shazam! – Magie Mineure

De : David F. Sandberg

Avec Zachary Levi, Asher Angel, Mark Strong, Jack Dylan Grazer

Année: 2019

Pays: Etats-Unis

Genre: Super-Héros

Résumé :

On a tous un super-héros qui sommeille au fond de soi… il faut juste un peu de magie pour le réveiller. Pour Billy Batson, gamin débrouillard de 14 ans placé dans une famille d’accueil, il suffit de crier « Shazam ! » pour se transformer en super-héros.
Ado dans un corps d’adulte sculpté à la perfection, Shazam s’éclate avec ses tout nouveaux superpouvoirs. Est-il capable de voler ? De voir à travers n’importe quel type de matière ? De faire jaillir la foudre de ses mains ? Et de sauter son examen de sciences sociales ? Shazam repousse les limites de ses facultés avec l’insouciance d’un enfant. Mais il lui faudra maîtriser rapidement ses pouvoirs pour combattre les forces des ténèbres du Dr Thaddeus Sivana…

Avis :

Alors que Marvel va connaître un tournant décisif ce mois-ci avec la sortie de Avengers Endgame, mettant un point final à un troisième acte plutôt sympathique, DC, lui, continue tant bien que mal de survivre avec des origin story présentant des personnages plus ou moins connus de leur catalogue. Et après un Aquaman qui soufflait le chaud et le froid, alternant phases exaltantes et moments gênants de mauvais goût, voici que déboule Shazam, super-héros très peu connu du grand public, et qui pourtant pourrait faire la nique à Superman, rien que ça. Le personnage fut créé dans les années 40 pour le magazine Whiz Comics, d’abord sous le nom de Captain Marvel, puis fut rebaptisé Shazam pour éviter toute confusion avec le personnage féminin de l’écurie adverse. Cependant, il n’intègre l’univers DC qu’en 1972 et subira plusieurs aventures et autres reboot, dont le dernier en date est signé par Geoff Johns. C’est d’ailleurs autour de ce dernier reboot que le film s’axe principalement, montrant un enfant de quinze ans qui découvre un pouvoir, celui de se transformer en un adulte aux pouvoirs surdéveloppés. Personnage plutôt drôle, insouciant, mais qui va devoir maîtriser ses pouvoirs pour devenir un vrai héros, Shazam se devait d’avoir son adaptation cinématographique. Est-ce réussi ? Oui et non, mais plus oui que non.

On le savait déjà, si Marvel fait la part belle à ses acteurs mais offre un cahier des charges à respecter à ses réalisateurs, DC et Warner font le choix contraire, quitte à fournir des castings moins alléchants. Cependant, ils laissent presque libre cours à leurs créateurs et préfèrent choisir des cinéastes qui possèdent une patte, une vision. Ceci étant dit, il est assez étrange de proposer un tel challenge à David F. Sandberg qui baigne dans l’horreur depuis ses débuts avec le court-métrage Lights Out qui deviendra le long Dans le Noir, ou encore la suite des mésaventures d’Annabelle la poupée maléfique. Un choix osé pour un film qui s’éloigne du registre d’épouvante pour aller vers la comédie adolescente avec un super-héros dedans. Mais après tout, pourquoi pas. Malheureusement, la réalisation ne sera en aucun cas le point fort du film. Résolument transparente, sans aucun moment iconique, la mise en scène s’avère plate et sans épaisseur. Néanmoins, on retrouvera des moments plutôt drôles, dans l’air du temps, avec des moments en found-footage, notamment quand Shazam découvre ses pouvoirs. Le film joue avec l’époque contemporaine et les rituels des ados d’aujourd’hui pour rendre une copie assez fade sur les moments obligés et plutôt fraîches sur les passages qui dépeignent une réalité attachante.

Mais si la réalisation est un peu transparente et manque clairement de mordant, le film se rattrape grandement sur son fond et sur un script qui s’appuie fortement sur les personnages et non pas que sur une action non-stop. Le film va traiter de divers problèmes qui s’ancrent parfaitement dans la vie des adolescents d’aujourd’hui, la famille et l’acceptation des autres. Alors que notre monde est plus en plus centré sur lui-même et l’égoïsme latent, Shazam va tenter de démontrer que sans les personnes que l’on aime ou qui nous accepte, on ne peut pas faire grand-chose. Ce sera le cas de Billy Batson, pauvre ado qui fuit les familles d’accueil pour retrouver sa mère biologique. Le personnage central est très travaillé et se révèle assez juste dans son évolution, dans sa volonté de d’abord s’en sortir tout seul, ne faisant confiance qu’à lui-même, puis en acceptant finalement l’aide de cette famille d’adoption qui, elle, l’accepte comme il est. Un joli message sur fond d’altruisme qui prône le vivre ensemble tout en s’émancipant des origines ou des physiques. On aura droit au geek, à la studieuse, au gros, à la jeune fille black, au personnage en situation de handicap, et tout ce petit monde va s’entraider pour lutter contre le grand méchant. Mais Shazam offre aussi un joli point de vue sur la force de la famille, celle que l’on choisit, celle qui nous aide au quotidien et qui nous accepte pour ce que l’on est. Très franchement, Shazam peaufine son côté « sociétal » pour que le spectateur soit au plus proche des protagonistes et puisse ainsi ressentir de l’empathie pour eux.

Et comment ne pas ressentir de l’empathie pour Billy Batson et Shazam, tant les deux personnages sont touchants, agréables et drôles. L’évolution proposée est cohérente et suit un chemin logique, que tout ado ayant des pouvoirs suivrait sans problème. On aura donc un héros au départ frimeur, tape à l’œil, qui n’hésitera pas à voler de l’argent tout étant finalement très naïf sur ses pouvoirs. L’apprentissage est plutôt sympathique et la relation entre Shazam et Freddy, son frère d’adoption en situation de handicap et fan de super-héros, s’avère bien plus complexe qu’il n’y parait. Même si on se doute des tenants et des aboutissants du projet, on voit deux personnages soudés, mais qui se brouillent pour des histoires d’ados. Et cette distance entre les réflexions d’un ado et le physique d’un adulte sont des sources plutôt plaisantes de vannes qui fonctionnent à plein régime. Alors oui, c’est inégal, mais parfois c’est frais, voire même cool, montrant que le métrage ne se prend jamais au sérieux, même quand il doit affronter le grand méchant. Un grand méchant qui n’hésite pas à tuer sa famille, se trompant finalement de combat et se faisant rouster par ce qu’il lui manque le plus.

Alors oui, le film a d’autres faiblesses que sa mise en scène finalement lambda. On pourra dire que les effets spéciaux sont très moyens, voire carrément mauvais. Les moments en situation de vol ne sont pas terribles, mais surtout, ce sont les personnages en CGI qui font de la peine. Les sept péchés capitaux ne sont pas des méchants très intéressants, et malgré quelques designs plutôt sympathiques, l’incrustation se voit à deux cents kilomètres. On notera aussi une version française calamiteuse, qui ne rend pas justice aux comédiens américains. Notamment sur le final, où l’on va avoir droit à des enfants dans le corps d’adultes et les comédiens de doublage sont complètement aux fraises, n’arrivant pas à donner l’innocence nécessaire pour créer une drôle de distance. On pourra aussi pester contre le manque d’enjeux du film. Nous faisons à une énième origin story qui montre la naissance d’un super-héros face à un super-vilain qui ne souhaite qu’une chose, dominer le monde en utilisant de la magie. Rien de bien surprenant pour le coup, et on peut même dire que c’est bas du front. Enfin, dernière petite scorie, la présence de Djimoun Hounsou en sorcier vieillissant, qui ressemble à un mauvais père Fouras, personnage avec lequel on perçoit le désintérêt total du grand Hollywood pour le maquillage.

Au final, Shazam ! est un film de super-héros qui prend le parti de la légèreté et de l’humour dans un univers qui se veut plus sombre ou qui se cherche encore avec des cadavres encore fumant (Justice League pour en citer que ce film). Or, cette façon de faire, en y injectant une petite partie sociétale non dénuée de sens, fonctionne plutôt bien et DC, Warner et David F. Sandberg offrent un film familial plutôt fun, mignon, avec des personnages attachants et drôles. Oui, le film a des défauts, il est loin d’être marquant, mais il est loin, très loin du désastre que peuvent représenter certains autres films de chez DC.

Note : 13/20

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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