novembre 30, 2020

Que Dios Nos Perdone

De : Rodrigo Sorogoyen

Avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera

Année : 2017

Pays : Espagne

Genre : Thriller

Résumé :

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Avis :

Réalisateur espagnol d’une trentaine d’années, Rodrigo Sorogoyen est plutôt méconnu chez nous. Venant de la télévision, il a notamment participé à pas moins de quarante-trois épisodes de la série « Impares« , Rodrigo Sorogoyen a réalisé son premier film, « Stockholm« , en 2013. Le film demeure encore inédit chez nous.

Débarquant sur nos écrans avec son deuxième long-métrage, « Que Dios nos perdone » était un film qui me tentait énormément, car en plus de trouver un acteur hallucinant, en la personne d’Antonio de la Torre, ce deuxième film pour Sorogoyen était un thriller, genre que j’ai tendance à beaucoup affectionner. La bande-annonce laissait présager quelque chose de glauque qui prenait aux tripes, et il faut bien avouer que Rodrigo Sorogoyen ne s’est absolument pas raté. Puissant, terrible, glaçant, voire même perturbant, tant son intrigue est affreuse, « Que Dios nos perdone » fut très loin de décevoir. Je dirais même plus, car le film a réussi à aller au-delà des espérances. Bref, une petite bombe comme nos amis espagnols savent si bien en faire !

Madrid, été 2011, le corps d’une vieille femme est retrouvée. La vieille dame a été violée puis tuée avec une violence inouïe. Très vite, le corps d’une deuxième vieille dame est retrouvé. Les deux inspecteurs, Verlade et Alvaro, partent vite sur la thèse d’un serial killer. Alors que le pape Benoît XVI s’apprête à arriver en ville, les deux inspecteurs ont l’ordre d’enquêter dans la plus grande discrétion.

Qu’ils sont doués ces Espagnols ! Qu’il est bon le cinéma espagnol ! « Que Dios nos perdone« , c’est l’exemple type du thriller parfaitement porté. C’est un film puissant, sombre, glauque, malsain, qui va tenir son spectateur jusqu’à sa surprenante conclusion. « Que Dios nos perdone« , c’est la force de l’écriture et de la mise en scène. C’est un ensemble qui tient chaque élément et ne laisse rien au hasard. Ce qui fait un grand thriller et un grand polar, c’est bien entendu son enquête. C’est la façon dont son auteur va nous faire entrer dedans et nous tenir, presque en addiction, jusqu’à son point final et « Que Dios nos perdone » fait assurément partie de ces films-là.

Ici, l’enquête sur laquelle ces deux flics travaillent est d’une horreur infinie, puisqu’ils vont essayer de coincer un violeur et assassin de grands-mères, une idée qu’on pourrait presque trouver déplacée, tant elle est révulsante. Viscéral, prenant, passionnant, Rodrigo Sorogoyen va droit au but, offrant un rythme soutenu, qui prend que peu de temps pour se poser. Noir, imprévisible et oppressant, le réalisateur tire sur ce qui fait les grandes cordes du polar, qui sans aller jusqu’à un « Se7en » ou un « Le silence des agneaux« , peut se vanter de s’en approcher. C’est bien simple, on n’avait pas vu polar si prenant depuis un sacré bout de temps. De plus, et toujours pour développer la qualité de l’écriture de ce film, « Que Dios nos perdone » ne fait pas qu’offrir une bonne enquête. Non, Rodrigo Sorogoyen a pris le temps aussi de développer des personnages intéressants. Des personnages qui ont du fond, et ça, que ce soit autant les deux flics, qui ont chacun un joli bagage, que l’assassin lui-même et surtout la motivation de cet homme. C’est peut-être même la partie la plus intéressante de ce film, car si elle est un modèle d’immondices, elle est aussi dans un sens compréhensible et c’est ça qui dérange grandement avec ce film.

Si l’enquête est aussi bien tenue, c’est aussi parce que Rodrigo Sorogoyen ne lésine pas sur sa mise en scène, qui est un très bel exemple de ce qu’il faut faire pour offrir un excellent métrage. Avec ce film, Rodrigo Sorogoyen offre un métrage très violent et très pesant, qui n’est qu’une montée crescendo en puissance. Mais attention, si Rodrigo Sorogoyen n’y va pas avec le dos de la cuillère, jamais il ne franchit la limite du lourd ou de spectaculaire pour choquer. Non, son film est finement dosé, de manière à ce que l’on soit mal à l’aise, marqué et en même temps qu’on ait envie en permanence d’avoir la fin de cette histoire, même si on la redoute aussi, car on imagine que cela ne peut que se finir extrêmement mal.

On notera un gros travail de réalisme sur les cadavres et autres blessures, ce qui pousse encore un peu plus la tension qu’on ressent au travers de cette histoire.

Enfin, « Que dios nos perdone« , c’est un casting particulièrement prenant. Ce duo de flic, un poil décalé, est très attachant, complémentaire, voire même touchant et les deux acteurs, Antonio de la Torre et Roberto Álamo, sont absolument terribles ! Puis on citera aussi celui qui incarne ce tueur en série, dont on cachera volontairement le nom, mais sachez qu’il peut être terrifiant.

À ranger à côté de films comme « La isla minima » ou « La colère d’un homme patient« , deux excellents films sortis il y a peu, « Que Dios nos perdone » est un très bon film, voire même un grand film. Maîtrisée de bout en bout, parfaitement tenue par des acteurs impeccables, cette première incursion dans le cinéma de Rodrigo Sorogoyen est une réussite. Bref, ça fait un bout de temps qu’un polar ne nous avait pas autant tenus et l’on attend maintenant « El Reino » avec beaucoup de curiosité.

Note : 17/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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