octobre 24, 2020

Apprenti Gigolo

Titre Original : Fading Gigolo

De : John Turturro

Avec John Turturro, Woody Allen, Vanessa Paradis, Sharon Stone

Année: 2014

Pays: Etats-Unis

Genre: Romance

Résumé:

Deux amis, l’un libraire, l’autre fleuriste, ont des problèmes d’argent. Le premier devient le mac du second. Ils feront le bonheur de leurs clientes.

Avis:

Les histoires d’amour au cinéma, ça tourne souvent autour de la même chose, avec des personnages que rien ne rapprochent et qui vont pourtant finir par s’aimer. Entre Pretty Woman et Coup de Foudre à Notting Hill, les clichés sur les comédies romantiques vont bon train et cela fait le bonheur des dames. Un peu moins des hommes, même si certains apprécient ce genre de spectacle. Maintenant, ce qui est intéressant dans la comédie romantique, c’est d’essayer de trouver des histoires originales qui amènent à réfléchir sur certains concept comme la prostitution, la reconstruction de soi ou encore le gigolo, qui semble être un sujet un peu tabou à Hollywood. C’est pourtant la thématique principale du dernier film en date de John Turturro, à la fois acteur principal du film qui nous préoccupe aujourd’hui, mais aussi réalisateur. En effet, Apprenti Gigolo a tous les traits d’un film de Woody Allen, d’autant plus qu’il tient un rôle important dans ce métrage, mais c’est pourtant son ami qui est derrière la caméra et qui va tenter d’apporter un nouvel œil sur la prostitution masculine, tout en restant bienveillant et dans les codes de la comédie romantique un peu arty sur les bords.

Murray est un vieux libraire qui vient de faire faillite car les livres ne se vendent plus. Ou tout du moins, les vieux livres, et les romans anciens. Il est très ami avec Fioravante, fleuriste à mi-temps et qui semble avoir du mal à joindre les deux bouts. Murray voit alors éclore un plan dans sa tête, devenir le mac de Fioravante, qui semble avoir un certain succès avec les femmes. Surtout que Murray a entendu sa médecin vouloir faire un plan à trois et être prête à payer pour cela. Les deux amis se mettent alors d’accord sur un tarif et les voilà lancé dans une entreprise risquée. Encore plus lorsque Fioravante tombe sous le charme d’une veuve juive à fleur de peau depuis le décès de son mari. Et c’est là, entre l’amour, le sexe, la tendresse et la religion que John Turturro a décidé de placer son intrigue et son film, relativement simple, presque un peu transparent, très inspiré par Woody Allen, et qui s’avère une sympathique comédie romantique mais qui manque vraiment de mordant pour tout emporter sur son passage.

Si on parle beaucoup de Woody Allen, ce n’est pas seulement parce que l’acteur/réalisateur est devant la caméra pour cette fois. C’est surtout parce que l’histoire, le scénario, aurait pu être de Woody Allen. On retrouve tous les tics d’écriture du cinéaste, avec des dialogues ciselés et des personnages quelque peu névrosés. Murray, incarné par Allen, est un personnage roublard, qui parle beaucoup trop et qui arrive à embobiner les gens. Pas étonnant donc que ce soit lui qui trouve les contrats pour son ami et qui mène finalement la barque. John Turturro est un peu plus effacé, mais il reste aussi un personnage avec des troubles émotionnels importants. Homme à femmes au départ car il sait comment s’y prendre, il va tomber amoureux et succomber à quelque part à ses propres désirs. Une belle image de l’amour qui finalement casse le code des hommes qui ne pensent qu’à « baiser » ou qui pourraient tromper aisément leur femme. Du côté féminin, les personnages ne sont pas en reste et on trouvera deux femmes plutôt dévergondées qui ont envie d’essayer des choses coquines. Cependant, cet aspect est contrebalancé par une certaine légèreté presque bienveillante que l’on perçoit lorsque, pendant l’acte, Turturro n’y arrive pas, pensant à sa chère et tendre. Les personnages ne sont pas monolithiques, et ils possèdent tous plusieurs facettes intéressantes. Bien évidemment, le protagoniste le plus complexe reste celui incarné par Vanessa Paradis, une femme juive qui redécouvre des sentiments amoureux et qui va essayer de s’affranchir des codes de son religion.

Et la religion est un pilier quasi central de ce métrage. Bien évidemment, avec un tel casting, c’est la religion juive qui est mise en avant et on sent un gentil petit tacle de la part de John Turturro. Ce qui est intelligemment fait dans ce film, c’est que la fronde n’est forcément mauvaise et unilatérale. On peut y voir de jolies choses comme une communauté soudée, qui essaye, par moments, de s’ouvrir aux autres et de découvrir de nouvelles activités. Néanmoins, on sent que le film pointe du doigt un certain communautarisme exacerbé. On aura droit à des vigilances de la part de certains voisins qui font vraiment du zèle afin de garder cette communauté fermée, mais aussi à un tribunal qui juge des actes d’une femme qui retrouve simplement le bonheur de vivre et de s’ouvrir aux autres. Un moyen donc de critiquer sa propre religion et de s’interroger sur ses convictions. D’ailleurs, l’une des phrases de fin du film signifie bien à quel point John Turturro ne sait plus trop s’il est vraiment juif, et s’il a vraiment envie de re-rentrer dans cette religion.

Alors dit comme ça, on pourrait croire que le film est une vraie réussite, utilisant les codes de la comédie romantique pour finalement parler de l’homme et de la religion. Mais globalement, le film ne va pas chercher bien loin. La mise en scène est très plan-plan et enchaîne les champs/contre-champs sans pour autant tenter d’innover. Le filtre jaune donne un certain cachet, mais ne sert pas à grand-chose d’autre. Tout comme la finalité même du projet. Si l’on en croit la morale finale, on ne peut pas chasser son naturel, et celui-ci revient rapidement quand il est question de facilité et d’argent. De ce fait, Apprenti Gigolo ne dépasse jamais son statut de petite comédie romantique à destination d’un public aimant le cinéma de Woody Allen et les élans un peu arty au niveau dialogue et réflexion.

Au final, Apprenti Gigolo est donc un petit film sympathique. John Turturro se repose un peu sur ses lauriers et sur son casting prestigieux pour livrer un film qui a du fond mais qui manque de forme et d’ambition. On se retrouve face à des situations qui interrogent sur la religion et sur sa nécessité pour se sentir libre, mais aussi sur la prostitution masculine, sans pour autant vraiment aller au fin fond des choses. C’est dommage, car ce « petit » film avait tous les ingrédients pour devenir un excellent moment, et à la place, on a un moment agréable, rien de plus, rien de moins.

Note: 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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