Freaks of the Heartland

Auteurs: Steve Niles et Greg Ruth

Editeur : Semic

Genre : Thriller, Horreur, Drame

Résumé :

Dans une ferme isolée au milieu d’une immense campagne, une famille tente de vivre malgré l’apparence monstrueuse de l’un de ses deux fils, que le père tient enfermé dans une grange un peu à l’écart. Pourtant, pour Trevor, l’autre fils, Will, même  »monstrueux », reste avant tout son frère, et son seul compagnon dans la solitude de cette nature trop vaste pour lui.
Devant la décision de son père de se débarrasser de cette honte de la famille, Trevor n’aura d’autre choix que de libérer son frère, et de s’enfuir avec lui. C’est ensemble qu’ils vont découvrir le secret qui pèse sur leur famille : l’existence d’autres frères et sœurs, abandonnés eux aussi.

Avis :

Il est difficile de dissocier les « freaks » du monde du cirque. Sans doute est-ce dû au chef d’œuvre de Tod Browning, lui-même inspiré des foires aux monstres du XIXe et XXe siècle. Si ce thème est souvent tourné sous l’angle horrifique, preuve en est avec American Horror Story : Freak Show, l’approche dramatique n’est jamais très éloignée afin de mettre en exergue le droit à la différence. Par extension, les valeurs sociétales démontrent un attrait voyeuriste qui inverse les codes de la morale. En somme, l’homme considéré comme « normal » est bien plus monstrueux que les freaks. D’ailleurs, ce traitement est une constante quand on aborde le sujet. Nul doute que Freaks of the Heartland n’y déroge pas.

Pourtant, on s’éloigne d’emblée des saltimbanques et de l’esprit nomade des références précitées pour se confronter à un autre microcosme. Celui d’une Amérique profonde, isolationniste et conservatrice. Les fermes se noient dans des champs de blé à perte de vue. Le dogme patriarcal offre toute largesse au chef de famille. De plus, la pauvreté latente va de pair avec une ouverture d’esprit aussi étroite que la culasse de leur fusil. Malgré les vastes étendues de Gristlewood Valley, la sensation de repli sur soi et d’enclavement est omniprésente. Et cela vaut autant pour la fuite annoncée de ce monde réfractaire à tout changement qu’à l’emprisonnement psychologique dans lequel se retrouvent les personnages.

Le climat autoritaire au sein du cadre familial et l’absence de remises en question finissent d’asseoir une réelle pression, proche des techniques de manipulation inhérentes aux sectes. Cette exposition assez oppressante tend à créer une situation instable où l’ambiance anxiogène concerne surtout le calvaire du quotidien et non la présence de freaks. En l’occurrence, ces derniers s’avancent surtout comme des victimes de leurs parents, les reléguant à des bêtes de somme. Leur séquestration dans des bâtiments annexes aux propriétés fermières et leurs conditions de vie sont décrites sans la moindre concession.

Ici, les difformités tiennent aussi bien à une taille formidable, une aptitude hors-norme ou à une pilosité qui renvoie à un hybride homme-animal. Malgré certaines allusions fantastiques, comme les visions de Will ou sa capacité à cracher du feu, l’intrigue reste très réaliste dans la violence qu’elle dépeint. Ce n’est pas tant le récit d’une rébellion contre les dogmes établis qu’une fuite éperdue qui prévaut. Il en émane un nihilisme évident qui se traduit par une « chasse aux sorcières » expéditive. Les réactions de la communauté et leur empressement à régler le problème sont assez semblables dans les motivations et les justifications avancées.

Au niveau du traitement graphique, on dénote une prédominance de tons ocre à même de mettre en avant le cadre agricole. De leur aura sombre, les propriétés isolées contrastent avec les teintes chaudes des exploitations et de la nature. La narration privilégie des tableaux désenchantés et la force des images à des dialogues complexes. Les échanges sont simples et circonspects pour servir le propos général. D’un côté, cela exacerbe le caractère expéditif des villageois. De l’autre, ce choix s’appuie sur la personnalité réservée des protagonistes. À noter que les scènes de violence ou de confrontation disposent d’une exposition plus abstraite que les autres séquences.

Au final, Freaks of the Heartland est un comics qui entremêle avec brio pessimisme et nihilisme. Davantage proche du drame que de l’horreur, l’histoire dépeint un cadre délétère qui, par certains côtés et son atmosphère, n’est pas sans rappeler le Texas décrit dans Massacre à la tronçonneuse. Les tenants de l’intrigue, eux, évoquent dans une moindre mesure L’abomination de Dunwich de H.P. Lovecraft. Cela vaut pour la communauté isolée qui semble détenir un terrible secret, la séquestration des « monstres » et leur origine même. La multiplicité des cas va également en ce sens. Malheureusement, certains pans resteront inexpliqués pour confirmer ou non cette impression. Il en ressort un récit très sombre et pesant qui use de personnages hors-norme pour mieux dépeindre une existence âpre. Déstabilisant, mais d’un intérêt notable.

Note : 16/20

Par Dante

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