Malveillance

Titre Original : Mientras Duermes

De : Jaume Balaguero

Avec Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan, Petra Martinez

Année : 2011

Pays : Espagne

Genre : Thriller

Résumé :

César est un gardien d’immeuble toujours disponible, efficace et discret. Disponible pour s’immiscer dans la vie des habitants jusqu’à les connaître par cœur ; discret quand il emploie ses nuits à détruire leur bonheur ; efficace quand il s’acharne jusqu’à l’obsession sur Clara, une jeune femme insouciante et heureuse…

Avis :

C’est au début des années 2000 que Jaume Balaguero commence à se faire un nom avec deux films d’horreur qui marqueront un peu les esprits. Avec La Secte Sans Nom et Darkness, le jeune cinéaste relance l’industrie horrifique espagnole et se place comme le fer de lance de cette nouvelle vague. Il va poursuivre son chemin avec Fragile, un film de fantômes dans un vieil hôpital mettant en scène Calista Flockhart, puis il va participer au regroupement de moyens-métrages en faisant A Louer. Mais c’est juste après cela qu’il va connaître une immense gloire, car avec son ami Paco Plaza, ils vont réaliser [Rec], qui deviendra le renouveau du found-footage. Caméra à l’épaule, le duo va renouer le style avec une horreur savamment distillée et offre l’un des meilleurs films de genre des années 2000. Malheureusement, le succès ne sera pas forcément au rendez-vous avec la suite, et c’est alors que Jaume Balaguero décide de se poser un peu et de faire un film plus conventionnel, Malveillance.

Délaissant le style brut et vif des [Rec], le réalisateur va adapter le scénario d’un ami dont il tombe littéralement amoureux. L’histoire raconte la vie de César, un concierge dans un grand immeuble qui n’arrive pas à être heureux. Il semble sur le point de rupture sauf qu’il se rend compte qu’il n’est heureux qu’en créant le malheur des autres. Relativement malin, il arrive à se sortir de toutes les crasses qu’il peut faire et y trouve là un réel exutoire. Le problème, c’est que dans l’immeuble, il y a Clara, une sublime femme qui semble tout le temps heureuse. César se donne alors pour mission de lui pourrir la vie afin d’effacer ce sourire de son joli minois. Avec Malveillance, on s’éloigne très clairement des infectés même si l’on reste dans un immeuble, et cette fois-ci, le mal est vraiment humain. Un humain à qui l’on confie ses clefs, ses chiens et parfois même son appartement, et qui en profite pour faire les pires saloperies. Le scénario est assez malin car il ne cherche pas à monter crescendo, et il présente directement César comme une icône du mal, une personne corrompu au sein d’un petit paradis pour bobos. Et c’est bien là tout l’intérêt de l’histoire, de montrer comment un être perfide peut se glisser dans une sorte de zone de confort, créant ainsi des situations insupportables.

Il y a quelque chose d’assez hitchcockien dans cette histoire. Le scénario met en scène une personne perverse et qui va petit à petit faire des méchancetés aux autres pour leur pourrir la vie. Et que ce soit dans les actes ou dans les discours, César est une véritable ordure. L’évolution de son personnage est très intéressante car il prend de plus en plus ses aises au fur et à mesure que le scénario découle et on trouve une personne vraiment malade, dont même la mère semble avoir renié. La justesse de l’écriture provient aussi de placer quelqu’un de méchant comme personnage principal. La morale n’a clairement pas sa place dans ce film et on se surprend à prendre du plaisir dans les actes de César. Lorsqu’il répond à un jeune garçon et le fait accuser de harcèlement, lorsqu’il menace une petite fille odieuse avec lui, on se surprend à comprendre ces actes sans pour autant tout valider, car de manière intelligente, le scénario montre aussi le mauvais penchant de cet être, notamment lorsqu’il blesse profondément une vieille femme pourtant adorable avec lui. Cette perversité est d’autant plus marquante qu’elle n’a pas de justification et répond juste à un besoin maladif du personnage.

Et le film aborde toute sorte de harcèlement, que ce soit le sexuel, le moral ou encore physique. Le plus dérangeant dans tout ça, c’est que le film ne remet pas en question ces actes, il les expose juste pour mettre en valeur un protagoniste malade et donc intéressant dans sa forme. Une forme que l’on retrouve dans la réalisation sobre et efficace de Jaume Balaguero. L’espagnol se calme, pose tranquillement son objectif afin de mieux travailler la lumière et les espaces. Il y a un gros travail autour de l’éclairage. Les passages de nuit, lorsque César se planque sous le lit de sa victime, sont toujours bleutés et offre un beau malaise. Cela répond aux séquences de jour mettant en scène Clara, une jeune femme pétillante, et dont les scènes sont toujours lumineuses. Le réalisateur joue aussi avec les espaces, qu’ils soient petits, comme sous le lit de Clara, ou qu’ils soient très grands, comme ce hall d’entrée majestueux qui pourrait s’apparenter à l’antichambre des enfers. Toutes les symboliques sont bien travaillées et demeurent assez discrètes. Cependant, si l’on doit trouver un défaut au film, c’est bien son rythme. Moins vif, moins brutal, le réalisateur tente une approche plus lente et parfois le temps devient assez longuet. Certes, c’est peu de chose et cela permet vraiment de travailler une ambiance particulière, mais parfois, on s’ennuie un peu, notamment dans la redondance des séquences.

On retrouvera la fougue du réalisateur sur la fin, lorsque tout part en vrille. On aura droit à une scène particulièrement violente, sanglante, qui sera le climax du film. Cette scène marque un tournant dans la vie de César et dans sa façon de procéder. On retrouve alors le style nerveux du cinéaste espagnol au détour d’une séquence importante et virulente. Un passage qui permet de montrer à quel point Luis Tosar est un acteur imposant et très intéressant. Outre son physique assez particulier qui le fait paraître plus vieux que son âge, il possède un réel talent pour camper des personnages étranges, mauvais et donner du corps à cela. A ses côtés, pour jouer sa victime, on retrouve Marta Etura, sa femme à la ville, qui est sublime, belle, lumineuse, et qui va par la suite connaître un véritable enfer. Elle aussi est très bien dans son rôle, incarnant parfaitement la joie de vivre. On restera un peu plus en deçà avec les personnages secondaires, parfois trop pénibles, comme la petite fille qui marchande son silence avec César ou encore le vieil aigri qui voit clair dans le jeu du « méchant », mais qui s’avère plus pénible qu’autre chose.

Au final, Malveillance est un très bon film, un thriller à tendance horrifique de bon acabit. Si l’on peut lui reprocher une certaine lenteur et une volonté de ne pas porter de jugement sur le harcèlement, il n’en demeure pas moins un thriller envoûtant et relativement pervers, n’hésitant jamais à mettre en avant une figure quasi iconique du mal pour rendre ce bel endroit peu fréquentable. Avec ce film, Jaume Balaguero montre qu’il est capable d’autre chose, de poser sa caméra de façon plus lisible et de peaufiner une ambiance assez malsaine. Il est dommage qu’il n’est pas confirmé son talent par la suite, enchainant bide sur bide.

Note : 15/20

Par AqME

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net