novembre 30, 2020

Fur – Portrait Imaginaire de Diane Arbus

Titre Original : Fur : An Original Portrait of Diane Arbus

De : Steven Shainberg

Avec Nicole Kidman, Robert Downey Jr., Harris Yulin, Ty Burrell

Année: 2007

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

New York, fin des années 50.
Diane Arbus est l’assistante de son mari, un photographe de mode réputé. Issue d’une riche famille, elle se sent de plus en plus mal à l’aise dans un monde de convenances rigides où seules les apparences comptent.
Un soir, elle remarque des déménageurs qui livrent des meubles et des objets étranges dans l’appartement du dessus. Lorsqu’elle aperçoit son voisin, le mystère s’épaissit encore : enveloppé d’un long manteau, il porte un chapeau et dissimule son visage derrière un masque. Seuls ses yeux sont visibles, et le regard que Diane croise ne fait que la fasciner un peu plus…
Irrésistiblement attirée, Diane finit par monter chez l’homme avec un appareil photo. Sa rencontre avec Lionel va l’entraîner dans une incroyable aventure à la découverte d’univers mystérieux, dans une relation intime qui va transformer sa vie et son art pour toujours…

Avis:

Steven Shainberg est un réalisateur américain qui a tendance à se faire discret, dans le sens où il tourne peu (quatre films en une trentaine d’années) et la plupart de ses films, même s’ils sont portés par de bonnes critiques et un bon bouche à oreille (« La secrétaire« ), demeure méconnu, ce qui est dommage. Quatre ans après « La secrétaire« , Steven Shainberg est de retour avec un film beaucoup moins sexuel et marquant, mais qui va être loin d’être dénué d’intérêt.

« Fur : Portrait imaginaire de Diane Arbus » est donc un portrait aussi tendre qu’il est rêvé de la célèbre photographe Diane Arbus. Un portrait onirique, quelque part vers « La belle et la bête« . Envoutant, particulier, énigmatique et beau, Steven Shainberg continue sur sa lancée et nous offre un film superbe, sur une femme coincée entre deux mondes, qui ne demande qu’à s’extirper de l’un comme de l’autre, pour se trouver.

Dans le New-York de la fin des années 50, Diane Arbus est une femme au foyer, assistante de son mari photographe de mode. Elle s’ennuie dans sa vie, mais avec l’arrivée d’un nouveau voisin, sa vie prend un tout autre tournant. Cet homme s’appelle Lionel et il va transformer la femme au foyer en artiste, lui faisant découvrir des choses et des gens qu’elle n’aurait sûrement pas côtoyé en temps normal.

« Fur … » est une œuvre qui est assez fascinante. C’est une œuvre qui est à l’image (imaginaire ou non) de son personnage principal. Steven Shainberg est un cinéaste qui soigne tout particulièrement ses ambiances et encore une fois, il ne va pas faire dans la demi-mesure. « Fur … »‘ est un film qui mélange les ambiances et les tons, pour livrer quelque chose d’original, de très particulier, quelque chose qui est coincé entre les deux vies de cette femme, rangée et parfaite en apparence chez elle, folle, colorée, glauque, désordonnée et érotique quand elle monte dans l’appartement de cet homme étrange.

Particulièrement soigné, « Fur : Portrait imaginaire de Diane Arbus » c’est tout d’abord un scénario bien fourni. Un scénario qui pullule de détails et d’originalité, qui souvent vont se mettre en opposition par rapport aux deux mondes, aux deux vies de Diane Arbus. Loin des biopics habituels d’Hollywood, ici, Steven Shainberg prévient son spectateur dès le début, et même bien avant, puisqu’il l’affiche même dans son titre, un biopic imaginaire. À partir de là, il peut se permettre beaucoup de choses et ainsi, plus que de suivre Diane Arbus elle-même et reconstruire sa « vraie » vie, il va prendre ce personnage et surtout cette idée d’imaginaire, pour fantasmer Diane Arbus. Fantasmer un monde, une émancipation et une histoire qui bien souvent rappellera (pour ne pas dire revisite) dans toute sa beauté, sa poésie et son étrangeté le mythe de « La belle et la bête« . Avec cette rêverie qui nous tient jusqu’à la dernière minute, seul élément prévisible du film, puisqu’il s’ouvre presque maladroitement par ce choix final, Steven Shainberg réussit à offrir un film entre vérité et romance, qui donne envie, une fois son générique arrivé, de s’intéresser à la vraie vie de Diane Arbus, en plus de son travail.

Si « Fur … » est beau et fascinant dans ce qu’il nous raconte, il va l’être aussi dans sa mise en scène, à commencer par la somptueuse photographie de Bill Pope qui assure et prolonge le côté totalement rêvé et fantasmé de cette histoire. De plans sublimes en plans sublimes, Steven Shainberg nous envoûte. « Fur … » est un film qui respire le travail, on sent que son réalisateur a pensé son idée, il l’a réfléchi pendant longtemps et que rien n’est le fruit du hasard. Ce côté rêverie, on le retrouve aussi dans la sublime BO tout en apesanteur de Carter Burwell.

Après, il faut quand même dire que ce « … Portrait de Diane Arbus » est particulier et que l’ambiance, comme les choix de son réalisateur, ne plairont pas à tous. « Fur … » demande à ce qu’on se laisse entrer dedans et il est compréhensible que s’il est fascinant pour certains, il a aussi droit à son opposé, un rejet total.

Enfin, « Fur : Portrait imaginaire de Diane Arbus« , c’est une Nicole Kidman habitée par son personnage. Une Nicole Kidman à fleur de peau, tout en retenue et découverte. Steven Shainberg a très bien écrit son personnage et l’actrice a très bien su en saisir toutes les nuances, toute la complexité, qui fait que sans qu’elle s’en rende vraiment compte, elle va quitter un monde, peut-être les deux, pour s’en aller vers un autre encore. Un monde qui sera le sien, loin des conventions. Bref, encore une fois, c’est beau.

« Fur … », c’est aussi l’occasion de trouver un Robert Downey Jr., très surprenant, camouflé derrière une fourrure épaisse. Un rôle loin d’être évident, dans lequel le comédien assure une belle prestation. Ce serait bien que Robert Downey Jr. se souvienne de cette époque, où un comédien n’est pas qu’un seul et unique rôle, car il manque ce Robert Downey Jr. là.

Pour son troisième film, Steven Shainberg offre un film aussi beau que fascinant, un film qui est aussi froid que coloré, un film qui est aussi touchant que dérangeant parfois. Stylisé et complexe, revisitant à sa manière aussi bien le mythe de « La belle et la bête » que Diane Arbus, « Fur : Portrait imaginaire de Diane Arbus » est une rêverie fantasmée d’un personnage coincé entre deux réalités. Loin des formalités hollywoodiennes, ce film est une jolie leçon de cinématographie. Une leçon qui plaira ou non, mais qui mérite toutefois qu’on s’y intéresse et qu’on le sorte un peu de l’anonymat dans lequel il se trouve.

Note : 16/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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