octobre 27, 2020

Rosemary’s Baby

De : Roman Polanski

Avec Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon, Sidney Blackner

Année : 1968

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Malgré les conseils de leur vieil ami Hutch, Guy Woodhouse et sa jeune femme, enceinte, s’installent dans un immeuble new-yorkais vétuste, considéré par leur ami comme une demeure maléfique. Aussitôt, leurs voisins, Minnie et Roman Castevet, vieux couple d’Europe centrale, imposent leur amitié et leurs services. Si Guy accepte facilement ce voisinage, Rosemary s’en inquiète…

Avis :

Roman Polanski est un réalisateur qui détient une vie assez tumultueuse. Entre drames sanglants et affaires de mœurs, le cinéaste n’a pas une vie facile et il entretient volontairement cette image perverse et parfois détestable. Il commence sa carrière à la fin des années 50 et au début des années 60 avec des courts-métrages, avant de se lancer dans son premier long-métrage avec Le Couteau Dans l’Eau. Cependant, il connaîtra un certain succès au milieu des années 60 avec Répulsion, un thriller horrifique avec Catherine Deneuve qui explore un sujet qui va le hanter jusque dans les années 70, l’horreur de la vie en appartement. Et entre Répulsion et Le Locataire, Roman Polanski va tourner son premier film en anglais et signer par la même occasion son premier chef-d’œuvre, Rosemary’s Baby.

Rosemary’s baby 1968 rŽal : Roman Polanski John Cassavetes Mia Farrow Collection Christophel

Rosemary est une jeune femme tout ce qu’il y a de plus normal et vient de se marier avec Guy, un acteur qui a du mal à percer et qui vit de petits tournages publicitaires. Ensemble, ils décident d’aménager dans un grand appartement au sein d’un immeuble qui a une réputation ésotérique, à savoir qu’ici vivait auparavant deux sœurs qui mangeaient des bébés et un sorcier sataniste. Malgré des voisins envahissants, Rosemary et Guy se sentent bien dans cet endroit et décident même de faire un enfant. Mais la grossesse de Rosemary est compliquée et elle doit faire confiance aux décoctions de sa voisine ainsi qu’à ses conseils. Cependant, et avec l’aide d’un ami, Rosemary va commencer à se méfier de ses voisins et même à croire qu’ils vouent un culte à Satan lui-même. Très clairement, on sent bien que pour Polanski, l’enfer, c’est les autres, et il le démontre avec brio dans ce film, où la méchanceté se glisse dans la peau de gentilles personnes, en apparence, et avec lesquelles il va falloir composer.

La première chose qui frappe avec ce film, c’est sa lenteur et sa montée progressive de l’horreur. Le film va prendre son temps pour approfondir ses personnages et leur donner une véritable épaisseur. Rosemary apparait alors comme un personnage faible, influençable et qui aura tendance à faire confiance un peu trop facilement. A plusieurs moments, on va voir qu’elle invitera ses voisines à venir chez elle bien malgré elle, ne sachant dire non de peur de vexer quelqu’un. Elle est d’ailleurs l’opposé de son mari, acteur un brin dévergondé, qui a du mal à trouver un rôle important au cinéma ou au théâtre et qui va devenir extraverti du jour au lendemain, s’entendant très bien avec ses voisins. Très rapidement, le ton est donné avec une première mort et un deuil rapidement mis de côté. En agissant ainsi, Polanski marque le changement de proie de la part des voisins, qui vont jeter leur dévolu sur ce jeune couple très prometteur pour leurs moires intentions. Mais le côté épouvante ne démarrera pas immédiatement. Et plutôt que de filmer une horreur au sein de l’immeuble, le réalisateur va filmer une horreur au sein d’un appartement, grand, mais finalement exigu dans le choix des pièces montrées.

Jouant constamment sur une sorte de claustrophobie, Roman Polanski s’amuse aussi à distille rune ambiance délétère et étrange. En soi, le film ne fait pas peur, mais il monte crescendo dans une sorte d’atmosphère étouffante et montre une Mia Farrow qui va aller de mal en pis. Et son mari ne sera pas toujours là pour l’épauler, préférant lui faire des reproches, où lui annonçant carrément qu’il lui a fait l’amour durant son sommeil. Des piques qui marquent encore plus la femme en état de faiblesse et qui ne sait plus à quel saint se vouer. Bien évidemment, le film contient son lot de moments marquants, comme ce cauchemar qui marque l’accouplement entre Satan et Rosemary ou encore la fin, qui reste un must du genre, laissant libre cours à l’interprétation, ne montrant jamais le visage du bébé et laissant une fin ouverte qui oscille entre résignation, pessimisme et espoir. C’est très malin de la part du réalisateur qui sait que finalement, l’horreur frontale ne serait pas efficace dans un cas comme celui-là et il lui préfère la suggestion, jouant sur la performance des acteurs.

Des acteurs qui sont tout simplement incroyables. Mia Farrow en tête, qui devient folle petit à petit et qui le joue extrêmement bien. Elle apparait comme une victime idéale, menant une enquête passionnante mais qui semble ne rien changer à son sort qui est inéluctable. John Cassavetes est aussi très bon. Il joue un homme égoïste, qui ne pense qu’à sa carrière et qui est prêt à sacrifier un enfant pour réussir dans un milieu très complexe. Il ne faut pas oublier aussi les seconds rôles, pour qui on donnerait le bon Dieu sans confession, mais qui pourtant cachent un lourd secret. Les différents comédiens sont excellents, dissimulant avec perfection leur vraie nature et c’est une belle réussite. Une réussite qui fait écho aussi à la vie du cinéaste au moment du tournage, lui qui voulait être père avec Sharon Tate. A ce moment de sa vie, il a peur d’être père et étrangement, même si Rosemary’s Baby est une adaptation, on ressent cette peur d’être parent, ou tout du moins d’être un bon parent, sans sentir l’influence des gens à droite ou à gauche. Le réalisateur livre alors toutes ces frayeurs dans ce film, sans savoir son malheureux futur proche et l’assassinat de sa femme, alors enceinte.

Rosemary’s baby 1968 rŽal : Roman Polanski Ruth Gordon Mia Farrow Collection Christophel

Au final, Rosemary’s Baby est un film qui peut en rebuter plus d’un aujourd’hui à cause de son rythme très lent et de son ambiance étrange. Film d’épouvante et nihiliste, Roman Polanski y injecte toutes ses craintes et ses peurs pour livrer un film malade qui brasse aussi des thématiques propres à sa personne comme la peur de l’enfermement et l’enfer de vivre dans un lieu clos. Pour peu que l’on accroche à son rythme et à ses personnages, Rosemary’s Baby fait partie de ces œuvres importantes de l’horreur, de celles qui possèdent une véritable influence sur ce qui se fera plus tard.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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