novembre 30, 2020

The Secret Agent

D’Après une Idée de : Charles MacDougall

Avec Toby Jones, Vicky McClure, Charlie Hamblett, Marie Critchley

Pays : Angleterre

Nombre d’Episodes : 3

Genre : Espionnage, Thriller

Résumé :

Verloc est un commerçant qui est en parallèle un agent secret pour le gouvernement russe. Avec la pression des Russes sur ses épaules, il va se retrouver impliqué dans un véritable complot terroriste qui risque de mettre en péril sa vie familiale.

Avis :

S’immiscer dans l’œuvre d’un écrivain tel que Joseph Conrad n’est pas chose aisée. L’incursion la plus célèbre (et mythique) reste sans nul doute Apocalypse Now sur la base d’Au cœur des ténèbres. Les romans de l’auteur sont réputés pour distiller une complexité sous-jacente derrière les faits et le contexte sociétal, le tout auréolé d’une aura particulière faisant la part belle à des personnages fouillés. En ce qui concerne L’agent secret, le récit a déjà fait l’objet d’une adaptation par Alfred Hitchcock sous le titre Sabotage. Une seconde version voit le jour en 1996 par Christopher Hampton. Grande habituée des productions historiques de qualité, la BBC décline sa propre version sous la forme d’une mini-série.

Programme Name: The Secret Agent – TX: n/a – Episode: n/a (No. 2) – Picture Shows: Professor (Ian Hart), Chief Inspector Heat (Stephen Graham) – (C) World Productions LTD – Photographer: Des Willie

L’ouverture sur les célébrations de la nuit de Guy Fawkes laisse augurer une connotation sur les influences et les valeurs des anarchistes. Au cœur du Londres victorien, il est ici question d’infiltrer le mouvement pour mieux le contrôler à défaut de l’endiguer. Toutefois, l’intrigue démarre sur un statu quo où la menace terroriste reste globalement frileuse et contenue. Il faudra l’irruption d’un élément perturbateur pour précipiter les événements. Le contexte tendu ne survient pas d’un affrontement direct, mais d’un cas de force majeure provoquée par une tierce partie. La subtilité étant que Verloc, le protagoniste, ne soit pas un agent à la solde du Royaume-Uni. Il suit les directives de l’ambassade russe.

L’homme est déjà établi dans le milieu anarchiste. Par conséquent, l’histoire ne se focalise pas sur le travail d’infiltration. Sa position délicate l’oblige à choisir entre ses responsabilités familiales et patriotiques, sans oublier ses valeurs morales. Étrangement, ce dernier aspect reste en retrait tout au long du récit, conférant ainsi à l’ensemble un parfum cynique, presque nihiliste, dont on ne se débarrassera pas vraiment. On ne confronte pas les velléités capitalistes de la monarchie britannique aux élans libertaires de l’anarchisme. Les avis sont tranchés et ne font l’objet que de brèves allusions, comme dans l’arrière-boutique de Verloc, au coin d’un feu de cheminée.

De même, le manichéisme pointe aux abonnés absents. Les notions de bien et de mal se focalisent sur les actions individuelles et non sur des valeurs morales. Quant aux jeux de faux-semblants qui se déroulent dans les coulisses du pouvoir, elles viennent appuyer l’aspect manipulateur indissociable de tout bon récit d’espionnage. Plus que les intérêts d’un pays, ce sont les ambitions personnelles et la subjectivité qu’elles sous-tendent qui sont au centre de toutes les attentions. En cela, The Secret Agent se distingue en deux parties principales. La première qui montre les agissements dissimulés et la somme de mensonges engrangés. La seconde qui s’attarde sur les conséquences des réactions et des événements survenus.

La reconstitution du cadre et de l’époque demeure assez convaincante dans ses grandes lignes. Quelques rares monuments emblématiques et des costumes de qualité vont de pair avec la présence des fiacres et des lampes à gaz. Toutefois, on peut regretter une certaine redondance dans les environnements présentés. On reste sur une succession invariable du quartier de Soho, de Greenwich Park et des bâtiments officiels. Rien qui sorte de l’ordinaire. À titre d’exemple, les plans extérieurs qui mettent en avant la boutique de Verloc offrent une exposition tout en longueur face à la rue principale. Un procédé reprit à l’identique au fil des différents épisodes. De la part de la BBC, on s’attend à mieux sur une telle époque.

Si elle n’est pas l’adaptation fidèle tant espérée par les amateurs du roman, cette mini-série remplit son office en proposant une intrigue travaillée. Les rapports sociaux régissent l’évolution du scénario, remisant au plan secondaire les enjeux premiers. La question de la survie est évidente et pas seulement pour Verloc. De fait, les objectifs principaux échappent à toute considération, si ce n’est celle d’un jugement arbitraire et néanmoins pragmatique sur les agissements des uns et l’impunité des autres. La grande force de The Secret Agent est donc de monter un écheveau complexe où les personnages font office de pions dans un jeu d’échecs. Dommage que la reconstitution historique manque d’ambitions pour servir les nombreuses intrigues de ce classique de l’espionnage.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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