décembre 4, 2020

Burning

Titre Original : Buh-Ning

De : Lee Chang-Dong

Avec Ah_In Yoo, Steven Yeun, Jong-Seo Jun, Seong-Kun Mun

Année: 2018

Pays: Corée du Sud

Genre: Drame, Thriller

Résumé :

Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement.  De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux.  Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…

Avis :

La Corée du Sud est un pays dans lequel le cinéma prend une place de plus en plus importante. Et nous de nous éveiller de plus en plus à leurs œuvres, qui sont bien souvent de petites pépites, mélangeant plusieurs genres dans une osmose qui frôle l’impertinence. Ainsi donc, que ce soit dans l’horreur, le drame ou encore le thriller, la Corée du Sud est devenue l’un des pays les plus en vogue du moment. Il est d’ailleurs inutile d’énumérer les titres des films marquants, tant il y en a. Sélectionné au festival de Cannes dans la compétition officielle, Burning avait tous les atouts pour lui pour devenir LE nouveau thriller à la mode, avec une affiche intéressante et une histoire trouble au milieu d’un triangle amoureux. Le problème, c’est qu’entre un film encensé par la presse à tendance prout-prout comme Télérama et une communication qui se base presque uniquement sur la présence de Steven Yeun dans un rôle à contre-emploi après sa participation à The Walking Dead, on pouvait craindre l’essai arty dans le milieu du thriller coréen. Et c’est exactement ce que l’on a.

Pour la petite histoire, on va suivre Jongsu, un jeune homme sans grand avenir, livreur à ses heures perdues et qui rêve de devenir écrivain. Il rencontre alors Haemi, une amie d’enfance dont il va tomber amoureux. Elle lui annonce alors qu’elle doit partir une quinzaine de jours en Afrique et lors de son retour, elle ramène Ben, un jeune et riche coréen un peu trop envahissant. Alors qu’un triangle amoureux semble se mettre en place, Haemi disparait et Jongsu pense que Ben n’est pas étranger à cette disparition. Si le pitch peut sembler classique de prime abord, il va tenter d’approfondir au maximum ses personnages, jusqu’à créer des troubles en chacun d’eux. Ainsi donc, Jongsu doit entretenir la petite ferme de son père qui s’est fait arrêter pour violence sur un agent de police. Un peu paumé, on apprendra par la suite que sa mère l’a abandonné à son père, n’en pouvant plus de vivre à la campagne et de subir les violences du patriarche. Haemi est une jeune femme qui semble seule, sans amis, sans attaches et qui a fait de la chirurgie esthétique pour paraître plus belle et désirable. Quant à Ben, il est énigmatique, on ne sait pas d’où lui vient tout cet argent et il semble jouer avec les gens qui ne sont pas de sa catégorie sociale. Bref, les trois personnages sont denses, bourrés de personnalité et totalement différents.

On pourrait croire alors que le film va jouer sur ce tableau, avec les fissures de chacun, et c’est un peu ce qu’il fait lorsque la jeune femme disparait et fait naître en Jongsu un sentiment d’injustice et de malaise. Persuadé que Ben est un tueur, fasciné par le fait de brûler des serres, il va alors le suivre pour tenter de percer un secret obscur et peut-être inexistant. Et l’inexistence, c’est bien le problème de ce film, qui montre à quel point les personnages sont vides, quel que soit leur catégorie sociale ou leur provenance. Chacun tente de se raccrocher à la vie avec ce qu’il a, mais bien souvent, c’est le rien qui prédomine. Un rien qui se retrouve dans un scénario où il ne se passe rien. Burning est un film très contemplatif, qui prend énormément son temps pour étirer ses plans larges et afficher de beaux tableaux, mais aussi des séquences qui peuvent paraître interminables. Il s’agit d’un film exigeant et long qui peut laisser plus d’une personne sur le carreau, que ce soit dans sa première moitié d’exposition, ou sa seconde qui prône une enquête frôlant l’anémie sur l’intrigue et la façon de procéder. On est très loin des conventions d’un thriller et si vous cherchiez quelque chose d’un peu hard boiled, ce n’est pas dans ce film que vous allez le trouver.

Et si la réalisation est parfaite, comme toujours dans le cinéma coréen, si les acteurs sont très bons avec notamment un Steven Yeun étonnant par ce choix et cette justesse, Burning manque tout de même de panache et d’une envie de bousculer les choses. De par ses non-dits, de par son intrigue qui n’est jamais vraiment révélée, de par ce final qui tombe comme un cheveu sur la soupe, on reste constamment dans l’attente que quelque chose décolle. On peut se laisser embarquer dans cette histoire, notamment à cause de son rythme lancinant et de cette nonchalance qui berce, mais il manque un élément essentiel dans ce métrage, une certaine poésie. En effet, le réalisateur s’appuie sur un délire entre fantasme et réalité pour parler de la lutte des classes et du vide qui habite les jeunes, mais on reste dans quelque chose de très terre à terre et qui manque de lyrisme et de magie. Le film est très cartésien finalement, et même si parfois on doute de ce que l’on voit, illustré par les moments de branlette du personnage dans l’appartement vide de celle dont il est éperdument amoureux, on reste dans quelque chose qui manque d’envolées et c’est dommage. Le message est important, la façon de faire est moins percutante.

Au final, Burning est un film intéressant à plus d’un titre, de par les notions qu’il aborde et de par sa manière de parler de ces problèmes. Mais Burning est un film qui vise trop la complaisance arty pour réellement convaincre. S’étirant au maximum pour flouter la ligne entre rêve et réalité, le film se perd dans un faux rythme lancinant qui peut rebuter autant qu’il peut fasciner, encore faut-il l’accepter. Véritable démarche d’auteur ou film tape à l’œil pour complaire le regard d’un public « élitiste », Burning ne peut laisser indifférent et c’est finalement là sa grande force, même si de notre côté, on est resté sur le carreau.

Note : 11/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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