septembre 28, 2020

J’Irai Tuer Pour Vous – Henri Loevenbruck

Auteur : Henri Loevenbruck

Editeur : Flammarion

Genre : Thriller

Résumé :

1985, Paris est frappé par des attentats comme le pays en a rarement connu.
Dans ce contexte, Marc Masson, un déserteur parti à l’aventure en Amérique du Sud, est soudain rattrapé par la France. Recruté par la DGSE, il est officiellement agent externe mais, officieusement, il va devenir assassin pour le compte de l’État.
Alors que tous les Services sont mobilisés sur le dossier libanais, les avancées les plus sensibles sont parfois entre les mains d’une seule personne… Jusqu’à quel point ces serviteurs, qui endossent seuls la face obscure de la raison d’État, sont-ils prêts à se dévouer ? Et jusqu’à quel point la République est-elle prête à les défendre ?

Avis :

En se penchant sur la bibliographie d’Henri Lœvenbruck, le moins que l’on puisse dire est que l’auteur se distingue dans de nombreux styles littéraires, parfois aux antipodes. De la fantasy avec le cycle de La Moïra à la road-story avec Nous rêvions juste de liberté, sans oublier les enquêtes d’Ari Mackenzie, son œuvre démontre une richesse évidente qui va bien au-delà de la frontière des genres. Avec J’irai tuer pour vous, l’écrivain se tourne vers le roman d’espionnage. Sur fond de terrorisme international et d’intrigues politiques, l’ouvrage est un projet ambitieux de longue haleine qui a nécessité près de trois ans et demi de travail. Le simple fait de flouer fiction et réalités historiques requiert une parfaite maîtrise du sujet.

Le récit se déroule au cœur des années 1980. Si cette période temporelle n’est guère éloignée de la nôtre, il n’en demeure pas moins une certaine rigueur quant au paysage politique, la description de l’époque et le contexte sociopolitique. Cela peut paraître anodin, mais la seule absence des technologies actuelles ou de matériels high-tech ultra-performants présente déjà un contraste en soi. Un tel travail nécessite une documentation conséquente et une incontestable érudition dans bien des domaines. À commencer par les méthodes d’investigations, de formations et d’occupation du terrain, aussi bien à l’étranger que sur le sol français, des services secrets. Cela sans compter le discours technique afférent au jargon militaire ou aux institutions compétentes.

La multitude d’organismes, d’acronymes et autres sigles représentants l’État ou des factions terroristes a de quoi décontenancer face à la complexité du sujet. Pourtant, l’ensemble reste parfaitement intelligible. Et surtout, chaque entité ou protagoniste est replacé dans l’histoire de telle manière à ce qu’un lecteur, même non averti, assimile parfaitement leur rôle respectif, ainsi que les enjeux sur le court et le moyen terme. De fait, il en émane une exhaustivité évidente, d’une précision chirurgicale, qui vient crédibiliser l’intrigue elle-même. Sous d’autres plumes, le procédé aurait pu paraître un grossier remplissage, sous celle d’Henri Lœvenbruck, elle est essentielle pour saisir tous les tenants et les aboutissants.

Près de 30 années nous séparent du récit. Toutefois, ce dernier résonne d’une manière troublante avec l’actualité. On songe au terrorisme, à l’influence des réseaux et les moyens à leur disposition. On ne parlera pas d’un climat anxiogène, même si les préoccupations et le danger sont avérés. Par ailleurs, la menace emprunte de nombreuses formes. On s’attarde tour à tour sur les causes et les responsabilités de tels mouvements, mais aussi sur la question de l’endoctrinement (ou du basculement). Explosions, prises d’otage et autres « projets » font monter la pression crescendo.

En ce sens, la gestion du rythme est particulièrement fluide pour que les séquences d’action, notamment les missions clandestines, succèdent aux passages plus posés. Ceux-ci font la part belle à une description fouillée des protagonistes. En l’occurrence, les portraits dépeints démontrent des failles et des vertus évidentes, bien éloignées des stéréotypes du genre. On ne parlera pas de figures patriotiques, mais de personnages humains dont les motivations tiennent de l’altruisme non pas envers son pays, mais envers son prochain. Par conséquent, cette forme de désintéressement incarnée par Marc Masson repose sur des préceptes moraux et non sur des valeurs sociétales, comme pourrait le suggérer la raison d’État.

Au final, J’irai tuer pour vous est un roman d’espionnage complexe, servi par un rythme emporté et une narration aussi fluide qu’entraînante. Henri Lœvenbruck nous convie à une surprenante incursion au cœur des opérations clandestines de la DGSE. Soutenu par un contexte historique de qualité, on notera une exposition des faits rigoureuse qui s’accompagne d’une approche mesurée et néanmoins percutante, éloignée d’une vision fantasmée et biaisée du sujet. Le tout n’est pas étranger à une certaine sensibilité quand il s’agit de présenter les personnages principaux et le tiraillement avec leur vie privée. En somme, le présent ouvrage offre un mariage délectable entre le dynamisme de Robert Ludlum et la subtilité de John Le Carré.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.