Il Était une Fois Dans l’Ouest

Titre Original : Once Upon a Time in the West

De: Sergio Leone

Avec Claudia Cardinale, Charles Bronson, Henry Fonda, Jason Robards

Année : 1969

Pays : Etats-Unis, Italie

Genre : Western

Résumé :

Alors qu’il prépare une fête pour sa femme, Bet McBain est tué avec ses trois enfants. Jill McBain hérite alors des terres de son mari, terres que convoite Morton, le commanditaire du crime (celles-ci ont de la valeur maintenant que le chemin de fer doit y passer). Mais les soupçons se portent sur un aventurier, Cheyenne…

Avis :

De nos jours, on donne très facilement à des films récents le statut de film culte. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? On peut avoir différents sons de cloche mais s’il y a une redondance, c’est bien de dire qu’un film culte est un film qui est toujours d’actualité ou toujours aussi percutant plus de vingt ans plus tard, voire même encore plus loin. Ainsi donc, il est très difficile de dire si un film récent sera culte ou non. Aujourd’hui, ce terme est plutôt galvaudé, certains l’utilisant à tort et à travers pour exprimer leur joie autour d’un projet. Mais les vrais films cultes, tout du moins à mon sens, sont ceux qui ont marqué leur époque, mais aussi le futur, comme ce Il Etait une Fois dans l’Ouest de Sergio Leone. Western aussi bien visuel que profond, fresque épique sur une époque en plein changement, ce huitième film pour Sergio Leone est un indémodable du septième art, le genre de film qui reste dans toutes les mémoires.

Il faut dire que le cinéaste frappe fort dès son introduction. Scène mythique est quasiment muette, Sergio Leone va rapidement montrer de quoi il est capable en mettant en scène trois bandits mutiques qui attendent patiemment à la gare. Iconisation parfaite du cowboy malfaisant, le spectateur pénètre de suite dans ce film avec une réalisation au cordeau et d’une précision sans faille. Les minutes s’écoulent en silence, les personnages patientent dans une ambiance moite et brûlante et finalement, lorsque le train arrive, on aura droit à la musique la plus emblématique du septième art, présentant Charles Bronson et son harmonica. A partir de là, le film bascule dans une sorte de violence presque banalisée, où les coups de feu sont vite oubliés par n’importe quel quidam dans un monde où la violence est partout. Durant tout le film, et surtout sur la séquence qui suit cette introduction, le film ne va pas se freiner dans sa violence presque exacerbée. Pour être au plus près de la réalité, et pour rapidement marquer les grands méchants du film, Sergio Leone n’hésite pas à faire tuer toute une famille, enfants compris, par un homme insensible et dont les motivations nous seront dévoilées plus tard. Encore une fois, entre la musique et la mise en scène, il y a vraiment une sorte d’iconisation des personnages importants, bons comme méchants.

Mais comme dans tout western, le monde n’est pas si manichéen que ça et c’est bien là toute la force de ce film qui ne se contente pas d’une mise en scène léchée ou d’une bande originale magistrale faite sur place par Ennio Morricone. Tous les personnages ont des zones d’ombre ou des moments de fragilité. A titre d’exemple, Cheyenne est peut-être le personnage le plus complexe de l’histoire. Tout d’abord hors-la-loi qui s’échappe en brisant ses menottes, il va par la suite suivre Claudia Cardinale pour comprendre pourquoi il est accusé lui, du meurtre de toute sa famille. Il va alors se prendre d’affection pour cette femme forte et il va même aller jusqu’à l’aider pour la bonne cause. Il en va de même pour Harmonica, joué par l’impérial Charles Bronson, qui détient un rôle étrange, mutique, mais qui finalement défend la veuve et l’orphelin pour mener sa propre enquête. Il est de ces personnages qui cachent un secret mais qui demeurent profondément bons. Ce ne sera pas la même chose avec Frank, le grand méchant du film, même si on pourra lui trouver des éléments atténuants, qui reste un antagoniste binaire mais qui va aussi avoir droit à son moment de défaillance, Harmonica réussissant à le faire réfléchir sur ce qu’il a fait et sur ce qu’il compte faire. Cela donnera lieu à une séquence de fusillade tendue et emblématique.

Mais s’il y a bien un personnage fort et pour lequel on ressentira une forte empathie, c’est bien celui de Claudia Cardinale. Si c’est le seul personnage féminin du film, c’est aussi le plus fort et c’est lui qui manipule un petit peu tout son petit monde. D’une beauté incroyable, la jeune femme fait chavirer les cœurs, notamment celui de Cheyenne qui va tout faire pour l’aider et terminer le projet de feu son mari. Avec Il Etait une Fois Dans l’Ouest, Sergio Leone propose une femme comme véritable héroïne et change un petit peu les codes du genre pour montrer toute la puissance d’une femme volontaire, avec un caractère bien marqué. Et malgré la misogynie ambiante, le côté très machiste des personnages masculins, elle s’en sort haut la main, n’hésitant jamais à utiliser ses atouts pour arriver à ses fins. C’est d’ailleurs comme cela qu’elle va piéger Frank, le tueur de son mari. Là aussi, Sergio Leone renforce son personnage avec une mise en scène sublime, la rendant plus belle à chaque apparition devant la caméra et en la rendant très « sexy » tout en ne montrant rien.

En fait, le film est relativement minimaliste, jusque dans son intrigue qui n’est pas bien difficile à comprendre ou démêler. Ici, un riche magnat du chemin de fer souhaite acquérir pour une bouchée de pain la maison d’un homme qu’il a fait assassiner par un mercenaire sans conscience. Malheureusement pour ces deux hommes, ils vont devoir faire face à une femme loquace et deux hommes qui veulent leur vengeance. Mais avec ce pitch très simple, écrit à six mains dont Dario Argento, le film s’avère bien plus complexe qu’il n’y parait dans l’évolution des personnages et dans les thématiques brassées, comme le rapport que l’on entretient avec l’argent ou encore le pouvoir. D’ailleurs, cette simplicité est contrebalancée par la complexité des personnages et leur âme qui n’est ni noire, ni blanche.

Au final, Il Etait une Fois Dans l’Ouest fait partie de ces chefs-d’œuvre indémodables du septième art. Outre la maîtrise technique tout bonnement incroyable, il y a un vrai travail de fond sur les protagonistes et une volonté de mettre en avant tous les personnages dans ce qu’ils ont de plus complexes et de plus dichotomiques. Il en ressort une œuvre majeure, terriblement contemporaine, même près de cinquante ans après sa sortie et c’est certainement à cela que l’on reconnait un film « culte ».

Note : 20/20

Par AqME

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