The Kennedy Veil – Imperium

Avis :

Le métal a quelque chose de fascinant, c’est sa propension à créer des sous-genres à l’intérieur même d’autres sous-genres. Ainsi donc, les notations Death Métal ou Black Métal ne suffisent plus, et il faut rajouter des styles plus précis comme le Raw Death, le Technical Death ou encore le Brutal Death. Des sous-genres qui sont présents pour bien préciser l’appartenance du groupe, comme si la violence devait être jaugée et réduire les autres groupes à l’état de simple serpillière. Mais qu’importe le genre tant qu’il y a du plaisir, n’est-ce pas ? Et le Brutal Death est un genre très dur, très dense, parfois trop, à un tel point que la mélodie est absente de certains groupes, préférant beugler à tout va à grands coups de blasts qui tachent. The Kennedy Veil est un groupe américain assez récent, puisque fondé en 2009 et pourtant très actif, car Imperium, qui nous préoccupe aujourd’hui, est le troisième effort de la bande, offrant un skeud tous les trois ans (oui, cet album date de 2017, et alors !). Et au vu de la jaquette et de son étiquette, à savoir du Brutal Death, on aurait pu craindre une violence exacerbée et une absence totale de finesse. Et pourtant…

Le skeud s’ouvre avec Godslaughter, un titre d’une rare délicatesse, aussi bien dans son sens littéral que dans son exécution. Le morceau démarre rapidement sur une double-pédale qui lâche du blast à tout va et très rapidement, le groupe va se lancer dans une course effrénée qui frôle parfois l’indigestion. Alternant constamment entre un growl grave et puissant et un chant crié plus aigu propre à ce genre musical, The Kennedy Veil va pourtant surprendre sur un pont toujours violent d’un point de vue vocal, mais plus doux au niveau de l’instrumentalisation, utilisant des violons et une belle orchestration pour donner une autre dimension à son titre. Oui c’est gras et lourd, mais il y a une infinie tristesse qui se dégage de l’ensemble. Il est juste dommage que le groupe n’arrive pas forcément à se sortir de son étiquette Brutal pour proposer quelque chose de plus désespéré. Et ce n’est pas Legacy Left qui va adoucir les propos du groupe, qui semble en vouloir à la Terre entière. Malgré tout, là aussi, malgré un blast omniprésent, on entend une orchestration plutôt plaisante et presque lyrique en fond. Tout cela est vite mis de côté pour profiter au chant guttural et à des riffs toujours plus lourds, mais on retrouve quelques bribes dans le morceau, notamment dans les breaks, ce qui profite à The Kennedy Veil pour montrer une autre facette assez éloignée du Brutal pur et dur. Le summum arrivera avec Hunted to Extinction et son introduction atmosphérique du plus bel effet, démontrant, si besoin l’en est, que le groupe arrive aussi à créer une ambiance mélancolique, anxiogène et complètement désespérée. Le titre est long mais il est le plus accessible de l’album.

Néanmoins, le groupe retrouve ses démons avec Draconian, un morceau très brut, qui ne possède pas forcément de nuances et qui manque d’une orchestration un peu plus épique. C’est très rapide, ça gueule dans tous les sens, mais ça manque cruellement de mélodie et d’une accroche intéressante. Avec ce titre, on est dans du Brutal pure souche et finalement, ça n’a que très peu d’intérêt, malgré la présence progressive des violons. Et que dire de Last Born, le titre le plus court de l’album, mais aussi le plus insupportable par sa violence exacerbée et par son côté bordélique. Comme d’habitude avec le groupe, on aura droit à des violons mélangés à l’ensemble chaotique du groupe, mais globalement, ça manque de finesse et de breaks intéressants. Alors non pas que ce soit mauvais, bien au contraire, mais il manque à ces deux morceaux une certaine identité ou une construction moins poussive. On a clairement l’impression que le but, c’est d’aller le plus vite possible sans jamais se poser ou créer une quelconque ambiance. Heureusement, Flesh of the Sun, malgré un début tonitruant qui pourrait faire penser à du Cradle of Filth, redresse la barre et offre un titre plus mélodique tout en gardant une lourdeur incroyable. Le titre est très bon et redore le blason du groupe. Il en sera de même avec Seething Rot, plus construit et posant une ambiance plus prégnante.

Au final, Imperium, le dernier album en date de The Kennedy Veil, est plutôt une bonne surprise, surtout quand on n’apprécie pas forcément le Brutal Death. Très technique dans son approche, très virulent dans ses sonorités, le groupe parvient tout de même à toucher avec une orchestration grandiloquente sur certains titres et une ambiance à la fois mélancolique et nihiliste. Bref, un album qui porte les stigmates de son genre sans jamais en sortir, mais qui détient quelques points fort appréciables pour le rendre assez accessibles aux pauvres âmes en peine qui veulent se lancer dans ce genre.

  • Godslaughter
  • Legacy Left
  • Hunted to Extinction
  • Draconian
  • Last Born
  • Flesh of the Sun
  • Dawning of Wrathful Deities
  • Seething Rot

Note : 14/20

Par AqME

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