octobre 28, 2020

Grâce à Dieu – Ozon en Parler

De : François Ozon

Avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud, Josianne Balasko

Année : 2019

Pays : France, Belgique

Genre : Drame

Résumé :

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi.
Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

Avis :

François Ozon est l’un de réalisateurs français contemporains qui est en train de parfaitement marquer le cinéma des années 2000. Chaque film de François Ozon reste un évènement en soi, tant le cinéaste a su imposer un style tout en osant aller là où on ne l’attendait pas. Si on l’attendait à gauche, il va à droite, si on l’imaginait devant, il va être derrière, il a cartonné en comédie, et bien il fait un drame ou un thriller et vice-versa. Bref, François Ozon a ce don de surprendre, ce qui le rend, et rend par la même occasion son cinéma, absolument passionnant.

Bourreau de travail, il est devenu presque habituel d’avoir un film de François Ozon par an et il se trouve qu’on n’avait plus de nouvelles du réalisateur depuis presque deux ans, ce dernier, à l’époque, s’était aventuré dans le thriller avec l’étrange et fascinant « L’amant double« . Aujourd’hui de retour sur les écrans, François Ozon a pris son temps pour revenir, mais quel retour. Polémique, terrifiant, révoltant, engagé, loin de tout sensationnel, avec « Grâce à Dieu« , François Ozon frappe très fort !

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, par le fruit du hasard, il découvre que le prête qui a abusé de lui quand il était un jeune scout, exerce toujours et il se trouve toujours entouré d’enfants. Très vite, il prend contact avec les autorités supérieures de l’église, afin de dénoncer le prête en question, le père Bernard Preynat. L’affaire traînant, et malgré la prescription des actes de Preynat, Alexandre porte plainte. Cette plainte ouvre alors une enquête et très vite d’autres victimes sortent de l’ombre, dont François, la quarantaine approchant, athée, qui décide de monter une association pour faire libérer les paroles. Commence alors un combat légitime mais fragile et terriblement difficile face à la toute-puissante église.

Dix-huitième film pour François Ozon, « Grâce à Dieu » est sûrement ce que le réalisateur va avoir tourné de plus dur, de plus brut, de plus fragile et de plus bouillant. Revenant avec précision sur l’affaire du père Preynart, prête pédophile ayant sévi pendant une très longue période, François Ozon fait le choix de ne pas faire un film à charge. « Grâce à Dieu » est un film qui raconte et dénonce certes, mais à aucun moment le réalisateur n’a décidé de faire dans le sensationnel, le pathos ou les grandes tirades. François Ozon ne prend pas son public en otage, et ne tombe pas dans la sur-émotion et le larmoyant. Non, François Ozon va plus loin que ça, et avec « Grâce à Dieu« , c’est avant tout un film sur la parole, sur le besoin de parler, qu’il met en scène.

Construit en trois parties, toutes impeccables, François Ozon relate les faits, les correspondances, injecte du documentaire dans son film, au point de presque en effacer la fiction. On suit avec intrigue et horreur des parcours différents, des hommes qui se retrouvent avec des blessures encore ouvertes. François Ozon raconte avec pudeur la parole intime et libératrice de ces hommes, comme il raconte aussi avec fermeté et sans langue de bois le silence, ou plutôt une certaine hypocrisie de l’église, qui fait tout pour arrondir les angles. D’ailleurs, on notera les impeccables interprétations de François Marthouret en Cardinal Barbarin et Bernard Verley en père Preynat, qui tiennent là des rôles très loin d’être faciles. Il faut même une certaine forme de courage pour oser se glisser dans ces peaux-là.

Il y a dans ce film un travail minutieux dans l’écriture, dans ses dialogues, qui n’en font jamais trop, avec ce sens du détail. François Ozon, en grand réalisateur qu’il est, trouve le ton juste pour établir des faits, sans jamais les juger. Il trouve le ton juste pour pointer du doigt certains éléments, mais sans pour autant tomber dans l’accablement ou la haine. François Ozon, tout comme les victimes de son film ; invite à la réflexion, pose des questions sur l’église certes, mais plus largement sur notre société, sur la justice, ou encore sur les traumatismes, les blessures, le poids du passé, les faux-semblants. Sujets intimes ou plus « grandioses », François Ozon, à travers ses personnages, nous livre aussi plusieurs façons de vivre, de se relever et d’affronter. Tenu en très large partie par Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud qui sont chacun à leur manière bouleversants, « Grace à Dieu« , c’est aussi une direction d’acteurs impeccable, où chacun est à sa place et œuvre pour l’ensemble.

« Grâce à Dieu » est le film le plus difficile de François Ozon, mais c’est aussi l’un de ses plus beaux, ses plus émouvants, l’un de ses plus essentiels. Portant ses personnages et ses sujets avec grâce, livrant un film qui ose dire des choses tout en ne tombant jamais dans la facilité du lynchage en place publique, François Ozon fascine, révolte et surtout, il tient notre intérêt, et à aucun moment il ne le lâche. Bref, « Grace à Dieu » est un grand film !

Note : 17/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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