Platoon

De : Oliver Stone

Avec Tom Berenger, Willem Dafoe, Charlie Sheen, Forest Whitaker

Année: 1987

Pays: Etats-Unis, Angleterre

Genre: Guerre

Résumé :

Septembre 1967: Chris Taylor, dix-neuf ans, rejoint la compagnie Bravo du 25ème régiment d’infanterie, près de la frontière cambodgienne. Chris, issu d’une famille bourgeoise s’est engagé volontairement et, plein d’idéal entend bien servir son pays. Mais la réalité est tout autre et ses illusions vont tomber les unes après les autres. Il sera également témoin de la rivalité sanglante qui oppose deux officiers qu’il admire.

Avis :

Comme beaucoup de réalisateurs talentueux et à la carrière prolifique, Oliver Stone a commencé avec de l’horreur. En effet, avec La Reine du Mal et La Main du Cauchemar, il fait ses premières armes dans le septième art et commence à se construire un statut plutôt intéressant. Certes, on est encore bien loin de sa renommée actuelle, mais on sent que l’on fait face à un petit gars qui monte tout doucement. Et ce n’est pas pour rien qu’il va devenir, dans les années 80/90, LE réalisateur de toute une génération avec des métrages comme Tueurs Nés, Wall Street, Né un 4 Juillet, JFK et bien d’autres. Mais le film qui va véritablement lancer sa carrière, c’est Platoon. Et ce n’est pas étonnant si ce film, qui est son quatrième long-métrage, soit le premier à cartonner et à montrer toute la maestria du réalisateur. En effet, il est fasciné par la guerre du Vietnam, ou plus précisément par son inutilité, puisque son film de fin d’études est Last Year In Viet-Nam et que Platoon sera la premier d’une trilogie avec Né un 4 Juillet et Entre Ciel et Terre. Mais pourquoi Platoon a-t-il été un si grand succès ?

Les films de guerre ont toujours tendance à prendre parti quand ils sont racontés. Et généralement, ce n’est pas pour en dire du bien. De grands réalisateurs comme Spielberg, Coppola et bien d’autres se sont permis de pointer du doigt les absurdités de la guerre et Oliver Stone va venir mettre sa pierre à l’édifice avec Platoon, qui se concentre sur la guerre du Vietnam, mais pas forcément sur les combats mythiques, mais plutôt sur les soldats, leurs origines, leurs raisons de faire la guerre et surtout la façon dont la guerre agit sur les personnes, les transformant petit à petit en monstre bestial. Avec Platoon, Oliver Stone va se concentrer sur Taylor, un jeune homme plutôt aisé qui a décidé de s’engager dans la guerre afin de trouver sa place quelque part. Plutôt bon à l’école, son engagement provient d’un ennui et d’une volonté de donner quelque chose à son pays. En intégrant son régiment, il va rencontrer deux clans bien distincts, qui trouvent leur opposition sur plusieurs points, que ce soit sur leurs origines sociales ou sur la façon dont la guerre les a transformés. Ainsi donc, le cinéaste n’a pas envie de faire un récit de guerre hagiographique en faveur des Etats-Unis, mais plutôt de s’appesantir sur le destin des soldats et sur les troubles psychologiques que cela fait.

Dès le départ, le film s’ouvre sur le côté inhumain de la guerre. Charlie Sheen arrive sur place et on entend un soldat dire que le nouveau bétail est arrivé. Une réflexion qui ne passe pas inaperçue et qui montre bien que cette guerre est une véritable boucherie et qu’il faut rapidement se mettre dans le bain. Les rapports entre les personnages sont assez sommaires. Les clans sont déjà établis, les « chefs » sont très rudes avec les nouveaux et on ressentira les émotions des newbies grâce à la voix off de Charlie Sheen qui écrit à sa grand-mère ou à quelques échanges de photo au sein du camp. En faisant ainsi, le réalisateur montre à quel point la guerre détruit les hommes et dégrade les liens qui les unissent. Des liens qui ne tiennent qu’à un fil et qui vont s’étioler avec le temps et les désaccords. On va rapidement voir de façon différente de gérer cette guerre et le stress. D’un côté, Barnes, joué par Tom Berenger, est une vraie bête de guerre, un barbare qui n’hésite pas à tuer femme et enfant pour arriver à ses fins. Défiguré, animal, sans aucune empathie pour qui que ce soit, il est l’incarnation même de la guerre et de ce qu’elle peut engendrer de pire. En face de lui, on trouvera Willem Dafoe dans le rôle du « gentil », qui veut régler cette guerre de façon plus ou moins pacifiste. Ce sera le personnage qui tempère tout le monde et qui se demande encore à quoi sert ce conflit. Il est la raison alors que l’autre est plutôt la colère.

Autour de ces deux personnages vont évoluer toute une bande de seconds couteaux avec plus ou moins de bagage. On y retrouvera des interprètes obligés d’être là, des jeunes volontaires que la guerre gargarise ou encore d’autres qui se demandent ce qu’ils foutent là. En créant un tel panel, Oliver Stone expose des soldats de tout horizon, démontrant que dans ces lieux, peu importe d’où l’on vient et qui l’on est, on peut se prendre une balle à tout moment. Mais en filmant le Vietnam, c’est bien les Etats-Unis et la responsabilité de son pays qu’il pointe du doigt, qu’il remet en cause. Tous les personnages noirs proviennent d’un milieu social pauvre et on aura plusieurs discours dans lesquels les réflexions seront les mêmes, à savoir, on est rien, on sera toujours rien, ici ou ailleurs c’est pareil. Une façon de penser qui montre que les Etats-Unis envoient de la chair à canon dans d’autres pays pour servir une cause floue et trop disparate. Platoon est donc un film qui se veut être un brûlot contre son propre pays et contre la guerre en règle générale, détruisant pour ne jamais reconstruire, sacrifiant des hommes qui ne trouvent plus aucune raison de vivre.

La mise en scène d’Oliver Stone est exemplaire. Les combats que l’on suit sont violents, et rien n’est laissé au hasard. S’il y a peu de fusillades, quand elles sont présentes, elles laissent pantois car elles sont réalistes et frontales. Elles sont aussi présentes pour montrer les différentes tactiques mises en place, et comment ces moments peuvent transformer un homme. Plusieurs soldats vont être terrorisés et totalement immobiles, d’autres seront complètement habités, quitte à faire des erreurs tactiques et à tirer sur ses propres confrères. Elles montrent aussi les tensions au sein d’un régiment, à quel point les choix d’un homme peuvent tout changer. Ce moment où Barnes tire volontairement sur le collègue qui l’a contredit est tout juste incroyable et inévitable. Puis ce ralenti culte sur la fin d’un des personnages les plus importants est d’une justesse parfaite pour montrer à quel point cette guerre n’épargne personne, même les meilleurs. On pourrait aussi évoquer la musique, qui tombe toujours juste et son final si touchant.

Au final, Platoon est, et sera toujours, un chef-d’œuvre du septième art. Film de guerre plusieurs fois récompensé aux Oscars, ce quatrième long-métrage pour Oliver Stone est tout simplement incroyable et fait partie des meilleurs films de guerre de tous les temps. Un film à la fois touchant, percutant et très intelligent dans son propos et qui s’amuse avec ses acteurs. Bref, un film à voir et revoir. Il est à noter aussi les taquineries du réalisateur qui a échanger les rôles entre Tom Berenger, habitué à jouer les gentils à l’époque, et Willem Dafoe, qui jouait souvent les méchants, pour montrer les talents de ces deux bonhommes, en dehors des carcans qu’on leur imposait.

Note : 18/20

Par AqME

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