Grand Corps Malade – Plan B

Avis :

Le slam. Voilà un genre qui, au départ, ne devait pas devenir musical. Créé en 1986 par le poète américain Marc Smith, le slam devait être une forme de poésie déclamée face à un auditoire, dans la rue, afin de rendre cet art moins chiant, moins élitiste et donc plus accessible. L’idée a vite fait le tour du monde, et c’est à partir de 1993 que des compétitions de slam ont eu lieu dans divers endroits d’Europe. Fabien Marsaud, plus connu sous le nom de Grand Corps Malade, sera le premier représentant de cet art en France, à partir de 2005. Alors que rien ne le destinait à cet art, hormis un Bac L en poche, c’est après un tragique accident de piscine qu’il va se consacrer à cela. Il devient alors un pilier de la scène slam et assure certaines premières parties. Sa consécration viendra avec son premier album, Midi 20, et il ne cessera alors de produire des galettes avec des thématiques plus ou moins différentes mais une volonté d’améliorer à chaque fois l’instrumentalisation des morceaux. Relativement prolifique, il sort Plan B en 2018 et signe par la même occasion son sixième album, le premier sur lequel il pousse la chansonnette et laisse aller sa voix grave sur des mélodies gentillettes. Et c’est peut-être là le plus gros défaut de Grand Corps Malade, sa gentillesse.

Le skeud débute avec le titre éponyme de l’album, Plan B. Sur cette piste, Grand Corps Malade évoque les changements de carrière ou encore le fait que parfois, on ne peut pas faire ce que l’on veut et qu’il faut un plan de secours. Entre autodérision et sujet sensible et sérieux comme la politique, ce titre mélange un peu tout pour donner de la résonance à l’ensemble de l’effort. Et il est vrai que l’on trouve un peu de tout dans cet album, que ce soit des textes légers ou engagés, des mélodies discrètes ou plus travaillées, ou encore des titres qui pourraient facilement se ranger dans la catégorie vieille chanson française (et je dis cela sans aucun mépris). Ainsi donc, avec Acouphènes le slameur se prend des élans de nostalgie. Il parle de sa vie, de son passé, de son enfance, et livre un titre très personnel, assez touchant sur le fond, avec en prime une instru qui n’est pas dégueulasse, mais qui reste assez minime. Des titres personnels, on en retrouvera plusieurs sur tout l’album, et certains seront plus réussis que d’autres. On peut par exemple citer Dimanche Soir, une belle chanson d’amour avec une guitare sèche de toute beauté ou encore 1000 Vies qui prend des allures de chanson française des années 80 dans l’instru et qui détient de jolies paroles, plutôt positives sur son regard en arrière. En restant dans le domaine des paroles, on peut aussi évoquer le premier morceau où Grand Corps Malade chante avec Tu Peux Déjà, qui est pour son second fiston, et qui s’avère être un titre plutôt mignon où l’on sent tout l’amour du papa pour son enfant.

Comme on peut le voir, Plan B est un album qui demeure assez personnel, dans lequel le slameur déclame des textes sur sa vie, comme une sorte d’introspection où il cherche le positif et à voir toutes les bonnes choses qui l’ont menées jusqu’à aujourd’hui. Fort heureusement pour nous, tout l’album ne tourne pas autour de la vie du slameur et on retrouvera quelques textes un peu plus incisifs, notamment sur la politique ou les migrants. A titre d’exemple, Au Feu Rouge raconte l’histoire triste d’une réfugiée qui fait la manche et dont les clichés vont bon train, les gens l’a prenant pour une terroriste. On peut aussi évoquer Patrick, un morceau à la fois humoristique et cynique sur Patrick Balkany, dans lequel le chanteur le fusille en bonne et due forme, taclant par la même occasion la politique en règle générale et leur immunité déplorable. On trouvera aussi des textes qui parlent de la force d’être plusieurs dans des projets, de se tenir la main pour réussir, ce que l’on retrouve dans Ensemble avec une jolie mélodie à la guitare. Bref, on retrouve pas mal de choses dans cet album, et globalement, c’est plutôt réussi et l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez. Par contre, on retrouvera une certaine redondance non pas dans les mélodies, mais surtout dans la façon d’écrire et cette propension à faire des rimes pauvres. Non pas que ce soit mal écrit ou même mauvais, mais cela reste très binaire et par moment, ça manque de finesse. On devine rapidement la suite des paroles et c’est presque trop simpliste. Le seul moment un peu tendu, c’est avec La Syllabe au Rebond, où il y a un moment rappé qui joue avec les mots et qui est très agréable. C’est dommage que tout l’album ne soit pas de cet acabit.

Au final, Plan B, le dernier album en date de Grand Corps Malade, n’est pas un mauvais effort, bien au contraire, il contient bien des qualités et on sent que le slameur n’a pas fait le choix entre la vie personnel et des sujets plus sérieux et d’actualité. Ce pot-pourri rend le tout assez attachant et correspond bien au personnage qui possède un énorme capital sympathie. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine faiblesse d’écriture, notamment dans la redondance des rimes et dans certains thèmes abordés. Bref, un album sympathique, mais qui est composé de quelques défauts qui entachent un peu le plaisir d’écoute.

  • Plan B
  • Acouphènes
  • Au Feu Rouge
  • Tu Peux Déjà
  • Poker feat Ehla
  • La Syllabe au Rebond
  • J’suis pas Rentré feat Rachid Taxi
  • Charades
  • Dimanche Soir
  • 1000 Vies
  • Le Langage du Corps
  • Patrick
  • Ensemble
  • Issam
  • Espoir Adapté

Note : 13/20

Par AqME

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