L’Ambre du Diable – Mark Gatiss

Auteur : Mark Gatiss

Editeur : Bragelonne

Genre : Steampunk

Résumé :

« Voilà ce qui se passerait si Sherlock Holmes croisait Flashman dans le Temple Maudit ! » G.Q. L’irrésistible dandy anglais est de retour ! Une vingtaine d’années se sont écoulées depuis les événements scandaleux relatés dans Le Club Vesuvius. Lucifer Box, le plus sulfureux des agents secrets de Sa Majesté, est en mission à New York, où sévit un messie fasciste aux desseins purement diaboliques. Du Manhattan des années 20 aux sommets enneigés suisses, Lucifer Box s’embarque dans un périple décoiffant, avec sa décontraction légendaire…

Avis :

De par sa légèreté et son atmosphère raffinée, Le Club Vesuvius était un divertissement de bonne facture. Avancé comme un roman steampunk, il n’officiait toutefois qu’à demi-mot dans le genre. En dehors d’une prose assez simpliste, il s’agit là du rare reproche qu’on pouvait lui faire. Mark Gatiss – pour rappel, l’interprète de Mycroft Holmes dans la série Sherlock – a écrit un second volume qui sort sur le tard dans l’hexagone. Tout comme son prédécesseur, il aura fallu patienter une décennie avant de s’y pencher pour replonger dans l’univers fantasque, un rien périlleux, de Lucifer Box. Cette suite est-elle similaire au premier tome ?

Premier constat : le bond temporel qui nous propulse dans les années 1920, délaissant le début du XXe siècle dans les souvenirs de notre espion dandy. Ce dernier se laissant aller à quelques élans nostalgiques sur sa gloire passée dans le domaine de l’art et de l’espionnage. Le clivage entre les deux époques rappelle la scission entre La Lune seule le sait et La Lune n’est pas pour nous. D’ailleurs, Mark Gatiss retranscrit à minima le même contexte houleux propre à la montée des extrémismes en Europe. Ici, il lui trouve une portée outre-Atlantique avec un antagoniste, Desmond Olympe, qui s’inspire (très) librement de Mussolini, Franco et Hitler ou, comme baptisé entre ces pages, le « petit Autrichien moustachu ».

Toutefois, ce parallèle en reste au stade des références. L’affaire qui occupe Lucifer Box s’éloigne quelque peu du succès populaire de Desmond Olympe pour se focaliser sur ses pratiques occultes et sectaires. Le fait de confronter le fonctionnement d’un parti politique, bien que fictif, à un mouvement religieux est pour le moins pertinent. La manipulation des masses, l’entretien de l’espoir (ici, un avenir meilleur pour un monde différent), la hiérarchisation du groupe sous une forme pyramidale… Autant de points intéressants, mais qui restent surtout au stade des intentions, car l’intrigue est d’une grande simplicité. Cela vaut autant pour sa construction que pour sa bonne progression.

Les ébats amoureux du protagoniste ont tendance à combler les vides narratifs par quelques allusions et fantasmes qui semblent tout droit sortis d’un yaoi. Certes, on reconnaît la familiarité et l’excentricité dont le personnage fait preuve. Malgré les années écoulées, l’âge n’assagit pas l’homme, bien au contraire. On ne parlera donc pas d’une évolution sur sa maturité, mais plutôt d’un point de vue sensiblement différent. Enfin presque, car les réactions de Lucifer Box restent pour le moins discutables sur la manière d’aborder les faits. De vaines tentatives d’infiltration en statut de fugitif, il paraît tout aussi peu expérimenté qu’à ses premières heures, voire incompétent.

L’ensemble manque de cohésion dans l’enchaînement des séquences, rendant l’intrigue peu crédible et assez alambiquée dans ce qu’elle suggère en fin de parcours. Si le steampunk est reconnu pour regrouper de nombreux genres, on notera une présence sporadique et surfaite de ce qui le régit. Certes, l’humour est bel et bien de la partie. On goûtera également l’ironie et la cocasserie que Lucifer affiche à traquer une bande de satanistes du dimanche, eu égard à son patronyme. Toutefois, les éléments fantastiques, historiques et politiques sont survolés et non développés comme il se doit. De même, on ne retrouve que très difficilement l’atmosphère typique des années folles, ici retranscrites sans envergure.

Au final, L’ambre du diable reste une petite déception devant la facilité ostensible de l’intrigue. Les errances narratives dissimulent un manque d’inspiration flagrant pour justifier le retour de Lucifer Box. Malgré quelques points notables et l’humour omniprésent, cette suite n’a pas le répondant ni l’allant de son prédécesseur. Si l’on ne s’ennuie guère et que le livre possède un ton enthousiaste, on regrette une succession de péripéties amalgamées sans vraiment s’attarder sur leur pertinence. De plus, la structure linéaire occulte toutes surprises et les révélations lors d’un dénouement grandiloquent n’aident guère à atténuer cette impression. Un roman modeste dans ses ambitions et perfectible dans sa forme.

Note : 12/20

Par Dante

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