Qu’est-ce qu’on a Encore Fait au Bon Dieu? – Cauchemar en Famille

De : Philippe De Chauveron

Avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Ary Abittan, Medi Sadoun

Année : 2019

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Le retour des familles Verneuil et Koffi au grand complet !
Claude et Marie Verneuil font face à une nouvelle crise.
Leurs quatre gendres, Rachid, David, Chao et Charles sont décidés à quitter la France avec femmes et enfants pour tenter leur chance à l’étranger.
Incapables d’imaginer leur famille loin d’eux, Claude et Marie sont prêts à tout pour les retenir.
De leur côté, les Koffi débarquent en France pour le mariage de leur fille. Eux non plus ne sont pas au bout de leurs surprises… 

Avis :

Les succès populaires en France ne sont pas forcément les meilleurs films d’un point de vue qualitatif. Il suffit de voir les quelques films qui ont cartonné ces dernières années et on retrouve Les Tuche, les derniers films de Dany Boon ou encore Qu’est-ce qu’on a Fait au Bon Dieu ?. Des comédies potaches, qui ne sont pas là pour faire réfléchir mais uniquement pour faire rire. Sauf que le rire, on peut le déclencher de différentes manières. Que ce soit avec un comique de situation, un gag visuel, un dialogue savoureux, un quiproquo, des clichés tellement grossis qu’ils en deviennent grotesques et donc drôles. Les façons d’amener le rire sont aussi nombreuses que variées. Sauf que les quelques films cités un peu plus haut se basent souvent sur un humour qui fait peine à voir, la moquerie. Et comme l’a si bien dit Jean de la Bruyère, la moquerie est de toutes les injures celle que l’on pardonne le moins. Ce qui résonne comme une évidence chez les esprits éclairés ne semble pas affecter les producteurs peu scrupuleux de comédies françaises qui se contentent du minimum syndical tout en ayant une campagne de pub redoutable et agressive, amenant à faire croire au spectateur lambda qu’il vient de voir la comédie du siècle. Et cette suite de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? est tout simplement abominable, aussi bien dans sa forme que dans son fond, servant d’exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire, se moquer honteusement de tout le monde sans aucune introspection.

Le pitch de ce film tient sur une improbable situation familiale. La famille Verneuil a vu ses quatre filles mariées à quatre hommes d’origine étrangère et aujourd’hui, ils n’en peuvent plus de la France. Chao a constamment l’impression qu’il va être agressé, Rachid ne s’occupe que de cas de burquas et de voile intégral ce qui le mine, Charles ne trouve pas de rôle au théâtre ou au cinéma à cause de sa couleur de peau et David n’arrive pas à lancer un projet viable faute d’investisseurs. A tour de rôle, les quatre gendres vont vouloir partir dans leur pays d’origine dans l’espoir d’avoir un meilleur avenir. La famille Verneuil, bien décidée à garder ses filles proche d’elle, monte alors un complot pour faire aimer la France aux quatre garçons. Et c’est sur ce scénario complètement improbable que le film va venir glisser quelques gags et autres dialogues à l’humour douteux, dans lequel on essaye vainement de glorifier la France en dénigrant fortement les autres nations et les origines des personnages. Un triste constat qui va se voir sur toute la longueur du métrage.

Et cela commence dès le début, alors que le couple Verneuil rentre d’un long voyage entre l’Algérie de Rachid, le Chine de Chao, le Sénégal de Charles et l’Israël de David. Racontant alors leur périple, Christian Clavier et Chantal Lauby vont se faire un plaisir de dire du mal de tous ces pays, parlant de terrorisme, de risque, de maladie ou encore de pauvreté. Un retour de vacances mitigé donc, dans lequel ils font un constat, la France, c’est le plus bel endroit du monde. Et de là à se goinfrer d’un énorme camembert et d’une tête de veau. Bref, autant dire que le film ne démarre pas sous les meilleurs auspices, mais le pire reste à venir. En effet, le film va tenter de pointer du doigt les problèmes que l’on a en France. Des problèmes financiers pour trouver des banquiers qui veulent prêter de l’argent, mais aussi des problèmes liés au racisme, à la discrimination ou encore à une délinquance qui semble s’en prendre uniquement aux asiatiques. Une délinquance qui est explicitement montrée au détour d’une scène comme des jeunes de banlieue qui se baladent tranquillement. Et c’est à chaque fois au détour de quelques rapides passages que l’on va voir la malhonnêteté de ce projet déjà foireux à la base.

Les blagues sur les origines des personnages vont s’enchainer à un train vitesse grand V. on pourrait y trouver son compte et se dire que la caricature est poussée jusqu’au bout afin de faire réfléchir sur la richesse de nos origines et le partage des cultures. Mais il n’en sera rien. En effet, le film ne pousse jamais plus loin que la vanne moche et méchante qui vexe et qui n’amène à rien. La moquerie sera toujours de mise et ne trouvera finalement aucune excuse. Ce qui habite particulièrement ce film, c’est le mauvais goût. Un exemple concret lorsque Chao veut acheter une arme pour se défendre en cas d’attaque, et il choisit un nunchaku et des shurikens. La question que l’on peut se poser, c’est pourquoi il n’a pas pris un revolver ou un couteau. La vanne est tout simplement raciste et n’apporte aucune réflexion. Et du racisme, le film baigne dedans. On aura droit aux suspicions de terrorisme d’un pauvre réfugié afghan voulant fuir les talibans et qui décide par la suite de retourner dans son pays à cause du mauvais traitement de la famille Verneuil. On aura droit à un dénigrement en règle de l’Israël et de sa situation précaire de paix. La Chine sera vue comme un pays ultra raciste contre le Tibet, ce qui est vrai, mais ce n’est pas représentatif de tout le pays. L’Algérie est pointée du doigt comme un endroit dangereux, peu touristique et dont le seul attrait est le reste de colonisation. Bref, tout porte à croire que la France, cette grande nation, est le seul endroit vivable au monde. A la fin, on pourrait presque croire que le film est produit par le Rassemblement National…

Mais le racisme n’est pas le seul point noir de ce très mauvais film. On pourra aussi y voir une certaine forme de misogynie. Les quatre filles Verneuil n’ont qu’un rôle très secondaire dans ce métrage et subissent les lubies de leurs maris. Ary Abittan veut partir en Israël, sa femme le suit immédiatement et prend des cours d’hébreu. Chao aimerait être banquier à Shanghai, sa femme accepte sans broncher. Même Frédérique Bel accepte de partir en Algérie sur un coup de tête de son homme, ce dernier lui faisant croire que la condition de la femme évolue dans ce pays. Il n’y a pas de personnage féminin fort, et elles ne sont présentes que pour subir ou être dépressive. C’est d’une tristesse folle et cela se confirme dès le générique qui présente d’abord les acteurs masculins puis après les actrices. Alors le film tente de se faire pardonner quelques maladresses (si on peut appeler cela des maladresses) en parlant de l’homosexualité féminine et de l’acceptation de celle-ci par un père ultra conservateur. Le film se veut touchant sur la fin en prônant des valeurs de tolérance. Cependant, cela ne marche pas vraiment et pour deux raisons. La première est technique et tient du fait que les deux mariées sont à peine esquissées dans le métrage et que finalement, on s’en branle un peu de ce qu’elles peuvent ressentir. La seconde raison est tout simplement logique. Le père accepte de venir au mariage de sa fille parce que cette dernière a fait un repas en l’honneur de son père avec tous les plats qu’il préfère. Vraiment !? Je te fais un tournedos Rossini et tu viens à mon mariage gay. C’est tout simplement débile.

Au final, Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? est une comédie médiocre et malsaine. Si tu veux te moquer des religions, des origines des gens et prôner le terroir, essaye quand même d’y mettre un peu d’intelligence et de tolérance. Il ne suffit pas de se moquer en jouant avec les clichés sans apporter un peu de réflexion pour faire rire, il faut aussi un fond et une manière correcte d’amener le gag ou la moquerie. Là, tout est gratuit et amené de manière lamentable. Et tout y passe, le racisme, la peur de l’autre, l’homophobie, et j’en passe. Bref, une comédie horrible, qui va encore faire un carton au box-office et c’est vraiment désolant parce que la France sait faire des comédies réussies et elles passent sous les radars… Et encore, là, je n’ai pas parlé de la réalisation plate au possible digne d’un téléfilm ou de la photographie inexistante…

Note : 02/20

Par AqME

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net