octobre 29, 2020

Lune Rousse – Paul Beorn et Silène Edgar

Auteurs : Paul Beorn et Silène Edgar

Editeur : Castelmore

Genre : Fantastique

Résumé :

L’une vit le jour, l’autre vit la nuit…

1846.Un soir d’automne, le ciel est rouge au-dessus du village de Thiercelieux.

Lapsa et Lune ont grandi ensemble mais cette nuit-là, l’appel de la lune rousse va les séparer. Lapsa découvre qu’on lui a menti sur la mort de ses parents et se jure de découvrir la vérité. Lune se lance à la poursuite d’un loup noir, jusqu’à un coffre caché sous un rocher.
À l’intérieur : des masques de loups, un poème oublié qui parle de vengeance… Un masque sur son visage, la jeune fille se sent soudain investie d’une force animale. Elle fait le serment de lutter contre les injustices qui frappent le village.
Mais la malédiction des loups, surgie du passé, ne risque-t-elle pas de bouleverser Thiercelieux et de les dépasser toutes les deux ?

Avis :

Lune Rousse s’inspire d’un jeu de cartes maintenant très connu : Les loups-garous de Thiercelieux. Dans ce jeu, chacun reçoit une carte qui lui dévoile son rôle. Certains sont importants, quand d’autres le sont moins, notamment à cause de pouvoirs puissants. Cependant, chacun se révèlera nécessaire au vote qui décidera de la survie ou non d’un des habitants du village désigné coupable d’être un loup-garou.

Les fans inconditionnés du jeu trouveront de nombreuses références dans ce roman, dont les plus subtiles. Effectivement, de nombreuses versions de ce jeu existent, comme ce qui est appelé la version Village où, en plus d’un rôle, chacun se voit attribuer une fonction inhérente au fonctionnement d’un village. Le roman est merveilleusement bien construit et tous ces renvois font vraiment plaisir quand on s’y connaît un peu. Cela en devient même jouissif quand les auteurs en jouent.

C’est dans ce village de Thiercelieux que se déroule cette histoire originale. On suit les aventures de Lune et Lapsa, deux jeunes filles bien différentes mais très proches et aux destins liés. Les chapitres alternent entre deux narrations à la première personne, permettant d’installer un suspens rapide. L’écriture est belle, poétique et rappelle celle des contes, ce qui n’est pas anodin. Les premières pages rappellent malicieusement le petit chaperon rouge, par exemple. Le lecteur s’imprègne ainsi rapidement de cet univers imaginaire et de cette ambiance mystique.

Lune et Lapsa sont deux rebelles courageuses et curieuses qu’il est agréable de suivre. Bien que très jeunes, elles font preuve d’une maturité, d’une intelligence et d’un sang-froid captivants, comme les autres enfants du roman qui finissent par nous apparaître plus âgés. L’une plus pragmatique que l’autre et Lapsa moins farouche que Lune. Une loup-garou et l’autre son acolyte. Chacune ayant ses énigmes à résoudre et ses mystères à comprendre.

L’histoire familiale de Lapsa est bien compliquée et la jeune fille désire s’y faire une place tout en fouillant pour atteindre désespérément la vérité. Sa grand-mère n’arrête pas de lui mettre des bâtons dans les roues prétextant s’inquiéter pour elle. Lune se cherche et se questionne sur elle-même. La vie au village n’est peut-être plus faite pour elle ? Ses parents ne lui mènent pas la vie facile, comme certains garçons qui la désirent un peu trop. Le lecteur va suivre Lapsa dans ses pérégrinations et Lune dans ses actions. On ne s’ennuie pas, bien que le rythme soit plutôt lent et léger. Les deux personnages principaux évoluent et se dévoilent au lecteur petit à petit.

Le village est auréolé de mystères et de nombreuses choses étranges s’y passent. Un peu comme dans un huis clos, mais avec la violence brutale en moins. Celle-ci n’est clairement pas nécessaire pour nous faire peur ou nous inquiéter. Tout le suspens emmagasiné nous donne envie de poursuivre la lecture et de découvrir ce qui se passe. Les habitants du village nous apparaissent tous comme avoir quelque chose à cacher, ce qui est probablement le cas. Les auteurs jouent avec nos connaissances du jeu et nous flouent volontairement.

La fin est inattendue et amène de gros retournements de situation qui font sensation. Les auteurs ne laissent pas beaucoup d’indices pour voir cela venir et c’est très bien fait. Tous les mystères se résolvent les uns après les autres, dans de beaux dialogues de révélations que l’on apprécie toujours de la part des « méchants ». Loin d’être manichéen, l’univers est plus complexe que cela et amène même une autre interprétation des loups-garous. Celle-ci est positive et pleine de promesse, loin des préjugés auxquels on pouvait s’attendre. L’histoire du roman tourne autour d’une légende dont les tenants et aboutissants ne nous parviennent qu’au fur et à mesure et qui est bien ficelée.

La transformation en loup-garou est intéressante et alambiquée. Il ne s’agit pas seulement de porter un masque et de jouer au fanfaron. Cela signifie bien plus que cela et la proximité du masque peut mener certaines personnes à changer…

Malgré les inspirations, Lune Rousse est loin des débats houleux et des meurtres nocturnes répétitifs du jeu de cartes que l’on connaît. Les auteurs réussissent à étonner, à jouer avec nos nerfs, à nous faire rêver tout en nous ramenant de temps à autre à ce jeu, et ce, de manière délicate. Ceux qui ne connaissent pas ces cartes ne seront pas du tout déçus par ce roman, ni malmenés. Ce livre est un vrai conte, nous donnant des personnages sympathiques et personnifiant des valeurs, nous apportant une belle fin et un message alliant actualité et justice.

Note : 17/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.