février 28, 2021

The Devil’s Candy

De : Sean Byrne

Avec Ethan Embry, Shiri Appleby, Kiara Glasco, Pruitt Taylor Vince

Année: 2015

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Un artiste et sa famille s’installent dans la maison de leurs rêves. Des forces démoniaques se mettent peu à peu à envahir les tableaux du peintre et à devenir une menace pour ses proches…

Avis :

La musique métal semble indissociable du cinéma d’horreur. Allez savoir pourquoi, mais bien souvent, les fans de cinéma horrifique sont aussi des gagas du riff lourd et du growl à tout va. Pas tout le temps, bien évidemment, et ce serait d’ailleurs rentrer dans des clichés nauséabonds (comme dire que ceux qui écoutent du rap n’aiment que les films de gangsters), mais on peut y voir de grandes accointances. Ce n’est pas anodin si on entend souvent du métal dans les génériques de fin de films d’horreur ou encore que certains groupes de métal ont pris les films d’horreur comme inspiration pour leurs paroles (Dying Fetus ou Cannibal Corpse par exemple). Cependant, des films qui utilisent le métal comme point d’appui pour instaurer une histoire horrifique, ça ne court pas les rues, sauf si c’est pour se moquer gentiment comme Deathgasm par exemple ou encore Black Roses. Avec The Devil’s Candy, nous ne sommes pas sur une approche qui évoque le métal comme la musique du diable, mais plutôt comme un vecteur commun qui lie une famille qui va devoir faire face à l’horreur.

Le film démarre de façon étrange, dans une nuit noire, avec des riffs lourds effectués avec une Flying V. L’homme qui joue en pleine nuit explique que c’est la seule façon qu’il a pour faire taire la voix dans sa tête. Ecoutant sa mère qui lui demande d’arrêter, il la tue et décide de partir. Peu de temps après, on retrouve une famille en difficulté financière mais qui reste très soudée, trouvant une sorte de lien avec la musique métal. Le père de famille est artiste peintre, la mère travaille dans un salon ou un magasin et leur fille de quatorze ans semble bien dans sa peau. Ils trouvent alors une nouvelle maison, plus grande, avec un hangar qui pourrait servir d’atelier pour le père. Cette maison, c’est celle où l’homme qui entendait des voix a tué ses parents. En décidant de l’acheter au rabais, la famille s’expose alors à un retour du tueur et à un père de famille qui va perdre peu à peu les pédales. On est clairement dans un film qui mélange deux sous-genres horrifiques, d’un côté l’aspect tueur en série possédé et de l’autre la maison du diable qui instaure de mauvaises idées dans la tête des gens. En faisant ainsi, Sean Byrne va essayer, en très peu de temps, d’instaurer un climat malsain au sein d’une famille banale qui va connaître l’enfer et ne plus se comprendre en même temps.

Le réalisateur de The Loved Ones va montrer le parcours infernal de cette famille et surtout de ce père de famille qui sombre de plus en plus dans une folie douce, faisant de ses toiles des tableaux macabres sans qu’il ne comprenne vraiment pourquoi. Le film se scinde à chaque fois en deux segments qui s’entremêlent, puisque d’un côté, on va avoir la vie de la famille en question, qui pense trouver un nouveau départ, mais qui va finalement débusquer une fin prématurée. L’autre segment sera le chemin macabre d’un tueur qui ressemble à un grand enfant et qui semble incapable de résister à une voix lui ordonnant de tuer et démembrer des gosses, puis de les mettre dans des valises. Ces deux pôles vont alors se rencontrer autour de la jeune fille de la famille, qui sera, selon les dires du tueur, le bonbon du diable, l’élue pour faire revenir l’antéchrist. En faisant comme cela, le réalisateur va mettre en avant une ambiance très sombre, complètement désespérée, que ce soit autour d’une famille qui se dessoude, qu’autour d’un homme esseulé qui perd les pédales et fait des choses horribles comme on part acheter à manger. Cette ambiance se cristallise alors lorsque le tueur pénètre dans cette maison afin d’aller chercher cette sucrerie, offrant un Home Invasion sobre et glauque, qui sent un peu le réchauffé sur sa fin mais s’avère assez efficace.

Le problème, c’est que malgré sa très courte durée (1h15), The Devil’s Candy ne parvient pas à créer un réel sentiment d’empathie. Si la famille est fort sympathique et ressemble à n’importe qui, favorisant ainsi une certaine projection, il manque quelques passages, quelques tranches de vie pour que l’on puisse vraiment se sentir à leurs côtés. Sean Byrne veut aller à l’essentiel, peaufine son ambiance glauque, jouant avec les nerfs solides d’Ethan Embry qui est possédé par son rôle de métalleux au grand cœur, mais il manque vraiment du liant dans ce métrage pour totalement emporter son spectateur. De ce fait, on suit le parcours chaotique de cet homme et de sa famille sans pour autant le vivre avec eux et donc ressentir quelque chose. On voit qu’il y a des efforts de fourni, comme ce moment dans la galerie d’art, qui ressemble à l’antichambre des enfers, on voit que Sean Byrne essaye d’exorciser certains démons, mais malheureusement, cela se perd dans une sorte de « survolage » volontaire pour insister sur une ambiance glauque qui prend le pas sur l’efficacité et le rythme.

D’autant plus que le film reste relativement sage en ce qui concerne les moments de tension. Si on pourra observer quelques fulgurances de mise en scène, notamment lorsque le réalisateur compare en images la peinture rouge du père de famille au sang versé par le tueur, on restera sur quelque chose de très sombre et dont les moments gores se déroulent hors-champ. Bien évidemment, cela laisse libre cours à l’imagination, mais pour un film qui se veut aussi malsain, cela manque d’impact. Il faut bien entendu aussi composer avec le manque de budget (coucou les flammes en pixels à la fin du métrage), mais on ne peut que constater qu’il manque quelque chose à ce film pour le rendre vraiment intéressant. Et il y a autre chose qui peut rebuter, c’est qu’il faut un peu connaître la vie du réalisateur pour comprendre son œuvre. En effet, outre les projets qu’il s’est vu refuser et sa peur de retomber dans l’anonymat, Sean Byrne réalise ce film alors que sa femme est enceinte de jumeaux et donc, il injecte ses peurs dans ce métrage. La peur de la paternité, la peur de la dangerosité du monde envers ses propres enfants, ou encore la peur du vide créatif et de faire des œuvres uniquement pour subsister et non pas par plaisir. Des thématiques intéressantes, qui prennent de suite un autre sens si on prend le temps d’analyser la vie du créateur. Mais la question que l’on peut se poser est : doit-on se renseigner sur le créateur pour comprendre une œuvre ? Ne doit-elle pas être accessible pour tout le monde sans faire des recherches exhaustives ? Bref, un débat intéressant sur plus d’un médium.

Au final, The Devil’s Candy est un film d’horreur qui souffle le chaud et le froid. Si d’un côté on appréciera l’ambiance instaurée et relativement malsaine ainsi que cette famille lambda réunie autour du métal, on regrettera un manque de liant évident entre les relations de cause à effet et certains passages complètement éludés, que ce soit par manque de temps ou manque de budget. En l’état, The Devil’s Candy est un film protéiforme qui n’est pas dénué d’intérêt, qui prend de l’ampleur quand on s’intéresse à la vie de Sean Byrne mais qui, en l’état, ne fonctionne qu’à moitié.

Note : 11/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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