La Mule – Le Dernier des Géants

Titre Original : The Mule

De : Clint Eastwood

Avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Laurence Fishburne, Michael Pena

Année: 2019

Pays: Etats-Unis

Genre: Biopic

Résumé:

À plus de 80 ans, Earl Stone est aux abois. Il est non seulement fauché et seul, mais son entreprise risque d’être saisie. Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf que, sans le savoir, il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain.
Extrêmement performant, il transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ».
Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Avis:

On dit toujours qu’il faut célébrer les légendes quand elles sont encore vivantes. Car on ne va pas se le cacher, on a toujours tendance à rendre des hommages à des personnes défuntes, alors qu’il faudrait le faire de leur vivant. Et parmi tous les géants qui restent, il y a Clint Eastwood. 88 ans au compteur, et toujours actif, il revient cette année avec un film qui, comme à son habitude ces derniers temps, se focalise sur un fait réel, comme si la vie l’inspirait alors que, malheureusement, il en arrive au bout. Après un gros échec avec son 15h17 Pour Paris et son aspect religieux relativement dégueulasse, le réalisateur/acteur signe un joli retour avec La Mule, qui délaisse les boniments christiques pour se faire plus simple, plus humble et surtout plus humain, posant un regard sage sur la vie qui passe, le temps et les conflits générationnels.

L’histoire de La Mule est tirée de la vie de Earl Stone, un nonagénaire qui est devenu mule pour le cartel mexicain afin de gagner de l’argent facilement. Indétectable, fort de caractère et ne suivant que son propre chemin, Earl va devenir la meilleure mule des Etats-Unis. Le problème, outre le fait qu’il soit recherché par la DEA, c’est qu’il se rend compte qu’il a délaissé sa famille au profit de son travail d’horticulteur et que maintenant, il n’a quasiment plus rien et il essaye de raccorder les wagons. Ainsi donc, La Mule est plus un récit qu’un thriller angoissant, un regard posé et calme sur ce qui nous entoure et surtout, la famille. Et qui de mieux placé que Clint Eastwood pour parler du temps et de la vie, lui qui va vers ses 89 ans cette année et qui semble plus en forme que jamais?

Ce qui fait la force de ce film, c’est clairement son personnage principal. Earl Stone est un vieil homme qui n’a pas envie d’avoir de contraintes. Lui qui a passé sa vie à cultiver des lys et qui se voit à la rue à cause des nouvelles technologies et de la vente en ligne va montrer un nouveau visage, essayant de s’ouvrir auprès de sa famille, mais posant un regard très doux et tolérant sur la société d’aujourd’hui. Un peu maladroit sur les bords, sans filtre quand il s’adresse à quelqu’un, amenant d’ailleurs un humour plus que bien venu, Clint Eastwood profite des traits de caractère de son personnage pour aborder le racisme, l’homosexualité ou encore les différentes générations sans aucun tabou. Il n’hésite pas à utiliser des termes qui peuvent choquer comme « gouine » ou « gens noirs », mais il le fait avec une certaine naïveté et surtout sans aucune méchanceté. Et c’est là la vraie bonne idée du film, de présenter un protagoniste juste, bon et sans arrière-pensée. On s’attache rapidement à ce grand-père qui va tenter de rattraper le temps perdu avec sa famille et qui va se rendre compte qu’il a peut-être loupé des choses importantes. Là encore, le tout est fait avec une certaine bonhomie, et on ne peut ressentir que de l’empathie pour cet homme qui va gagner beaucoup d’argent, mais pas uniquement pour lui.

Outre ce personnage empathique au possible, on aura aussi une palanquée de personnages secondaires importants et tout aussi attachants. Même les « méchants », les membres du cartel, vont se prendre d’affection pour ce petit vieux rigolo, agréable et qui ne juge jamais sur l’apparence. On verra d’ailleurs l’évolution avec les trafiquants au fur et à mesure des livraisons, et même les plus durs vont se laisser attendrir par cet homme au grand cœur. Ce sera plus compliqué au sein de sa famille, qu’il a volontairement délaissé pour se consacrer à ses fleurs et il va tenter de rattraper le temps perdu. Ces passages se veulent touchants, même si on sent certains passages obligés comme le décès impromptue de son ex-femme ou la réconciliation avec sa fille (dont le rôle est joué par Alison Eastwood, sa propre fille). Cependant, tout ça est fait avec douceur et une relative justesse, permettant au film de fonctionner à plein régime. On peut aussi évoquer les agents de la DEA, parfaitement campés par Bradley Cooper, Michael Pena et Laurence Fishburne et là aussi, le trait est assez mince mais bien écrit, suffisamment pour que l’on trouve ces personnages humains et sympathiques. Et La Mule, c’est un peu ça, une sorte de bonne humeur perpétuelle où même les méchants ont de bon côté quand on sait les prendre.

Enfin, le dernier point fort du film, c’est son rythme. On ne voit pas passer les presque deux heures et on se rend compte assez vite que le père Eastwood a encore de beaux restes en matière de réalisation. Si l’action n’est pas omniprésente, tout se joue sur les interactions entre les personnages, leurs discussions et surtout les raisons qui font que ce grand-père ne se fait jamais attraper par la DEA. Il est imprévisible, profite de la vie durant ses voyages et fait découvrir de nouvelles choses à des types qui ne connaissent que la violence et le luxe. Le passage dans un restaurant qui fait des sandwichs au bœuf en est un exemple flagrant, surprenant les membres du cartel qui se rendent compte qu’ils ratent peut-être quelque chose en ne vivant que dans le faste et la luxure. Du coup, on se plait à suivre ces pérégrinations car elles apportent à chaque fois une réflexion sur la vie, le temps ou encore les gens. Et si la réalisation peut sembler banale par moments, elle devient sublime sur la fin, au détour d’une conversation entre Cooper et Eastwood lorsque ce dernier se fait arrêter, mettant en lumière comme une passation de flambeau entre un homme qui va inexorablement sur sa fin et une autre qui est en plein boom vital.

Au final, La Mule est un film très réussi qui permet à Eastwood de montrer qu’il est bien le dernier des géants dans le domaine du septième art. Touchant, drôle, émouvant mais aussi intelligent et bien loin des récits religieux ou hagiographiques, Clint Eastwood renoue avec le succès autour d’une œuvre qui pourrait bien être sa dernière. Et si c’est parfois ronflant et un peu trop perclus de bons sentiments, on pardonne aisément ces écarts face au plaisir de revoir cet immense acteur et réalisateur aux commandes d’un bon film.

Note: 15/20

Par AqME

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