septembre 28, 2020

Calvaire

De : Fabrice du Welz

Avec Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon, Jean-Luc Couchard

Année : 2005

Pays : Belgique, France, Luxembourg

Genre : Horreur

Résumé :

Marc Stevens est un chanteur itinérant. A l’hospice, le concert est terminé. Celui-ci reprend la route, mais il tombe en panne au milieu de nulle part. M. Bartel, un aubergiste psychologiquement fragile depuis que son épouse Gloria l’a quitté, le recueille.
C’est alors que commence le cauchemar de Marc : M. Bartel voit en lui l’incarnation de son ex-femme et tout le village est persuadé que celle-ci est rentrée au pays.

Avis :

Les réalisateurs les plus connus sont souvent ceux chez qui on retrouve une patte visuelle forte. On peut reconnaître aisément un film de Spielberg, Del Toro ou encore Tim Burton et en ce sens, on pourrait presque mettre Fabrice du Welz dans ce gros paquet. Pourquoi ? Tout simplement parce que le cinéaste belge possède un œil bien à lui et tous ses films sont reconnaissables rapidement. Officiant quasiment toujours dans un genre étrange qui mélange le drame et l’horreur, Fabrice du Welz a tenté, dans son dernier film, de conquérir Hollywood et le marché américain avec Message From the King. Un essai plutôt raté, où l’action se brouille à cause d’une terrible shaky cam et où le scénario fait la part belle à un revenge movie classique. Cependant, sa carrière ne se définit pas à ce seul film, puisque derrière ce dernier effort, il a tout de même quatre films, trois drames horrifiques et un policier qui n’a pas eu bonne presse et qui a fait polémique sur les acteurs. On aura même eu droit à un clash entre Fabrice du Welz et Joey Starr. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas Colt 45, mais plutôt son premier effort, Calvaire.

Jouissant d’une bonne presse, disponible depuis peu sur Netflix, Calvaire veut se vendre comme le Massacre à la Tronçonneuse franco-belge. De là à comparer Du Welz à Tobe Hooper, il n’y a qu’un pas, mais pour se faire son propre jugement, il faut voir le film en question. Bardé de récompenses dans les festivals spécialisés, tout, absolument tout a été mis en place pour faire de ce film une plongée en enfer chez les consanguins. Sauf que le résultat va être tout autre et qu’à la sortie, un film n’aura jamais aussi bien porté son nom.

Marc Stevens est un chanteur itinérant qui fait des concerts dans des endroits particuliers comme des maisons de retraite. Alors qu’il part pour le Sud afin de participer à un gala de chant, il tombe en panne dans la cambrousse. Il se fait alors héberger par M. Bartel qui tient une auberge délabrée. Sympathique de prime abord, M. Bartel assure à Marc la réparation de sa voiture. Mais au bout de deux jours, les choses changent, M. Bartel semble très fragile psychologiquement et Marc va se rendre compte qu’il est tombé dans un bled de consanguins. Avec un pitch aussi simple, pas évident de tenir le spectateur en alerte, mais il faut prendre en compte qu’il s’agit-là du premier film de Fabrice du Welz et que donc, le budget était minime, et en ce sens, il vaut mieux ne pas viser trop haut. Ainsi donc, on va pouvoir voir des similitudes avec le film de Tobe Hooper dans la présentation des antagonistes et dans cette façon de mettre en avant cette folie douce.

La première chose qui frappe avec ce film, c’est son ambiance étrange et malsaine. Dès le départ, on a la sensation de voir un film désuet, dans des décors à l’abandon, complètement creepy, et un chanteur has been qui ne plait qu’aux vieilles dames ou aux infirmières en manque de sexe. Après s’être fait draguer frontalement par une vieille dame, Marc décide de vite partir pour le Sud. L’hiver, la pluie, la brume, le froid, la bruine, toute cette météo va accentuer ce sentiment de solitude et d’angoisse. Fabrice du Welz fait le choix de la mise en scène contemplative et des plans larges afin d’accentuer ce sentiment de perdition et d’être seul au monde, face à des gens que l’on ne peut pas comprendre. Le cinéaste joue donc avec les décors et les plans, mais il va aussi tenter de tisser un lien fort entre l’aubergiste et le chanteur. Le tout début du film se concentre exclusivement sur les deux hommes et sur la folie douce qui émane de Jackie Berroyer, excellent dans ce rôle. On sent qu’il se passe quelque chose, on sent que cet aubergiste n’est pas sain, et pourtant, Marc va tomber peu à peu dans le panneau, le climax se faisant à partir du moment où il se met à chanter.

Tout ce qui touche à la mise en scène est plutôt intéressant et relativement bien fait. On notera aussi un passage gênant où des pécores se mettent à danser bizarrement au son d’un piano discordant, pointant du doigt la folie qui règne en ces lieux. Mais le film n’arrivera jamais à vraiment tenir la distance. En effet, hormis une ambiance au cordeau, le reste du film sera très décevant, pour ne pas dire vide de sens. Quand on regarde Calvaire, on se demande quelle est la finalité du métrage ? Qu’est-ce qu’il me raconte ? Qu’est-ce que le réalisateur a voulu me dire ? La réponse est très simple : pas grand-chose. Le film est très lent, trop lent. Hormis les quelques dialogues entre Laurent Lucas et Jackie Berroyer, on n’aura rien à se mettre sous la dent. La tension est palpable, mais pourtant, on se fiche pas mal de ce qui va arriver à Marc. Le fait est qu’on s’en fout parce qu’il n’est pas assez travaillé, pas assez fort. On remarquera d’ailleurs que sa seule défense, c’est de pleurer et de se résigner alors qu’il pourrait faire bien mieux. L’ensemble manque cruellement de mouvement et de violence un peu plus physique. Oui, on aura droit à quelques coups, à un moment où il se fait « crucifier », mais c’est trop peu.

Et il en va de même dans la deuxième partie avec les gens du village qui commencent à attaquer l’auberge pour récupérer l’homme en question afin de le violer. Il n’y a pas de raison valable, c’est juste de la violence pour montrer l’animalité de ces hommes qui, dans un plan au début du film, violent un veau. C’est gratuit, c’est moche, et en plus de cela, ça n’apporte aucun raisonnement sur la nature humaine ou sur la révélation d’un héros. Prenons des exemples de films similaires. La Colline a des Yeux, on a un père de famille qui va se réveiller et devenir un guerrier pour sauver son enfant. Dans Massacre à la Tronçonneuse, l’héroïne va se battre pour s’en sortir. Dans Calvaire, non seulement le personnage est un pleureur insupportable, mais en plus de cela, il va réussir à se sauver par hasard et avec l’aide de la nature. Alors oui, on pourrait dire que du Welz a voulu montrer la revanche de la nature sur l’homme vil et mauvais, mais ça reste trop léger pour vraiment nous convaincre.

Au final, Calvaire n’aura jamais aussi bien porté son nom pour paraphraser le début de ce papier. Lent, long, ennuyeux et sensiblement crétin dans son fond, le premier film de Fabrice du Welz ne convainc pas du tout. Voulant être le penchant frenchy du film de Tobe Hooper avec des consanguins violeurs dans un bled paumé de la Belgique, Calvaire est un film d’horreur contemplatif, gratuit et sans aucune réflexion sur quoi que ce soit et c’est bien dommage, car avec une telle maîtrise de l’ambiance, il y avait matière à faire quelque chose de bien mieux.

Note : 05/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.