Mary Shelley

De : Haifaa Al-Mansour

Avec Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge, Bel Powley

Année: 2018

Pays: Irlande, Angleterre, Luxembourg

Genre: Biopic

Résumé:

En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. Dans une société qui ne laissait aucune place aux femmes de lettres, Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais.

Avis:

La littérature fantastique classique a beaucoup inspiré les réalisateurs contemporains. Il faut dire qu’avec des matériaux de base aussi classieux que Dracula de Bram Stoker ou encore Frankenstein ou le Prométhée Moderne de Mary Shelley, il y avait déjà de quoi faire. Cependant, on se rendra vite compte que ce n’est pas tant les écrivains qui fascinent les cinéastes, mais plutôt leurs créatures et leurs œuvres. D’ailleurs, on ne compte plus les adaptations mettant en scène le comte Dracula ou encore bien la créature de Frankenstein. Cela a donné des films plus ou moins bons, ça a fait les beaux jours d’Universal puis de la Hammer et ça a fait le bonheur d’un grand nombre de cinéphiles amateurs de bis voire de z. Mais avec le film Mary Shelley, les producteurs et la réalisatrice Haifaa Al-Mansour ont décidé de ne pas se concentrer sur la créature, mais bel et bien sur la vie de l’écrivaine, Mary Wollstonecraft Godwin, montrant que son œuvre est juste un résumé de sa vie et de ses rencontres avec les hommes qui ont partagé sa vie. Entre mélo et biopic assez fidèle à la réalité, Mary Shelley est un film qui fut injustement boudé en salles.

Le film débute alors que la jeune femme n’a que 16 ans et lit en cachette des histoires de fantômes et d’horreur. Son père est un libraire et éditeur reconnu mais qui tombe en désuétude et n’arrive plus à vendre. Alors que sa fille est relativement désobéissante et ne s’entend pas avec sa belle-mère, il décide de la faire partir au vert en Ecosse. Là-bas, elle rencontre Percy Shelley et en tombe immédiatement amoureuse. Croyant sa sœur malade, elle retourne en Angleterre le cœur déçu, mais Percy va la suivre, se faisant passer pour un mécène auprès de son père. Malheureusement, le destin ne sera pas tendre avec Mary, qui va découvrir que son aimé est déjà marié et a un enfant, et que son amour pour lui est vécu comme un scandale. Ensemble, ils décident de s’échapper et de vivre au jour le jour. Un quotidien qui sera ponctué de petits plaisirs et de gros malheurs. Sans vraiment rentrer dans les détails, pour ceux qui s’intéressent vraiment à la vie de l’écrivaine, le film est assez fidèle à sa vie. Si on notera quelques libertés prises et quelques raccourcis, le film demeure proche de la réalité et on ne peut s’empêcher de sentir de l’empathie pour cette jeune femme tempétueuse.

En effet, le film emprunte énormément au genre mélodramatique, mais aussi au film de costume. Ainsi donc, le film est une reconstitution qui essaye de s’approcher le plus possible du réel tout en romançant certaines parties, et notamment la relation qui unit Percy et Mary. Une relation fusionnelle au début, mais qui va vite devenir toxique par la suite. Le côté mélo est très utilisé pour mettre en avant l’amour fou et dévastateur qui va consumer le couple. Percy est un homme joyeux, beau-parleur, mais qui prône un amour libre et cela ne le dérange pas d’avoir des maîtresses ou que sa femme ait des amants. Une relation qui n’est pas au goût de Mary, qui va en souffrir plus d’une fois, même si au bout d’un moment, elle s’adonne aux plaisirs de la chair avec Lord Byron. En créant une relation ambiguë entre les deux personnages, le film va montrer tout le cheminement désespéré de l’écrivaine qui va devoir puiser en elle pour trouver des solutions à tous ses problèmes. Des problèmes de cœur, bien évidemment, mais aussi de conscience quand elle suit son mari lors d’une nuit froide et qu’elle en perd sa première fille. En fait, on va vite s’apercevoir que Mary, malgré son côté rebelle et anticonformiste, va être une victime collatéral de la folie des hommes et de leurs envies.

Le film s’écarte alors volontairement du mélodrame pour proposer autre chose et enclencher le processus créatif de la jeune écrivaine. Loin des conventions, elle va s’inspirer de son vécu, de son amour pour les sciences et de sa répulsion de l’humanité pour écrire son premier livre, son chef-d’œuvre. Alors il est vrai que le film est assez lent et que par moments, il y a une forte baisse de régime qui s’appuie un peu trop sur les relations entre sa sœur et les autres hommes, qui ne se prend pas forcément la tête mais qui a vraiment envie d’être au centre de toutes les attentions. Cependant, pour peu que l’on s’intéresse de près ou de loin à la littérature, le film regorge de petites histoires parallèles vraies, comme le lien ignoble entre Lord Byron, poète et écrivain alors sur le déclin qui va retrouver la gloire avec The Vampyre, mais dont le texte appartient au Dr. Polidori, qui va aller jusqu’au suicide suite à cette histoire. On peut aussi citer les difficultés pour éditer un livre, ou encore la condition de la femme au début du XIXème siècle. Finalement bien loin du simple mélo pénible, Mary Shelley évoque plein de beaux discours qui résonnent encore aujourd’hui et qui fait un joli portrait d’une femme forte et que la vie n’a pas épargnée.

De plus, si le film est lent, il n’en demeure pas moins très beau. La mise en scène d’Haifaa Al-Mansour est élégante et colle finalement parfaitement aux différents thèmes. D’ailleurs, on retrouvera quelques accointances entre la condition de la femme à cette époque et cette d’aujourd’hui dans le pays d’origine de la réalisatrice. Cette mise en scène reflète bien l’aspect poétique du métrage et son amour des mots et de la littérature anglaise de cette époque. Quant aux acteurs, ils sont tous très bons, Elle Fanning en tête, qui tient un rôle pas si évident que cela, entre fragilité et rébellion, et elle est très solide dans ce registre. On aura tout de même quelques réserves sur Douglas Booth et son physique à la Twilight, mais qui reste suffisamment crédible.


Au final, Mary Shelley est un film relativement sympathique qui ne mérite pas vraiment son statut de film lambda. Si on est loin d’autres biopics du même style, ce côté un peu intimiste sert finalement le propos du métrage et sied à merveille à la poésie de l’ensemble. Il s’agit d’un petit film qui sonne à l’oreille, tout en brassant des thèmes importants et finalement, c’est peut-être l’un des plus beaux hommages que l’on pouvait rendre à l’écrivaine.

Note : 14/20

Par AqME

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