Wytches

Auteurs : Scott Snyder et Jock

Editeur : Urban Comics

Genre : Horreur

Résumé :

À travers la planète, siècle après siècle, des femmes et des hommes suspectés de sorcellerie furent brûlés vifs, noyés, pendus, torturés, emprisonnés, persécutés, assassinés. Si aucun de ces malheureux n’a jamais été sorciers ou sorcières, ils sont cependant morts en protégeant un terrible secret : celui de l’existence des véritables sorcières. Des entités ancestrales, sauvages et insatiables pour quiconque pactisera avec elles. De nos jours, après un épisode tragique durant lequel leur fille Sailor fut victime de harcèlement, la famille Rooks choisit de déménager et de se reconstruire en paix, loin de cette pénible expérience. Leur proximité avec la forêt environnante va cependant les exposer à un mal plus ancien que l’humanité…

Avis :

Dans l’imaginaire collectif, la sorcière dispose d’une iconographie assez précise. Bien souvent, son image est représentée sous les traits d’une vieille femme. Chapeau pointu, nez crochu et verrue(s) sont des caractéristiques facilement identifiables et néanmoins surannées. On peut aussi percevoir la sorcière sous des atours séducteurs qui renvoient à ses pouvoirs surnaturels pour emprunter l’apparence d’une jeune femme. De légendes en comptes-rendus de procès, sans oublier les contes, la sorcellerie a été abordée sous tous les angles. Les époques divergent, le traitement des histoires également. Toutefois, l’on rencontre toujours une certaine peur irrationnelle liée à cette figure, car elle est synonyme d’ignorance.

Avec Wytches, Scott Snyder souhaite briser toutes les connaissances que le lecteur possède sur le sujet. Ici, il n’est pas question de sabbat ou de pratiques occultes avec le cortège de symboles qu’elles sous-tendent. Cette volonté de casser les codes se retrouve d’emblée dans l’orthographe aléatoire du terme (en anglais, comme en français). On délaisse également la mécompréhension susceptible de découler du personnage assimilable à un ermite. Contrairement à certains préceptes de la wicca qui joue sur un rapport harmonieux à la nature, le cadre de la forêt s’appuie davantage sur une ambiance oppressante, où l’environnement est le complice passif et hostile des sorcières.

Mais l’aspect fondamental qui distingue la présente intrigue de ce qui a pu être fait auparavant reste le caractère et l’apparence des antagonistes. En l’occurrence, l’auteur s’inspire des capacités anthropomorphiques des sorcières pour donner corps à des créatures qui relèvent plus de l’animal que de l’homme. Leurs traits monstrueux, difformes et malingres renvoient à des êtres primordiaux, presque démoniaques. La relation à l’enfer n’est pas explicite, mais plutôt sous-jacente. L’exploration souterraine dans leur « terrier », l’aspect labyrinthique des galeries, ainsi que la descente progressive et inéluctable dans des profondeurs toujours plus insondables…

Ici, ce n’est pas l’arbre qui cache la forêt. Cette dernière dissimule un univers non pas imprégné par la magie, mais par une connaissance exhaustive (presque surnaturelle) de ce qui régit la vie. La crainte de la mortalité, de la souffrance et de la maladie sont développées de telle sorte à en faire des traits d’égoïsme où l’irrationnel motive les décisions des individus. Les allusions sont subtiles et le traitement maîtrisé. À ce titre, le cœur de l’intrigue renvoie à des connotations très « faustiennes ». La notion de promesse est ici représentative d’un pacte qui ne peut être rompu avec les sorcières. Là encore, la présence du diable n’est jamais très éloignée, mais elle ne s’impose pas dans le sens où on l’entend de prime abord.

La qualité du récit tient également à une caractérisation fouillée et complexe qui délaisse tout manichéisme pour confronter l’homme à ses erreurs, ses défauts. Plus que la crainte de monstres tapis dans l’obscurité, c’est la peur relative à la nature humaine qui reste la plus dérangeante, car elle est avérée et tangible. Le sacrifice d’un être cher, la violence psychologique, les tourments dus à un traumatisme… Autant de points pour aborder deux facettes de l’horreur. L’une fondée sur les légendes et les terreurs de l’enfance. L’autre sur les épreuves de la vie et les rapports sociaux. La relation père/fille est également très vivace, offrant par la même un aspect réaliste et une tension dramatique bienvenus à l’histoire.

À lire les notes en fin d’ouvrage, on sent que Wytches est une œuvre très personnelle, voire cathartique pour Scott Snyder. On songe à son rôle de parent et à ses souvenirs d’enfance. L’auteur démontre une fois de plus son talent pour transcender des figures horrifiques largement surexploitées. Servi par des dessins et un traitement graphique audacieux et percutants (les tâches d’aquarelle et d’acrylique sur certaines vignettes), Wytches se révèle bien plus qu’une simple histoire de sorcières. Ce comics est une œuvre riche et complexe qui entretient son ambiance anxiogène par le biais de personnages écartelés entre leur responsabilité, leur perfectibilité et leurs peurs. Un récit abouti d’une qualité exceptionnelle.

Note : 18/20

Par Dante

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