Amazonia

De : Thierry Ragobert

Avec la Voix de Isabelle Drummond

Année : 2013

Pays : France, Brésil

Genre : Documentaire

Résumé :

À la suite d’un accident d’avion, un jeune singe capucin né en captivité se retrouve brutalement seul et désemparé au cœur de la forêt amazonienne. Il va devoir apprendre à se protéger de la férocité implacable d’une nature toute puissante. Sans repères et confronté aux mille et un périls de l’immensité verte, il lui faudra s’adapter à cet univers inconnu, grouillant, foisonnant, souvent merveilleux mais aussi étrange et hostile.
Héros d’une extraordinaire aventure qui lui fera affronter non seulement ses semblables mais aussi des prédateurs redoutables, des végétaux toxiques et l’Amazone en crue, il va entamer un long voyage qui lui permettra de découvrir enfin sa seule chance de survie : une place parmi les siens…

Avis :

Officier dans le documentaire animalier est une spécialité ardue qui demande de la patience, de la rigueur et de la discrétion. Versé dans ce type de réalisation, Thierry Ragobert s’est déjà illustré dans le domaine, notamment avec La planète blanche. Avec Amazonia (rien à voir avec le film de Mario Gariazzo), le cinéaste souhaite concilier l’approche exigeante propre au documentaire à la scénarisation d’une fiction. Car le présent métrage narre une histoire et non la découverte pédagogique d’un sujet précis. En l’occurrence, l’Amazonie et sa faune, tour à tour menaçante, fascinante et même attendrissante. En cela, on s’éloigne donc d’un truchement des images plus ou moins manipulables pour assumer le concept de base.

L’exploration du poumon vert de la planète se fait par un regard extérieur. Non par celui biaisé de l’homme, mais par un animal domestiqué qui échoue malencontreusement au cœur de la forêt. Le propos est assez ambitieux, car il implique uniquement des animaux ; exception faite de l’introduction et de l’épilogue où l’on aperçoit le pilote et la petite fille « propriétaire » du singe capucin en question. De fait, on devine des conditions de tournage particulièrement délicates pour obtenir les prises de vue et les comportements désirés. L’absence de trucages et d’images de synthèse inopportunes renforce la qualité du travail consenti dans un contexte tout aussi difficile.

La mise en scène tient compte de toutes les échelles de grandeur, à commencer par celle de son protagoniste. D’un environnement hostile, le singe est ici considéré comme un étranger. Est-ce dû à sa vulnérabilité apparente ou au collier qu’il arbore ? La curiosité précède à l’indifférence. L’une des séquences d’ouverture où il traverse un bras du fleuve sur un radeau de fortune est assez explicite face à la faune locale. À ce titre, celle-ci est représentative de la richesse du biotope amazonien. De prédateur à proie, on découvre un panel relativement exhaustif du bestiaire. Dauphin rose, anaconda, mygale, oiseaux, panthère, insectes et autres primates se succèdent à l’écran.

Une cohabitation que l’on devine fébrile où les rapports de force sont souvent impitoyables. De fait, la progression narrative est assez routinière, voire redondante à certains égards. La quête de nourriture, la recherche d’un refuge pour se protéger des intempéries, la fuite des prédateurs… On ressent une certaine volonté d’exposer ce qui caractérise l’Amazonie tout en se confrontant aux difficultés précédemment évoquées. En ce sens, la scénarisation possède des limites évidentes dont la linéarité tient davantage à une histoire dédiée à un public familial, non sans quelques tensions à son actif, qu’à un métrage s’approchant de L’ours ou Deux frères. Des productions où les animaux sont également au centre de toutes les attentions.

Autre particularité du film : l’absence de voix-off. Tout le cheminement de la narration et du rapport de l’œuvre au spectateur passent par l’interprétation seule des images. Ainsi, toute notion d’anthropomorphisme est écartée. Un procédé propre à certains commentaires pour suggérer l’identification des spectateurs aux animaux. Certes, il y a parfois des situations où les relations sont plutôt cocasses, voire surprenantes, dans les réactions constatées. On songe notamment à l’ingestion de champignons hallucinogènes qui entraînent une sorte de délire chamanique. Pour autant, cela n’enlève rien à l’aspect « naturel » de l’intrigue. Si les bruitages sont excellents, on regrettera néanmoins une bande originale trop effacée.

Au final, Amazonia reste un film relativement sympathique, eu égard à sa capacité à mettre en scène des animaux dans leur environnement naturel. Les difficultés de réalisation contrastent avec l’apparente facilité de certaines ficelles narratives. Celles-ci s’appuient sur des enjeux similaires, mais dont la variété ne tient qu’à la différence des intervenants ; proies, comme prédateurs. On appréciera les sons et les ambiances de la forêt, ainsi que des images (panoramas et plans rapprochés) de qualité pour retranscrire le cadre. L’aventure est certes prévisible et cousue de fil blanc, mais suffisamment distrayante pour s’avancer comme un trait d’union entre documentaire et film familial. L’originalité du concept rattrape la simplicité de la scénarisation.

Note : 14/20

Par Dante

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