L’Assassin de ma Sœur – Flynn Berry

Auteure : Flynn Berry

Editeur : Presses de la Cité

Genre : Thriller

Résumé :

Nora, la petite trentaine, prend le train depuis Londres pour rendre visite à sa sœur dans la campagne. À son arrivée, elle découvre que Rachel a été victime d’un crime barbare. Atomisée par la douleur, Nora est incapable de retourner à sa vie d’avant. Des années auparavant, un événement traumatique a ébranlé sa confiance dans la police ; elle pense être la seule à pouvoir retrouver l’assassin de sa grande sœur. Mais isolée dans ce petit village qui chuchote et épie, isolée – surtout – avec les démons de leur jeunesse sacrifiée, Nora devra souvent se battre avec elle-même pour retrouver la vérité sous la surface brumeuse des souvenirs.

Avis :

Dans le domaine de l’édition, il est très compliqué de voir son premier roman aboutir à une publication. D’autant plus quand on officie dans un genre très précis comme le thriller ou l’horreur. Il faut dire que ce sont des types de romans qui ne se vendent pas très bien et qu’il vaut mieux écrire du policier ou des récits de vie pour faire les yeux doux aux éditeurs et à quelques références littéraires qui peuvent décerner des prix. Alors il va de soi que pour vendre un premier roman qui essaye de faire peur, il faut trouver des arguments qui attirent le chaland. Comme par exemple dire que les droits ont été rachetés par les producteurs d’une série devenue culte (ici Stranger Things) ou encore afficher en grand que l’on tient-là le nouveau Broadchurch (autre série à succès). Mais cela suffit-il à rendre un roman intéressant et bon ? La réponse est non.

Loin de moi l’idée de dire que L’Assassin de ma Sœur est un mauvais roman qui alterne entre le thriller et le policier. Cependant, il est tout à fait concevable de dire que la promotion faite autour du roman ne vaut pas un kopeck. L’histoire du livre se déroule en Angleterre aux alentours des périodes de fête de fin d’année. Nora vit à Londres et part rejoindre sa sœur dans un bled paumé où il ne se passe jamais rien. Sauf qu’en rentrant dans la maison de sa sœur, elle la retrouve morte, assassinée, ainsi que son chien de défense pendu par la laisse. Nora appelle alors la police et on va suivre aussi bien l’enquête que les atermoiements de Nora, puisque la narration est à la première personne. Et ça va être là le plus gros souci de ce roman. En effet, l’auteure prend la place de son personnage et ne livre que le point de vue de Nora. Ainsi donc, on va avoir droit à tout son cheminement psychologique pour faire son deuil, mais aussi retrouver l’assassin de sa sœur. On aura donc une espèce de double enquête, avec d’un côté la police qui piétine, et de l’autre Nora qui tente d’harceler un voisin, persuadée qu’il est le tueur. Le défaut, c’est que l’on va avoir droit à un personnage absolument détestable, qui va se remémorer des souvenirs avec sa sœur et qui va par la même occasion la détester. Ajoutons à cela qu’elle va carrément harceler un voisin innocent, et on obtient un personnage principal que l’on va haïr et il va falloir se la taper durant plus de 260 pages.

Outre le fait de ne sentir aucune empathie pour « l’héroïne », on va aussi avoir droit à notre lot de personnages tous plus dépressifs les uns que les autres et parfois à peine esquissés, avec juste leur prénom d’évoquer. De ce fait, on se perd complètement dans l’arborescence des protagonistes. Nora a une filleule, une tante, et quelques amis, mais on se perd dans les prénoms et du coup, on n’aura aucune attache particulière. Même Keith, le voisin, n’aura que peu d’intérêt, si ce n’est d’être harcelé et de cacher un secret que l’on connait d’avance. L’auteure ne s’attache pas vraiment à ses personnages, mais plutôt aux décors de son roman et à certains lieux. Par exemple, on aura droit à de grandes descriptions de la Cornouailles ou d’autres lieux emblématiques de l’Angleterre. Malgré tout, cela ne servira pas à grand-chose dans l’histoire si ce n’est instaurer une ambiance assez froide, voire carrément mélancolique. Et si d’un côté cette ambiance contribue à notre ressenti un peu horrifique, on ressentira aussi une grande lassitude. C’est très lent, c’est très dépressif et au final, on s’ennuie ferme dans cette lecture.

Fort heureusement, l’auteure possède un joli style et arrive à garder le suspens de façon assez constante grâce à un rythme soutenu de chapitres très courts (parfois une page). Du coup, le roman se lit assez vite et on reste accroché aux lignes pour savoir le dénouement de cette histoire. Un dénouement qui risque fort de décevoir aussi et pour une bonne raison, il est impossible pour le lecteur de deviner qui est vraiment l’assassin. Flynn Berry s’évertue à brouiller les pistes, essayant de faire croire qu’un tel ou un tel est un possible suspect, mais la résolution sera inopinée et fera intervenir une sorte de Deux Ex Machina improbable, ou tout du moins imprévisible et donc indétectable pour le lecteur. Et le plaisir dans un roman policier ou un thriller, est de tenter de découvrir qui est le possible assassin parmi les personnages que l’on a croisés, mais lorsque celui-ci nous rouble avec un diable qui sort de sa boîte, c’est relativement frustrant. Et c’est le cas ici.

Au final, L’Assassin de ma Sœur est un roman qui balance entre le policier classique et le thriller horrifique à tendance « whodunit » mais sans réel génie. On reste dans une histoire très classique, qui existe grâce à un certain talent d’écriture et un rythme plutôt soutenu au niveau de la longueur des chapitres, donnant l’impression d’être dans un page turner basique. Bref, un roman dont les droits ont été achetés pour en faire une série, mais on a peu hâte de voir ce que cela va donner.

Note : 10/20

Par AqME

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