Les Profs

De : Pierre François Martin-Laval

Avec Christian Clavier, Isabelle Nanty, Pierre François Martin-Laval, Kev Adams

Année : 2013

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Avec ses 12% de réussite au bac, le lycée Jules Ferry est le pire lycée de France. Ayant déjà épuisé toutes les méthodes conventionnelles, l’Inspecteur d’Académie, au désespoir, s’en remet aux conseils de son Adjoint. Ce dernier lui propose de recruter une équipe de professeurs selon une nouvelle formule : aux pires élèves, les pires profs pour soigner le mal par le mal… C’est sa dernière chance de sauver l’établissement, à condition de dépasser le seuil des 50% de réussite au bac. L’inspecteur accepte, pour le meilleur… et pour le pire.

Avis :

Le monde de la bande-dessinée franco-belge est impitoyable. En effet, il arrive que certaines maisons d’édition n’hésitent pas à annuler une série qui ne marche pas au niveau des ventes, ou alors qui demandent à ce que la série soit écourtée. Si cela génère de la frustration chez le lecteur, cela peut aussi coûter la réputation d’un scénariste ou d’un dessinateur. Pour voir les séries qui cartonnent, c’est assez facile, cela se voit au nombre de tomes au sein de la saga. Cela signifie que les ventes se portent tellement bien que l’on autorise à sortir des tomes à rallonge. C’est le cas par exemple de Les Profs chez Bamboo éditions, qui en est à son vingt-et-unième. BD qui se présente sous la forme de 48 planches avec une histoire courte pour chacune, Les Profs a séduit le réalisateur français Pierre François Martin-Laval qui a décidé d’en faire un film. Doit-on s’en inquiéter ? Bien entendu. Entre un humour potache complètement débile, des personnages insupportables, une morale douteuse et une absence notoire d’histoire, on peut largement dire que Les Profs est un portage fidèle de la BD dans tout ce qu’elle a de médiocre.

Déjà, le pitch de base est complètement con. On se retrouve dans un lycée rural qui est à l’agonie puisque chaque année, les résultats au bac sont catastrophiques. Le recteur académique, sous les conseils avisés de son conseiller, décide alors d’envoyer les sept pires professeurs dans l’établissement dans l’espoir d’inverser la tendance. Oui, c’est complètement stupide et cela n’a aucun sens. Enfin si, on va rapidement voir que le conseiller lorgne le poste de recteur et que s’il fait cette magouille, c’est pour faire virer son patron et prendre sa place. En fait, cette pseudo histoire n’est qu’une excuse pour mettre en avant sept professeurs à côté de leur pompe et qui n’auront que des rôles fonctions. Ainsi donc, on aura droit au prof de maths fainéant, à la prof de français ultra sexy, à la prof d’anglais violente, au prof de sport con comme ses pieds, au prof de philo que l’on ne comprend pas, au prof d’histoire obnubilé par Napoléon et au prof de chimie qui foire toutes ses expériences. Le fleuron de l’éducation nationale donc pour tenter de donner goût aux élèves d’apprendre. Le problème, c’est que ces personnages n’auront aucune épaisseur.

Le film durant moins d’une heure et demi, il fallait que le réalisateur fasse vite. Ainsi donc, un peu comme la BD, le film va engranger les vannes dans chaque classe dans l’espoir de faire rire. Malheureusement, le burlesque est poussé beaucoup trop loin et on aura droit à des situations au mieux ridicules, au pire gênantes. Je veux dire, entre une Isabelle Nanty au push-up exacerbé qui balance des craies dans la tronche de ses élèves et un Christian Clavier amorphe qui fait la sieste dans un hamac, on est dans quelque chose qui peut fonctionner sur une planche de dessin, mais certainement pas dans un film qui ne s’assume qu’à moitié. Il ne s’assume qu’à moitié parce que le burlesque ne se voit que sur les personnages et jamais sur les décors ou sur l’ambiance recherchée. En dehors des profs et de quelques élèves débiles (Kev Adams en tête qui n’a pas dû trop forcer), on reste sur des décors basiques, moches, avec une photographie lambda qui montre finalement le je m’en foutisme du projet. Et le pire dans tout ça, c’est que les personnages ne sont pas travaillés. Boulard est un élève constamment en retard mais c’est tout ce que l’on saura sur lui. Nectarine est la bonne élève du lycée et elle va en prendre plein la tronche, mais c’est tout. Et pour ce qui est du passif des profs, ou encore de leur relation, on repassera. Bref, on est juste là pour faire des vannes, sans jamais se poser la question de comment on va raconter notre histoire.

Et le pire dans tout ça, c’est que même les blagues sont ratées. Alors oui, il y en a une paire qui sont plutôt drôles, parce qu’en tant que prof, il peut arriver de faire ce genre de vanne toute pourrie comme nettoyer le tableau alors qu’il n’y a rien dessus. C’est gentil, c’est inutile, mais ça peut faire son petit effet. Cependant, il y a d’autres moments qui sont abominables et proprement infects. On pourra même y déceler des pointes de racisme, comme le gros maghrébin qui bouffe constamment et qu’on lui ressasse sans arrêt que c’est un kebab, un tajine ou du couscous. Ou encore l’asiatique qui pleure en disant qu’il va devoir faire des nems toute sa vie. De petites piques raciales qui ne sont pas drôles du tout et qui enfoncent le film dans les méandres de la médiocrité. Une médiocrité qui se ressent même dans le message que veut faire passer le film. Pour faire simple, on fait passer les profs pour des imbéciles incompétents mais avec un grand cœur. Sauf que ce grand cœur, il demeure opportuniste car les profs en question sympathisent fortement et ne veulent pas se séparer à la fin de l’aventure, c’est donc pour cela qu’ils sont prêts à tout pour que les élèves réussissent. Ainsi donc, le fond du problème est proprement nauséabond, ou tout du moins très malhabile, même si on peut émettre un doute lorsque les profs commencent à prendre des élèves filles sur leurs genoux et à leur faire des bisous. Tout comme l’on présente les élèves comme des branleurs patentés, sauf pour une jeune fille qui va finalement devenir une cagole sur la fin du métrage avec une réplique ignoble. Le seul moment un peu vrai là-dedans concerne la prime ridicule reçue à la toute fin du métrage, preuve que notre gouvernement se fout pas mal de nos fonctionnaires.

Au final, Les Profs est une purge infâme, un produit destiné à un public jeune qui va juste voir des professeurs débiles faire des choses complètement débiles, voire hors de propos. On se retrouve donc face à un film à la morale plus que douteuse, à l’humour largement à la ramasse et avec des acteurs qui en font des caisses dans l’espoir de susciter le rire. En bref, Les Profs est un film qui mérite bien sa réputation de navet intersidéral dont l’intérêt est encore inconnu. Et dire qu’une suite a vu le jour…

Note : 02/20

Par AqME

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net