Emigrate – A Million Degrees

Avis :

Quand on fait partie d’un gros groupe ultra connu, il est assez difficile de monter un projet solo derrière. En effet, on peut voir cela comme une trahison, une volonté de s’émanciper, et parfois, on a l’impression que c’est pour refaire la même chose, mais en solo. C’est un peu ce qu’il se passe par exemple pour Serj Tankian qui semble faire la même recette qu’avec le groupe System of a Down. Néanmoins, le constant est relativement différent pour Richard Z. Kruspe, guitariste de Rammstein. Alors que ce dernier a annoncé qu’il quitterait peut-être le groupe après le prochain album, il en profite pour sortir le troisième album de son side project Emigrate. Chanteur et guitariste sur ce projet solo qui existe depuis 2007.  Richard Z. Kruspe a longtemps hésité avant de revenir. Entre un manque de créativité et une inondation qui lui a coûté tous ses disques durs, il a décidé de repartir de zéro avec cet album et donc de proposer quelque chose de complètement différent. Et en l’état, on ne peut que saluer cela, cette volonté de se démarquer de Rammstein, de ne pas faire la même chose pour avoir une certaine marque identitaire. Le problème, c’est que parfois, Emigrate manque de mordant et cet album ne fait pas exception à la règle.

Le skeud débute avec War, et on pourrait presque croire à du Rammstein. Entre des riffs très lourds et une ambiance un peu arabisante à base de claviers rappelant le métal indus du mastodonte allemand, Emigrate refait un peu la même recette tout en gardant un aspect plus calme, moins virulent, moins lourd. Et c’est en cela que le groupe se démarque réellement, en puisant des références dans d’autres genres, allant du rock à la pop en passant par des moments plus synthwave. A titre d’exemple 1234, avec un membre de Billy Talent, est un monstre hybride entre riffs lourdingues et couplets presque punk dans l’âme. Le titre est efficace et montre la volonté de Kruspe à proposer autre chose que des sons ressemblant à son groupe originel. Même si on retrouve parfois des moments qui rappellent Rammstein, on restera dans quelque chose de plus sage, de plus accessible au plus grand nombre. Spitfire en est un exemple assez pertinent, puisqu’il s’agit d’un morceau court, intense, catchy, mais aussi assez nerveux dans ses riffs. Cependant, les meilleurs titres seront étonnement ceux qui  s’écartent assez grandement de ce que propose habituellement le guitariste allemand. Ainsi, avec A Million Degrees, l’aspect pop gagne en intérêt lors du refrain entêtant à souhait. Et avec Lead You On, en duo avec Margaux Bossieux, membre occasionnel d’Emigrate, on ressent cette envie de rester dans un métal indus tout en y apportant une touche de légèreté. Bref, on est évidemment loin de la qualité d’un Rammstein, mais cela reste assez intéressant.

Malheureusement, tout n’est pas vraiment rose dans cet album et si les morceaux précités sont assez bons, voire plaisants, ils demeurent trop gentillets et assez conventionnels. C’est-à-dire que si c’était quelqu’un d’autre que Richard Z. Kruspe, membre éminent de Rammstein, qui proposait cet album, cela aurait eu moins de retentissement. Et certains titres ne sont vraiment pas terribles. On peut par exemple citer le pénible We Are Together, qui tire sur la corde du mid-tempo et qui s’avère presque insupportable ou encore le très faiblard You Are so Beautiful qui ressemble à s’y méprendre à un titre pop radiophonique, puisant sa référence dans du punk californien post 2000 à la Blink-182. Un choix surprenant et finalement peu payant. On peut aussi évoquer Hide and Seek qui fait irrémédiablement penser à Tainted Love version Marylin Manson, mais sans le côté sulfureux. On ressent une envie de mélanger les genres, d’affirmer sa différence, mais bien souvent cela ne passe pas vraiment. Le pompon revenant à We Are Together, certainement le pire titre de l’album. Fort heureusement, un titre pop sort du lot, avec Let’s Go et la participation surprenante de Till Lindemann qui ajoute sa voix grave à un rythme plus lent, plus posé et un titre presque apaisant. Le refrain est catchy à souhait et l’ensemble fonctionne parfaitement. En fait, on sent qu’avec cet album, dans sa globalité, Richard Z. Kruspe essaye vraiment de montrer ses talents de guitariste avec quelques solos bien sentis, mais ils sont noyés dans la masse et du coup, passent plutôt inaperçus.

Au final, A Million Degrees, le dernier album en date d’Emigrate, le groupe du guitariste de Rammstein, est une galette assez surprenante, mais pas forcément dans le bon sens du terme. Si certains titres sortent vraiment du lot et s’avèrent très agréables malgré leur côté pop ou rock, d’autres sont des calvaires à écouter, à cause de leur longueur ou de leur penchant à vouloir s’émanciper à tout prix du groupe allemand et donc à proposer des moments lénifiants. Bref, un album qui souffle le chaud et le froid et qui a du mal à s’imposer pleinement.

  • War
  • 1234 feat Benjamin Kowalewicz
  • A Million Degrees
  • Lead on You feat Margaux Bossieux
  • You are so Beautiful
  • Hide and Seek
  • We are Together
  • Let’s Go feat Till Lindemann
  • I’m Not Afraid feat Cardinal Copia
  • Spitfire
  • Eyes Fade Away

Note: 11/20

Par AqME

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