Undercover – Une Histoire Vraie – Mini Deal

Titre Original : White Boy Rick

De : Yann Demange

Avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley, Jennifer Jason Leigh

Année: 2019

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame, Policier

Résumé :

À Détroit, dans les années 80, au plus fort de la guerre contre l’épidémie de crack, voici l’histoire vraie d’un père d’origine modeste, Richard Wershe, et de son fils, Rick Jr., un adolescent qui fut informateur pour le compte du FBI, avant de devenir lui-même trafiquant de drogue, et qui, abandonné par ceux qui l’avaient utilisé, fut condamné à finir ses jours en prison.

Avis :

Réalisateur français, mais ayant vécu et travaillé une très grande partie de sa vie en Angleterre, Yann Demange a surpris tout le monde en 2014 avec son premier film, l’excellent « ’71« . Emmené par Jack O’Connell, le réalisateur nous avait livré un film puissant et palpitant dans un Belfast en pleine guerre civile entre protestants et catholiques, anglais et irlandais. Pour ce film, Yann Demange avait reçu le prix du meilleur réalisateur à la dix-septième cérémonie des British Independent Film Awards. Avec une telle claque, je dois avouer que j’attendais avec une certaine impatience n’importe quel film suivant du réalisateur et nous y voilà, quatre ans plus tard, Yann Demange a quitté les Terre d’Angleterre pour celles des États-Unis.

Revenant en compagnie de Matthew McConaughey et d’un jeune acteur dont c’est le premier passage à l’écran, pour son second film, Yann Demange nous plonge dans l’histoire vraie d’un jeune qui va être trahi et oublié. Si l’intrigue est bonne, je dois dire que malheureusement, j’en ressors quelque peu déçu. Alors non pas que le film soit mauvais, loin de là, il a même des côtés très intéressants, mais « Undercover … » est loin de la virtuosité et l’empreinte de « ’71« . Ici, Yann Demange nous entraîne dans un film bien trop propre pour ce qu’il nous raconte et finalement, on passe notre temps à attendre qu’ »Undercover … » finisse par décoller.

Détroit dans les années 80, comme une grande partie de l’Amérique, la ville lutte contre l’épidémie de consommateurs de crack qui sévit. Richard Wershe et son fils, des hommes qui viennent d’un milieu modeste, vont tous deux devenir informateurs pour le FBI. Mais très vite, ils vont se prendre au jeu et sous couvert d’informations, ils vont devenir eux-mêmes vendeurs de crack. Une ascension qui va être alors aussi rapide que sa descente en enfer…

« Undercover – une histoire vraie » est un film devant lequel je ressors assez partagé, car si d’un côté, ce deuxième film signé Yann Demange m’a offert de bons moments et des sujets intéressants, il m’a aussi déçu dans un autre sens, car en plus d’être bien trop propre et lisse pour un sujet pareil, il manque à « Undercover … » ce quelque chose qui illumine le film et le rend aussi passionnant que marquant et tendu.

Comme je suis un éternel optimiste et que j’ai plutôt tendance à voir le verre à moitié plein, je vais commencer par ce qui est bon dans « Undercover … », car le film a de beaux arguments pour lui et le premier qui me vient en tête, c’est le portrait du rêve américain que brosse là Yann Demange à travers cette histoire. « Undercover … », c’est avant l’histoire d’une pauvreté et de débrouillardises pour arriver à survivre et peut-être même toucher du doigt certains rêves. Plongé dans les années 80, le film se déroule entre 1983 et 1988, Yann Demange met en scène ici des gens normaux pris au piège de leur condition. « Undercover … », de ce côté-là, est un film touchant qu’on aime suivre. Pour dire, c’est même toute cette réflexion sur l’american dream qui m’a le plus intéressé dans ce film.

« Undercover … », c’est aussi une très belle plongée dans les années 80 avec une mise en scène qui reconstruit bien son époque, avec des costumes, un poil tirés dans le cliché, mais qui arrivent à trouver leur charme. Toujours pour rester d’époque, « Undercover … », c’est une mine d’or musicale. Si l’on restera déçu de la BO de Max Ritcher qui est ici insignifiante, on prendra notre pied avec les titres et les samples soul, disco et funk que Yann Demange a réuni pour habiller son histoire.

Enfin, « Undercover … », comme on se l’imagine, c’est aussi pour la plupart de très bons acteurs à commencer par Matthew McConaughey qui est absolument impeccable en père aimant certes, mais instable. Un père qui essaie de s’en sortir comme il peut et de se rattraper, ce qui est loin d’être évident. On saluera aussi la composition de Bel Powley. L’actrice qu’on avait repérée dans le terrible « Detour » de Christopher Smith, confirme tout le bien qu’on pense d’elle.

Mais comme je l’ai dit plus haut, si « Undercover … » a des qualités, il a aussi ses défauts et la première chose qui vient en tête, c’est son intrigue, qui finalement, plus on y repense, et plus elle apparaît comme brouillonne. Le film use d’ellipses qui ont parfois vraiment du mal à fonctionner, car elles perdent le spectateur dans la timeline. De plus, l’intrigue a parfois des rebondissements confus, et on ne comprend pas vraiment les tenants et les aboutissants même si sur l’ensemble du film, ça peut aller, et finalement, l’intrigue générale se suit, et parfois non sans plaisir.

De plus, le rythme n’est pas vraiment là. Enfin, il est là, mais le film laisse croire qu’il va finir par apporter plus, comme s’il ne demandait qu’à décoller, mais au final ça n’arrive pas. Yann Demange fait du basique, du déjà-vu et certes ça fonctionne, mais quand on sait la claque immersive qu’est « ’71« , on ne peut qu’être déçu d’un film si commun dans sa mise en scène. Un film qui de surcroît est bien trop propre sur lui. Certes, Yann Demange s’interroge bien plus sur les relations père/fils ici que le milieu dans lequel son héros évolue. On traîne dans le milieu d’une petite mafia locale, mais l’on ne craint aucunement pour ces personnages.

Et en parlant de personnages, si le film en détient des très beaux, il en détient aussi des anecdotiques. Des personnages survolés et parfois inutiles, qui existent simplement parce qu’ils sont tenus par des acteurs fabuleux.

Et enfin, dernier hic, et c’est peut-être le plus important, c’est son jeune héros tenu par le tout jeune et débutant Ritchie Merritt et franchement, on n’y croit pas vraiment. Plus tête à claques qu’autre chose, on suit son parcours avec intérêt, car les sujets sont forts et bien écrits, pas parce que l’acteur est bon et ça, c’est vraiment dommage.

Je ressors donc déçu du nouveau film de Yann Demange. « Undercover – une histoire vraie » se suit et se regarde avec de l’intérêt, et l’on peut y passer un bon moment devant à la simple condition de ne pas trop aller creuser plus loin que ça. « Undercover … » détient toutefois de très bons sujets qu’il sait exploiter, il tient de très bons comédiens et sur l’ensemble son histoire vaut le coup d’être racontée. Donc, malgré mes déceptions, ce deuxième film mérite qu’on s’y arrête au moins une fois, ne serait-ce que pour la description de cette pauvreté et des envies de s’en sortir de sa population. Ou encore pour cette histoire vraie, assez folle et surtout terrifiante.

Note : 13/20

Par Cinéted

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