Sons of the Devil

Auteurs: Brian Buccellato et Tony Infante

Editeur : Glénat

Genre : Horreur

Résumé :

Travis est un type comme les autres : il a un chien, un boulot médiocre, un patron odieux et il a peur de s’engager avec sa copine. Sauf que Travis a un certain penchant pour la violence. Orphelin de naissance, il se dit que son enfance difficile explique probablement ses déviances. C’est alors que son frère adoptif lui remet la carte d’un groupe d’entraide pour orphelins devenus adultes. Alors qu’il se rend à une première réunion, Travis retrouve son passé et découvre que sa véritable famille est liée à un obscur culte démoniaque…

Avis :

Lorsqu’on évoque les sectes, notamment les mouvements sataniques, plusieurs images viennent à l’esprit. Dans un premier temps, on peut s’attarder sur un terreau « historique » né sur les fondamentaux de l’occultisme et de l’ésotérisme avec des figures jugées charismatiques telles qu’Aleister Crowley ou Anton LaVey. À cela s’ajoutent également des symboles facilement identifiables, comme le pentacle inversé à cinq branches ou la tête de bouc. Qu’il s’agisse de légendes urbaines ou de faits divers sordides, le sujet est aussi bien exploité dans le domaine de la littérature ou du cinéma. L’imaginaire collectif associé à des idées reçues a tôt fait de former un mariage propice à des intrigues à la fois glauques et violentes.

Pour des raisons évidentes, le satanisme est particulièrement adapté au thriller et à l’horreur. Avec Sons of the Devil, on touche à ces deux registres sans distinction aucune. Une dualité qui, dans le cas présent, joue de complémentarité pour exploiter la thématique sous ces deux principales facettes. À savoir, la notion de mal à l’échelle humaine et celle relative au diable en personne. Cet amalgame se veut plutôt bien maîtrisé dans sa progression et la présentation des faits. Pour venir l’appuyer, l’intrigue se construit sur deux lignes temporelles distinctes : la fin des années 1980 et 2015. Fort heureusement, l’alternance entre ces deux fils conducteurs ne nuit en rien à l’intelligibilité de l’ensemble.

Le passé donne des clefs sur les événements perturbateurs dont le protagoniste est aussi bien témoin que sujet. De même, cette période permet de développer le fonctionnement de la secte. Certes, la présence d’un gourou, l’esclavage sexuel des femmes et la procréation à outrance ne surprendront personne, du moins les lecteurs et lectrices versés dans le sujet. Pour autant, la progression s’attarde sur l’emprise psychologique et physique du gourou sur ses fidèles. Si ce n’est un contexte différent (les années 1980 et non les années 1960), les auteurs se sont clairement inspirés de la famille de Charles Manson. D’ailleurs, l’antagoniste s’avance comme sa représentation fictionnelle ; les yeux vairons en plus.

La trame du présent est un peu plus déconstruite, car Travis, le personnage principal, n’a pas de passé, encore moins de souvenirs auxquels se raccrocher. De fait, ses actes et réactions ne sont pas guidés par l’intellect ou des repères moraux, mais par la colère. Une sensibilité à fleur de peau qui contribue à ce que les mauvais choix s’enchaînent non par un simple concours de circonstances, mais par une succession de décisions sommaires, voire difficilement admissibles. On reste donc partagé par cet individu, sorte d’anti-héros pas forcément assumé, qui multiplie les bévues. Malgré le désarroi qui l’habite, son rejet de toutes normes sociales, y compris avec sa compagne, tend à créer un manque d’empathie flagrant à son égard.

Si l’ambiance du comics s’avère glauque à souhait, elle demeure néanmoins plus timorée qu’escomptée en ce qui concerne la violence graphique. On dénotera quelques séances de tortures dont on ne découvre que la finalité, ainsi que des combats de rue vite expédiés et sans grandes conséquences. L’approche privilégie davantage le suggestif, ce qui est assez étonnant pour un sujet où le décorum occupe une importance particulière. On aurait seulement apprécié, un positionnement plus marqué sur l’entourage de Travis prompt à fournir une sensation oppressante, voire paranoïaque, relative à l’instauration d’un complot autour de sa personne.

Au final, Sons of the Devil est un comics qui interpellera les amateurs de récits sataniques. Le ton donné et les propos tenus ne s’encombrent guère d’un second degré malvenu pour mieux se concentrer sur la descente aux enfers progressive et inéluctable de son protagoniste. Le rythme ne souffre d’aucun heurt et fait s’enchaîner les séquences avec une certaine fluidité. On regrette néanmoins que l’histoire semble rester trop en retrait de ce qu’elle suggère, comme l’invocation du diable ou le sacrifice des enfants. Entre thriller et horreur, une œuvre foncièrement mature et intéressante qui aurait gagné à peaufiner quelques détails, notamment sur la forme pour se révéler percutante et dérangeante.

Note : 14/20

Par Dante

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