Aquaman – Le Thon Monte chez DC

De : James Wan

Avec Jason Momoa, Amber Heard, Patrick Wilson, Willem Dafoe

Année: 2018

Pays: Etats-Unis

Genre: Super-Héros

Résumé :

Les origines d’un héros malgré lui, dont le destin est d’unir deux mondes opposés, la terre et la mer. Cette histoire épique est celle d’un homme ordinaire destiné à devenir le roi des Sept Mers.

Avis :

Dans la guerre qui oppose Marvel à DC au cinéma, on peut clairement dire que ce dernier est grandement à la traine. Non seulement sur le nombre de films, mais aussi et surtout sur la qualité des films. Pourtant, les choix de Warner étaient assez intéressants, privilégiant les réalisateurs avec une patte graphique plutôt que les yes men dont la qualité artistique disparaît au profit des exigences de studios. Le problème avec Warner, c’est qu’ils n’arrivent pas à garder la patine de certains de leurs réalisateurs, préférant mettre de l’humour, raccourcir certaines histoires, et même saccager certains projets au point de donner au spectateur un cadavre encore fumant (Justice League). Entre Zack Snyder, David Ayer ou encore Patty Jenkins, on ne peut pas dire que ces cinéastes aient brillé grâce à leur film chez Warner et DC. Cependant, avec le projet Aquaman, on pouvait avoir quelques espérances, car c’est James Wan derrière la caméra. Issu du cinéma horrifique (Saw, Insidious, Conjuring), le réalisateur américain avait surpris tout le monde en faisant le meilleur opus de la licence Fast & Furious avec un épisode 7 de haute volée d’un point de vue formel. Allait-il réussir un nouveau coup dans le domaine du super-héros ? Oui et non.

Aquaman est clairement un film hybride qui se cherche durant beaucoup de phases et qui se fait côtoyer des univers radicalement différents. Le film possède de bons points, mais il possède aussi de nombreuses faiblesses qui viennent entacher un divertissement pop-corn basique mais qui tente d’avoir un fond et c’est déjà pas mal. Pour la petite histoire, nous sommes face à une Origin Story, et on va avoir droit à la jeunesse d’Arthur Curry, de son rattachement à la terre mais aussi à la mer du côté de sa mère. Mais alors que les océans grondent après les « surfaciens » qui polluent et deviennent de plus en plus menaçants, Orm, demi-frère d’Aquaman, décide de s’octroyer le trône et de rallier les différents gérants des mers pour mener la guerre contre l’humanité. Alerté par Mera, Arthur décide alors de se lancer dans le combat contre son demi-frère, mais pour cela, il va devoir revendiquer le trône et donc son droit d’ainesse. Globalement, l’histoire de base se veut un duel fratricide avec à la clé une place sur le trône de l’Atlantide. Un conte comme en connait beaucoup et qui ne recèlera que peu de surprises, que ce soit dans son déroulement linéaire ou dans sa résolution que l’on connait à l’avance. L’intelligence du film se trouve un peu loin.

En effet, Aquaman est un film de super-héros mais qui essaye de paraître intelligent. Derrière son rythme nerveux qui laisse que peu de répit, le film va tenter de parler de la pollution des océans et il contient un petit pamphlet écologique. Petit, car tout cela ne va rester qu’en surface, au détour de deux ou trois images de journal télévisé, et pour le reste, ce ne sera quasiment plus évoqué. D’ailleurs, on notera quelques petits détails étranges, comme le fait que Mera cache son véhicule dans des conteneurs se trouvant sous l’eau, objet polluant donc. Mais le vrai fond du film ne se trouve pas tellement dans son brûlot écolo, mais plus dans cette volonté de montrer que le métissage est une chance. Arthur possède des gènes terriens et des gènes de l’Atlantide, et de ce fait, il est un bâtard qui a une double vision des choses. Son éducation prône la tolérance envers chacun et la nécessité de voir les choses de façon globale avant de juger. Et c’est grâce à cela qu’il est un vrai roi, car il se bat pour tout le monde et pas uniquement pour son peuple. Une phrase qui sera dite au détour d’un discours très intéressant et qui montre finalement l’universalité du personnage. Un message plein de tolérance donc, si important en ces temps troublés avec une montée de l’obscurantisme et de l’égoïsme masqué sous un pseudo mouvement populaire.

L’autre facette intéressante du film provient bien évidemment de sa mise en scène. James Wan est un vrai auteur sincère et certains de ses tics de réalisation reviennent dans ce métrage. Nous aurons donc droit à des plans-séquences très convaincants, notamment lorsqu’il y a de l’action, et d’autres moments seront plus épiques, surtout lorsqu’il faut faire des plans très larges. A titre d’exemple, lorsque Arthur et Mera plonge dans l’univers de la Fosse, on a vraiment l’impression de voir un tableau représentant la plongée dans les entrailles des enfers. C’est très beau et le film demeure bien chatoyant, ce qui change un petit peu du côté dark de DC, parfois trop prononcé. Seulement voilà, Aquaman souffre aussi de plusieurs scories au sein même de la réalisation. L’ensemble fait très superficiel et les effets spéciaux, bien que très convaincants, sonnent faux et empêchent une vraie projection au travers de l’histoire. C’est bien simple, même certains passages sur terre semblent être filmés sur fond vert et cela se voit vraiment. C’est assez étrange de la part de James Wan, qui est un vrai artisan et qui tente des choses qui ici, dénaturent un peu son boulot. Alors il y a bien évidemment une recherche sur l’univers, qui met en corrélation l’univers aquatique avec un univers de science-fiction (par moments, on se croit en pleine galaxie) mais tout ça manque cruellement d’humanisme dans l’image.

Ensuite, il y a un vrai problème de tonalité dans le métrage. Les évènements qui arrivent sont relativement graves, comme ce tsunami géant qui renvoie les navires de guerre sur les côtes, ou encore une bataille dantesque qui fait rage dans les océans, et pourtant, on se retrouve avec un humour au ras des pâquerettes. C’est bien simple, certains passages frôlent l’insulte et dédramatise une bonne montée en tension. Ce fut déjà le cas pour Justice League, et parfois, on a pu voir Aquaman faire des vannes bien beaufs, mais là, ça n’a pas vraiment sa place et ça reste très étrange. Le pire étant lorsque des bikers veulent faire un selfie avec le héros en sortant un téléphone à la coque rose. Non seulement c’est naze, mais en plus de cela, ça fait retomber le film dans une sorte de cahier des charges à remplir absolument et c’est presque triste. Fort heureusement, Jason Momoa est ultra convaincant dans le rôle et il semble s’amuser comme un petit fou dans ce film et dans ce personnage. Pour l’accompagner, on retiendra un Patrick Wilson à la peau lisse comme un bébé et qui demeure assez transparent, une Amber Heard divine mais quasiment inutile, un Willem Dafoe inexistant ou encore un Dolph Lundgren en roi des mers influençable et fatigué. Bref, un casting qui, là-aussi manque de panache et ce n’est pas le visage lisse de Nicole Kidman qui dira le contraire.

Au final, Aquaman est un film assez difficile à juger ou à classer de par ses deux extrémités qui se font face. D’un côté, on reconnait la patte de James Wan qui tente des choses en faisant un film très « comics » dans le visuel et qui tente d’imposer parfois une imagerie plus glauque que d’habitude (on aura même une référence à Lovecraft en début de film avec L’Horreur de Dunwich ou encore au film Les Dents de la Mer), mais de l’autre, le mauvais goût refait de temps à autre surface avec une BO qui souffle le chaud et le froid (le rap d’Africa de Toto est insupportable comme la musique du générique final), un humour complètement aux fraises et surtout, une surenchère de CGI qui dénature le tout. Aquaman reste une œuvre étrange, hybride, rythmé, parfois galvanisante et d’autres fois sidérante de bêtise, prouvant encore une fois que DC se cherche, mais semble être sur la bonne voie. Maintenant, on espère voir James Wan sur un projet plus personnel.

Note : 12/20

Par AqME

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