Mektoub My Love – Canto Uno

De : Abdellatif Kechiche

Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Lou Luttiau

Année : 2018

Pays : France

Genre : Drame, Romance

Résumé :

Sète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier, et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin – le mektoub – peut décider.

Avis :

Abdellatif Kechiche, dans le paysage du cinéma français, c’est une institution à lui tout seul. Abdellatif Kechiche, c’est un réalisateur en qui pas grand monde ne croyait et pourtant, au fil des années 2000, il s’est imposé, au point de collectionner pas moins de six Césars, une Palme d’Or, beaucoup de succès en salle, et petit bonus, il nous a révélé Sara Forestier, Hafsia Herzi ou encore Adèle Exarchopoulos. Cinq ans après le polémique, aussi adulé que controversé et recompensé « La vie d’Adèle« , Abdellatif Kechiche était de retour pour un film fleuve de trois heures, basé dans le sud de la France.

Le cinéma d’Abdellatif Kechiche est un cinéma que j’aime autant que son contraire. Si j’ai adoré des films comme « L’esquive » ou « La vie d’Adèle« , je dois aussi dire que des films comme « Vénus noire » ou « La Graine et le Mulet« , surtout « La Graine et le Mulet« , m’ont laissé très dubitatif et embêté. Je ne peux donc pas dire que je me lançais dans « Mektoub my love : canto uno » avec toutes les assurances. C’est même le contraire, trois heures de film de vacances, le film avait de quoi faire « peur » et finalement, même si ce nouveau chapitre de la filmographie d’Abdellatif Kechiche est bien trop long, le moment ne fut pas si désagréable que cela.

Amin, un jeune homme d’une vingtaine d’années, vit à Paris depuis peu. Pour l’été, il revient passer les vacances chez lui, àSète. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie, Ophélie, Amin observe ses amis, sa famille et les différentes personnes qui vont croiser sa route. Les journées à la plage, les restaurants, les soirées en boite de nuit au rythme de la dance des années 90, Amin reste en retrait, prenant plaisir à voir tout ce petit monde évoluer et s’amuser autour de lui.

Qu’on aime ou non le cinéma d’Abdellatif Kechiche, ce dernier a quelque chose d’assez unique que peu de cinéma ont, c’est son réalisme. Abdellatif Kechiche est un réalisateur qui arrive à saisir comme personne des instants de vies, arrivant à mettre en scène des quotidiens où il ne se passe pas forcément grand-chose, et pourtant le cinéaste envoûte et « Mektoub mylove … », ne va clairement pas échapper à cette règle, c’est même ce qui fera sa force.

« Mektoub my love … », c’est tout d’abord un film qui s’approche au plus près du film de vacances entre potes. Les rires, les drames, les fêtes, les dîners, les sorties, Abdellatif Kechiche arrive à rendre tous ces moments de « rien » intéressants et beaux. Ici, ne cherchez pas un engagement de la part de son réalisateur ou encore des sujets et des sous-textes, non, « Mektoub my love … » est un film qui suit des jeunes en vacances, pendant l’été 1994 et c’est tout. « Mektoub my love … » est un film qui tient des séquences d’une très grande beauté, dont la simplicité est affolante, et même troublante, tant le réalisateur pousse le réalisme de ses images. Comme toujours, Abdellatif Kechiche a su trouver de jeunes comédiens bluffants et il ne fait nul doute qu’une partie de ces jeunes gens devraient, comme la loi l’oblige, se retrouver aux Césars des meilleurs espoirs.

De ce côté-là, « Mektoub my love … » est envoûtant au possible et il demeure un plaisir à suivre. Un plaisir éblouissant même. Mais comme je le disais plus haut, « Mektoub my love… » est aussi un film décevant, dans le sens où les moments lumineux et beaux s’opposent à une certaine vulgarité qui a même tendance à créer un malaise. En plus d’être carrément trop long, Abdellatif Kechiche étire de manière interminable des scènes de boite de nuit qui finissent par être inintéressantes et inutiles, le cinéaste s’amuse bien trop souvent à filmer les fesses de ses actrices. Ici, on ne parle pas d’un plan ou deux, non, non, Kechiche répète un nombre incalculable de fois ces plans-là et l’on se demande pourquoi. Ils n’apportent rien à l’histoire, ça ne fait pas avancer les choses et à la longue, c’est très ennuyant, surtout qu’il n’y a que la gente féminine qui a le droit à ce traitement de faveur. Si l’on aurait pu croire à un hommage aux belles femmes par exemple (on essaie de chercher une excuse ou un élément de compréhension), le fait de répéter encore et encore et encore ces plans fait que le film tombe dans le voyeurisme vulgaire et c’est dommage, car ça entache quelque peu tous les extraordinaires moments qu’Abdellatif Kechiche a su capturer et offrir.

« Mektoub my love : canto uno » est donc un film paradoxe. C’est un film qui dégage un envoûtement impeccable et l’on se laisse prendre dans ce film de vacances. Dans un sens, on passe un bon moment devant ce nouveau Kechiche. Mais dans un autre sens, on regrette les longueurs interminables de ce film et de cette »histoire » qui aurait parfaitement pu être traitée en mois de deux heures, tout comme on regrette aussi la multitude de plans voyeurs qui n’ont aucun sens, Kechiche filmant ses actrices comme un simple fessier. « Mektoub my love … » demeurera alors comme un film aussi beau que gênant.

Note : 13/20

Par Cinéted

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