Grizzly

De : Alastair Fothergill, Keith Scholey et Adam Chapman

Avec la Voix de: John C. Reilly

Année : 2014

Pays : Etats-Unis

Genre : Documentaire

Résumé :

Une année de la vie d’une famille de grizzlys en Alaska, et leur interaction avec la faune voisine: loups, saumons, orques… Dans des paysages grandioses, on découvre la vie trépidante de ces animaux emblématiques, pour répondre à la question suivante :Comment le grizzly peut-il être, dans notre inconscient collectif, à la fois un animal féroce et le symbole de l’animal rassurant pour tous les enfants du monde ?

Avis :

En son temps, Walt Disney s’était déjà essayé aux documentaires animaliers avec une dizaine de productions en marge de ses fictions live et animées. Il aura fallu néanmoins attendre la fin des années 2000 et la création de Disney nature pour que le géant américain s’y attelle de nouveau. L’initiative est d’autant plus louable que le concept met en avant les subventions fournies à des ONG pour la défense et la préservation de l’environnement. Bien entendu, cela se fait en marge des velléités mercantiles inhérentes aux producteurs, mais l’idée a le mérite de joindre l’utile à l’agréable. Après s’être penché sur les félins(dont le travail graphique de l’affiche est ici repris) et les chimpanzés, c’est au tour des ours d’être sur le devant de la scène.

À quelques mois près, la sortie sur grand écran de Grizzly coïncide avec celle de Terre des ours. Si ce n’est ce rapprochement calendaire, leur trame respective est curieusement similaire. À savoir, suivre le quotidien d’une famille d’ours contrainte de survivre dans un environnement hostile. En l’occurrence, les dangers et les menaces possèdent plusieurs visages, tels que la pénurie de nourriture, les congénères agressifs ou les rigueurs climatiques. Certes, il n’est pas toujours évident de trouver un point de vue novateur pour un tel sujet, même dans un cadre sensiblement différent. Toutefois, l’on ressasse des fondamentaux équivalents. Cela dit, avec moins de réussite, et ce, pour plusieurs raisons.

À commencer par la voix off. On ne remettra pas en cause les talents de narration de Feodor Atkine (ou de John C. Reilly dans la version originale), mais la teneur du texte. Là où Terre des ours privilégiait la circonspection, Grizzly s’encombre d’une vision anthropomorphique beaucoup trop extrême et, la plupart du temps, inadaptée. Il est vrai que le documentaire est à destination des enfants et d’un public familial. Le fait de commenter certaines séquences en les replaçant dans le cadre domestique d’un foyer lambda, du moins pour les humains, reste assez peu représentatif de la vie des plantigrades. C’est bien simple, les yeux fermés, on a l’impression de suivre un épisode live de Petit Ours brun à la vie sauvage.

De fait, le film d’Alastair Fothergill et de Keith Scholey n’a aucune vocation pédagogique dans le sens où l’on découvre les ursidés dans leur milieu naturel. Il sera davantage question de présenter la thématique sous l’angle du sensationnalisme. Et pour cela, la progression s’arroge une scénarisation douteuse qui laisse à penser à quelques manipulations de l’interprétation des images. De l’émerveillement à l’aventure, sans oublier une certaine tension dramatique, l’histoire remplit un cahier des charges exhaustif sur ce que les réalisateurs souhaitent prodiguer aux spectateurs. L’évolution se pare d’un faux suspense agaçant où chaque événement, apparemment fortuit, semble être orchestré pour capter la scène voulue.

Il en émane un ton factice où la main invisible de l’homme satisfait ses volontés déterministes au profit d’une production sensationnaliste. Les passages violents sont très vite expédiés, voire occultés, tandis que l’on s’attarde sur quelques séquences cocasses qui servent à merveille l’ambiance bon enfant qui s’en dégage. Les confrontations avec les ours mâles affamés, la quête éperdue de nourriture avant de trouver la manne providentielle, la perte de repères dans la forêt et l’inattendue complicité et bienveillance d’un corbeau… Tout cela détonne et, finalement, ce n’est qu’une vision biaisée et partielle de la vie sauvage. Un choix d’autant plus décevant que les moyens mis en œuvre procurent des panoramas splendides.

Sous couvert du divertissement, Grizzly cherche avant tout la fibre sensationnaliste de son sujet. En cela, il s’agit de l’antithèse de Terre des ours qui prônait le pragmatisme et le réalisme. Là où ce dernier demeurait circonspect, Grizzly est trop expansif et bavard, sans rien apporter aux images. S’il a le mérite de garder sa famille d’ours au centre de toutes les attentions, c’est pour mieux détourner les aléas d’une vie fébrile et faite de tragédie au profit d’une complaisance scénaristique équivoque, à tout le moins discutable. Il reste un documentaire animalier qui bénéficie d’un budget conséquent pour présenter l’Alaska sous son meilleur jour, notamment le parc national de Katmai. La forme vaut le détour, le discours l’accompagnant, nettement moins.

Note : 10/20

Par Dante

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