Jules Verne et l’Astrolabe d’Uranie

Auteurs : Esther Gil et Carlos Puerta

Editeur : Ankama

Genre : Aventure

Résumé :

Lors de l’été 1839, à Nantes, le jeune Jules Verne, qui aspire à des expéditions au long court, s’introduit sur un navire à quai. Il est alors le témoin de la livraison par le capitaine d’un mystérieux objet à un commanditaire qui entend garder le secret sur l’existence de ce qu’il qualifie de fabuleux instrument. Vingt-huit ans plus tard, monsieur Verne se trouve à Paris pour rencontrer son éditeur lorsqu’il est rejoint par son frère. Celui-ci le convainc de partir sur le plus grand paquebot du monde qui doit appareiller de Liverpool pour l’Amérique afin d’assouvir ses rêves d’enfant. Jules ne se doute pas que cette décision va rouvrir une blessure intime et l’entraîner dans l’inconnu.

Avis :

Depuis leur parution, les récits de Jules Verne continuent de faire rêver des générations de lecteurs et d’aventuriers. On ne présente pas l’auteur ni son œuvre devenue anthologique à bien des égards. Au même titre que d’autres classiques, celle-ci est une source d’inspiration pour nombre d’écrivains et d’artistes. L’homme a plus rarement été plongé dans des fictions. L’une des incursions les plus connues (et réussies) demeure sans doute La Lune seule le sait de Johan Heliot. En l’occurrence, la présente bande dessinée use du même traitement, à la différence prête qu’elle n’occulte pas le passif de son protagoniste. Au contraire, il s’agit d’un point de départ pour tenter d’expliquer l’origine de ses histoires par son propre vécu.

Le procédé est similaire à ce qui a pu être fait avec Arthur Conan Doyle pour la série télévisée Les mystères du véritable Sherlock Holmes où l’on découvrait le docteur Joseph Bell, principale source d’inspiration pour créer le célèbre détective privé. On songe aussi à Providence où les écrits de Lovecraft étaient exploités pour leur offrir une contenance réelle, comme ce fut le cas également avec le Necronomicon. Lorsqu’elle est maîtrisée, cette approche permet de brouiller les cartes entre les événements historiques et la fiction. Et c’est exactement ce qui se produit avec Jules Verne et l’astrolabe d’Uranie. L’intrigue se sert des pérégrinations du jeune Jules pour entamer le périple.

En cela, le premier tome s’avance comme une vaste exposition des faits, jouant davantage sur la mise en place du contexte. Les auteurs n’hésitent pas à appuyer l’aspect historique par quelques anecdotes avérées, comme la difficulté de la rédaction de Géographie illustrée de la France et de ses colonies. Le tout est également soutenu par quelques allusions critiques sur la politique et le règne de Napoléon III ou la guerre de Sécession aux États-Unis, notamment ce qui a trait à la violence et l’inutilité de ce type de conflits. Cela peut paraître anodin, mais ces éléments concourent à justifier certains faits et certains actes que l’on découvre dans le second tome.

Par ailleurs, celui-ci fait montre de plus de dynamisme dans sa progression. Les péripéties se multiplient, tandis que les mésaventures de Jules Verne prennent tour à tour des allures d’odyssées fantastiques. Certains pans de l’histoire trouvent une explication rationnelle, ne serait-ce que par une technologie avancée ou méconnue. On présage l’invention du cinématographe, l’engouement autour des sciences occultes dans les années à venir, mais aussi des sources énergétiques à exploiter, comme la génération d’électricité par un système hydraulique complexe. La présence de l’astrolabe d’Uranie, curieux artefact, n’est pas étrangère à toutes ces manifestations.

Dès lors, il est difficile de ne pas songer aux procédés employés dans le repère du capitaine Nemo dans L’île mystérieuse et 20 000 lieues sous les mers. D’ailleurs, le cadre temporel correspond à la gestation de ce dernier projet. L’aspect taciturne, un rien mégalomane, de Vulkan Hartmann renvoie à son homologue littéraire. De même, l’excursion en sous-marin rappelle quelques passages cultes. On peut également évoquer l’exploration des grottes sous les chutes du Niagara pour faire écho à Voyage au centre de la Terre. On devine une réelle cohérence pour retrouver l’œuvre de Jules Verne à son stade embryonnaire ; du moins pour ses plus fameuses histoires.

Il reste à se pencher sur la qualité graphique des ouvrages. Rarement les planches d’une BD auront été si impressionnantes pour reconstituer un décor ou dépeindre une atmosphère. On se rapproche d’un rendu photographique, notamment en ce qui concerne les jeux de lumière. Quant aux traits de crayon, ils évoquent le mariage improbable et surprenant entre le fusain et les aquarelles, jouant parfois sur des tons impressionnistes. Il s’en dégage peut-être un aspect figé dans la gestuelle ou les expressions faciales, mais cette particularité n’enlève rien au travail phénoménal qui a été réalisé.

Au final, Jules Verne et l’astrolabe d’Uranie est un diptyque des plus convaincant. Pris dans son ensemble, l’intrigue développe une hypothèse crédible sur les principales sources d’inspiration de son protagoniste. Entre une reconstitution historique probante et une fiction soigneusement intégrée à son contexte, cette bande dessinée n’en oublie pas pour autant la part de merveilleux qui hante les romans de Jules Verne. On lorgne parfois du côté du fantastique, sans réellement franchir le pas ; le plus souvent en trouvant des justifications par la technologie et la science. Et c’est dans cette subtilité que l’on retrouve l’esprit d’un 20 000 lieues sous les mers ou d’un Voyage au centre de la Terre. Pour ne rien gâcher, le tout est servi par une réalisation graphique somptueuse.

Note : 18/20

Par Dante

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